I.h M\RQL'IS
T>es preuves de l'existence de Dieu sont si
Tri Plaintes, qu'oîi doute (encore que cethi qui paroi«isent lesméconnoître, soient véritablement alliées au fond rlu C(fUT. Le hasard ne peut rien produire que d'informe et de bizarre; tout ou* vraf(e oh Ton trouve des proportions exactes et de la ré^jlarité , suppose nécessairement un ouvrier int< Iligent et habile; où je vois de» lois uniformes et invariables, je suis forcé de reconnoîfrc un législateur ia)-, et c'est ainsi qu'en rtiuli.int 11 uatufc. en réfléchissant sur ces lois
(a) Fût-il jamai» àc% Ims Mns un légUlatcur?
(Racivv. fiU, Pof'me tir la Hilif^on.)
< «7 ) iniiijuabUs <jiii <liri|^(:nl \r couis des a^lirs, cl ïjui, sur l;i Irnr, (Icviloppcrit et perpétuent le» l^rrriU's (le l.i r(''(;()ii(Jit<'' «l de la vie, en ronlmiplant les mcrvcfillcs qui nous <'n\ironn(iit ^ I.i si'\\\v raison nous découvre et nous prouve l'exi.steîiee d'un 1^1 rc su|)réme, créateur de riyniver. Le cri de la conscience s'accorde sur ce |)oiut avec les lumières naturelles de Tcspril. l'jdin , tout se réuiiil poiiidriiinnirer a riioimiM («Ihimportante vérité. Prétendre cpie les <;ieM\, le monde et les créatures n'ont été- formés fpie par un certain arran|^emenl fortuit des j)arlies de; la matière mise en mouvement, est une idée ahtiUrde , «prune suMune <lo(pieii« <• el l.i j»!ms sul»lile méta|»liysi(jue ne pourron ni rendre suppoi table.
Il fnjlt la K'uiiioM dun ili.ui;^» .ivrij;^li nienl et d'une ignorance hicn grossière, pour n<! trouver dans l'ouvrage de la création ni dessein , ni l)ut , m intelligence, (^u'on demande à Tanatomiste s'il ne trouve ni (Irs.scin, ni saf^esse^ dans la structure du corps iiumain ; qu'on fasse la même* question, relativement aux astres, à l'astronome; (pion interroge le botaniste sur les plantes, el !<• naturaliste sur les annnaux et les insectes ; tou»*ces liommes éclairés par une profonde méditation, s'accorderont à répondre que l'étude rie la nature embrasse une udinilé de sciences
(86) muables, sur lesquelles la Religion est établie?
LE BARON
Je vous écoute avec patience ; j'espère que de votre côté, vous ne nous interromprez point, quand nous vous ferons part de nos méditations philosophiques.
LE MARQUIS
Je n'ai pas tout dit sur ce grand sujet ; il faut me prêter encore un moment d'attention.
LE BARON
Allons, je me résigne.
LE MARQUIS
Les preuves de l'existence de Dieu sont si frappantes, qu'on doute encore que ceux qui paroissent les méconnoître, soient véritablement athées au fond du cœur. Le hasard ne peut rien produire que d'informe et de bizarre; tout ouvrage où l'on trouve des proportions exactes et de la régularité , suppose nécessairement un ouvrier intelligent et habile; où je vois des lois uniformes et invariables , je suis forcé de reconnoître un législateur (a); et c'est ainsi qu'en étudiant la nature, en réfléchissant sur ces lois
{a) Fût-il jamais des lois sans un législateur?
(Racine fils. Poème de la Religion.)
( 87 ) immuables (|ui (liriii;(;iit le cours des aslns, cl qui , sur la terre, développent et perpétuent les germes de la fécondité et de la vie , en contemplant les merveilles qui nous environnent, la seule raison nous découvre et nous prouve l'existence d'un Ktre suprême, créateur de l'Univers Le cri de la conscience s'accorde sur ce point avec les lumières naturelles de l'esprit. EnHn , tout se réunit pour démontrer à l'homme cet le importante vérité. Prétendre que les cieux, le monde et les créatures n'ont été formés que j)ar un certain arrangement fortuit des parties de la matière mise en mouvement, est une idée absurde , qu'une sublime éloquence et la plus subtile métaphysique ne pourroient rendre supportable.
Il faut la réunion d'un étrange aveuglement et d'une ignorance bien grossière, pour ne trouver dans l'ouvrage de la création ni dessein , m but , ni intelligence. Qu'on demande à Tanatomiste s'il ne trouve ni dessein, ni sagesse^ dans la structure du corps humain ; qu'on fasse la même question , relativement aux astres , à l'astronome ; qu'on interroge le botaniste sur les plantes, et le naturaliste sur les animaux et les insectes ; tous -ces hommes éclairés par une profonde méditation , s'accorderont à répondre que l'étude de la nature embrasse une infinité de sciences
Utiles et sublimes , dont l'attrait le plus grand est de découvrir sans cesse de nouveaux sujets , d'admirer l'auteur de l'Univers. Aussi le système abominable du matérialisme est si extravagant , qu'il n'y a jamais eu de peuple qui l'ait adopté. Les nations les plus avilies par l'ignorance ou les ténèbres du paganisme et de l'idolâtrie , n'ont jamais poussé la folie et la dépravation , jusqu'à professer l'athéisme , et à ne voir dans la création que le fantastique ouvrage du hasard. Il est vrai que l'esprit humain ne peut concevoir l'existence d'un être éternel , qui n'a jamais eu de commencement ; mais , si Dieu n'existoit pas , il faudroit nécessairement que la matière n'ayant point été créée, fût éternelle. Il faut donc admettre ici ( comme en tant d'autres choses ), ce qui est absolument incompréhensible à notre foible raison , c'est-à-dire , qu'il existe un être ou une substance qui na jamais eu de commencement. Car , je le répète, s'il n'y avoit point de Dieu , la matière seroit incontestablement éternelle. Ainsi, quoique je ne puisse concevoir l'éternité, cet attribut essentiel du Créateur, je suis en même temps forcé de la reconnoître.
Ce sont ces réflexions si simples qui ont assujetti les impies mêmes à la nécessité de reconnoître un Dieu. Ils s'affranchissent d'un joug austère, que nesauroient supporter le vice et là li-
( «9 ) cerice , ils rejettent le culte et la loi , mais ils n'osent cependant nier l'existence d'un Etre-Supréme.
Enfin, si j'étudie le cœur liumain , je trouve encore de nouvelles preuves de l'iinniortalité de l'âme. En effet , il est des scntimens profonds qui ne sont l'ouvrage ni de l'éducation , ni de l'opinion. C'est Dieu lui-même qui a gravé au fond de tous les cœurs ces senlimens ineffaçables qui formeiit la loi naturelle , c'est lui qui nous inspire le remords et la pitié , l'amour de la justice, l'horreur du crime, et ce désir ardent et insatiable d'jne félicité qu'il est impossible de trouver sur la terre (<:/), enfin, ce goût naturel à tous les htmmes pour le merveilleux , qui nous dispose i croire des mystères incompréhensibles. Ceperdant , si l'âme n'est pas immortelle , si tout périt 2vec nous , la vertu n'est qu'une pure chimère , Tine convention fragile à laquelle on ne peut se soumettre qu'extérieurement , et par la seule crainte des lois. Dieu nous tromperoit donc en nois donnant un instinct et des sentimens contrares à notre nature î Car, s'il ne nous des-
(a) C'S idées ont été développées et très-étendues, et avec une extrême clarté , dans un ouvrage qui a paru il y a peu d'année;, et qui a pour titre : De l'Étude du cœur humain. Nous y «viendrons, et nous citerons quelques passages de ce livre.
(9°) tine après la vie ni punitions , ni récompenses , le seul instinct qui nous convienne est celui des brutes. Ne vivre que pour jouir , doit être notre seule philosophie ; combattre nos penchans , quels qu'ils soient , n'est qu'une extravagance ; chercher et désirer une gloire qui puisse nous survivre , est le comble de la folie. La vertu, l'héroïsme, ne sont que des mots vides de sens; créés pour n'exister qu'un instant , précipités dans le néant après une vie si courte , la raison humaine, la voix de la nature doivent nous crier également : Hâte-toi de goûter tous les plaisirs , tu tas pour toujours cesser d'être j tu n'es pas né pour combattre , tu n'es fait que pour cédir à tes désirs; il nest quun mal réel ^ la couleur^ qiiun bien véritable, le plaisir....
LE BARON
Ecoutez donc mon ami.... Ce raisomement n'est pas peut-être si mauvais que vous le:royez...
Oui , sans doute , pour un athée. « Sipposons » ( dit l'un des plus zélés défenseurs de la Reli- » gion ((2), supposons l'âme mortelle ; tous les " liens de la société sont brisés, parce que 'homme w n'a plus de prochain ; plus de liens ivec mes » contemporains, que ceux qui me serait dictés
[à) M. l'abbé Gauchat, docteur en tbéologi. Voyez :
>' par mon propre intérêt. Mt'nil)r(' d'une société » fugitive, je n'ai avec elle que des rapports ira- » giles, et dont seul je suis l'objet : s'ils me gé- ' nent, jepuis les briser; nulle autorité n'est en » droit de m'y astreindre ; ce n'est que la volonté » de l'bomme, sa politique qui a formé nos )) rapports, et i\ ne peut m'y obligei . En vain pré- » textera-t-il le bien public , étalera-t-il des titres; » époux, père, magistrat, patrie, grands mots >» sans réalité. L'univers assemblé ne pourroit » former des devoirs. Ils supposent essentielle- » ment Tordre et la volonté de Dieu. Ainsi on » ne prouvera jamais dans le matérialisme, qu'on ' doive obéir au prince , servir sa patrie , aimer » ses parens , ses amis. Ces devoirs n'auroient » plus qu'une source humaine, et dès lors se- » roient aussi fragiles que nos caprices et nos » goûts. Mais n'est-il pas des règles de bienséance, " des égards mutuels , que la probité nous pres- » crit? Eh ! qu'est-ce que la probité , si vous ren- » versez le principe qui la consacre ? Anéantir 3î la loi éternelle , et vouloir y substituer le sufî> frage des hommes , la politesse, l'intérêt ! j i> pense-t-on ? Quand on a brisé les liens du Créa- >î teur , nul autre motif n'est capable de fixer
Lettres critiques , ou Analyse et réfutation de divers écrits modernes contre la Religion. Vol. I^*^ , Lettre première.
( 9^ » l'esprit, de soumettre le cœur. C'est agir con* " séquemment que de braver dans ses capricesv » les regards et les usages du monde entier : « tels étoient les cyniques.... Si l'âriae est mortelle , » les punitions imposées par les lois sont injus- » tes. Les crimes quels qu'ils soient , ne sont » que des crimes prétendus , que des jeux de j' la matière , des penchans légitimes de la na- » ture, des droits de chaque membre de la so- " ciété. Une âme terrestre ne peut se devoir à » la patrie , sa durée rapide , suivie du néant , » l'autorise à ne chercher que son bonheur; Tu- » nivers entier ne peut ni exiger, ni mériter le " sacrifice de ses intérêts. Supposons cependant » ces punitions justes; elles sont stériles et sans M force, la même politique qui inspira à la so- » ciété le projet de punir les membres inquiets ^ » inspire à ceux-ci l'adresse pour se dérober à M la peine. Ainsi , ensevelir dans le siknce et le w secret , l'injustice , la calomnie y le meurtre, ce ^) n'est pas hypocrisie et noirceur , c'est prudence M et sagesse. Il y a plus : de ce qu'on n'évite le » crime que par la crainte des lois , il suit que , w si on peut les violer impunément , la force auw torise tout : le crime devient succès, titre de » gloire ; même droit dans chaque méchant , rien » ne sera à l'abri de ceux qui réuniront la puis- )) sance à la fureur. ^^
11 est iiiapossible de nier que ces horribles principes ne soient les résultats et les conséquences nécessaires du matérialisme.
l*ourquoi donc le cœur le moins pur se révoltet-il à cet affreux langage ?
Pourquoi cette admiration subite, involontaire, que la vertu fait éprouver même aux méchans ? Pourquoi l'homme plongé dans le vice , endurci contre les remords, ne pourra-t-il s'affranchir de ce premier mouvement? Pourquoi, dans aucun temps, dans aucun lieu, en dépit des préjugés, des folles opinions , de l'ignorance et de la barbarie, la vertu ne s'est-elle jamais montrée sans obtenir l'hommage ou du moins la vénération des hommes? On peut la négliger, l'abandonner; mais lorsqu'on la rencontre , on est forcé de la reconnoitre. Semblable à l'astre brillant qui dissipe les ténèbres , les fantômes et les ombres fantastiques qui troublent durant la nuit l'imagination égarée , la vertu paroît-elle , aussitôt les vains sophismes qui la combattent, sont oubliés, anéantis , et l'admiration qu'elle inspire , détruit les erreurs et toutes les illusions funestes , produites par le vice et les passions (2).
LE BAROIV.
Il seroit trop long,mon cher marquis , de répondre dans le même entretien à toutes ces ob-
jections; d'ailleurs, avant d'entrer dans une discussion aussi grave, je désire que préalablement vous ayez assisté à quelques-unes de nos conférences philosophiques. Nous nous rassemblons les jeudis et les dimanches , mais ne revenez que d'après demain en quinze, afin que j'aie le temps d'inviter quelques personnes de votre connoissance ; tâchez toujours de revenir me voir les matins quand vous pourrez.
NOTES