‹ Les dîners du baron d'HolbachChapitre 32 sur 37 · LA DUCHESSE DE GRAMMONT · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE DE GRAMMONT

On m'a parlé de Tarticle Femme ÔRns» VEnciyclopêdie^ cjtii? dit-on , surpasse tout cela.

MADAME DU DEFFANT

On me Ta lu avant-hier ; il est charmant : on y dit que, dans un salon, Chloé chiffonne les manchettes d'un petit mai'tf^. (a), ce qui peint à merveille une jeune personne de la Cour et du meilleur air. (On rit.) (h)

Cette agréable peinture de mœurs n'aura peutêtre plus de sel dans quelques années ; car nos jeunes a/iglomanes , pour mieux imiter les Anglais , ne porteront peut-être phis de manchettes, et alors on ne sait pas trop ce que la brillante Chloé pouTT2L chiffonner.

(a) Les écrivains du siècle dernier désignoient ainsi et sous le nom de roués , les jeunes gens qu'on appeloit dans le monde les hommes à la mode , c'est-à-dire qui avoient 1« plus de grâce, d'élégance et le meilleur ton.

[b) M. de Voltaire , dans ses Lettres à d'Alembert , se moque de cet article, qir'on a réformé dans les dernières éditions ; quand une chose de mauvais goût ne contenoit ni calomnie, ni obscénité, ni impiété, M. de Voltaire en sentoit le ridicule dans les autres, et la condamnoit toujours.

LA COMTESSE

Quel dommage si cette mode passoit! il est si agréable de se rejjrésenter des femmes aussi recherchées et aussi charmantes que mesdames de Lauzun , de Poix, d'Héoin, de Simianne, de Sabran, de Laval, etc. , chiffonnant les manchettes du chevaher de Coigni et de MM. de Yaudreuil , de Fitz-James , d'Archambaud , etc.

LA DUCHESSE

Madame la maréchale, voyez-vous madame de Lauzun dans le salon de l'Ile- Adam ou du Palais-Royal , se précipitant sur les manchettes du chevalier de Coigni?

LA MARÉCHALE

C'est en effet un joli tableau.

LA COMTESSE

Plein de h'aîcheur et de vérité.

LE DUC

Si nos petits neveux jugent les mœurs actuelles sur ces jolis tableaux, ils en auront une idée bien juste!...

M. DE MÀLESHF^BES.

Et les iàts, comme nos romanciers, les peignent mal !...

LF MAIl^:cnAL DE RICHELIEU.

Parce qu'ils ne siivent pas dislinguer l'uii de l'autre, l'impertinent Je mauvaise compagnie et l'impertinent de Cour; le premier, bruyant, confiant, bavard, parlant liaut , est souvent ridicule, et toujours importun ou déplacé; ce caractère se confond avec celui de l'insolent , car l'insolence n'est autre chose que l'effronterie d'une impertinence habituelle et sans art.

LE CHEVALIER

L'impertinent qui n'a pas vécu dans le grand monde et à la Cour, n'a été que rarement réprimé; il est actif. L'impertinent de Cour est passif : ce n'est point la vivacité qui le décèle, c'est le dédain ; il a tout le calme de l'insouciance, toute la distraction affectée du mépris; tout en lui vous déplaît et vous blesse, et vous n'en pouvez rien citer de choquant. Ce n'est point avec brusquerie qu'il vous repousse , c'est au contraire avec une politesse glaciale : il n'est jamais offensant par ses réponses ou ses discours, ou même par ses actions; mais il l'est à l'excès par son indolence , son sourire , son silence et toute l'expression de sa physionomie. Vous ne pouvez ni le supporter, ni vous plaindre de lui.

LE MARÉCHAL DE BIROIS

A quoi bon tant d'art?

M. DE PONDEVESLE.

X se rendre odieux et à se faire haïr.

MADAME DU DEFFAWT.

Comment l'orgueil qui donne Fimpertinence, ne dit-il pas qu'il vaudroit mieux plaire et se faire aimer?

M. DE MALESHERBES

On doit avouer, à la louange de la noblesse, qu'en général l'impertinence est plus rare dans sa classe que dans les autres , et que , parmi les gens de la Cour, ceux-mêmes qui, à leur manière, sont quelquefois impertinens avec leurs égaux, ne le sont jamais avec leurs inférieurs; mais il faut convenir que , depuis un grand nombre d'années, les gens de lettres, dans leurs préfaces, dans leurs satires, dans les journaux et dans leurs discours académiques , ont poussé l'impertinence et la grossièreté de l'insolence aussi loin qu'elles peuvent aller.

LE CHEVALIER

On peut faire ces reproches surtout à M. de Voltaire ; il faut pourtant en excepter ses préfaces ; il est étonnant que ses admirateurs les plus passionnes n'aient jamais loué en lui la qualité la plus rare dans un auteur, celle de toujours parler de lui et de ses ouvrages avec une convenance parfaite. Nul écrivain n'a autant intri-

( hV ) «riid et cabale pour se faire des jirôneurs et pour assurer ses succès dans tous les genres; mais luil aussi , après de tels succès , n'a eu un langage si com|)létement exempt d'orgueil et de vanité, en parlant de ses productions.

M. DE PONDKVKSLE.

Rien n'est plus vrai ; que l'on compare, sous ce rapport ^ les préfaces de M. de Voltaire à celle de La Grange-Chancel , de M. de La Harpe (a) et de tant d'autres , et l'on sera surpris du ton de modestie d'un homme si justement célèbre à tant d'égards.

LE CHEVALIER

M. de Voltaire, ne faisant pas des préfaces pour se vanter , a aussi le mérite de les rendre très-intéressantes sous les rapports littéraires.

LA MARÉCHALE

Comme le bon goût est utile î

LE CHEVALIER

A propos de bon goût, ou du moins pouiégayer la conversation, je voudrois bien pouvoir citer les mots Carnation et Bosquet de l'Eiicyclopédie ; mais je les ai lus rapidement , et je ne me les rappelle pas mot à mot.

(a) Avant sa conversion.

MADAME DU DEFFANT

Il ne tient qu'à vous de nous les lire , l'Encyclopédie est là sur une grande table auprès de la fenêtre.

LA DUCHESSE

Ah! chevalier, lisez-nous ces articles.

LE CHEVALIER

Ces dames me l'ordonnent-elles ?

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