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PARIS

LIBRAIRIE D'AllYOT, ÉDITEUR

IS HVK ne I.A PAIX

Les onze nouvelies Notices que je publie sur les hommes d'État et les diplomates européens, se ratlachent plus spécialement à la politique active ; sauf quelques noms propres qui expriment des systèmes éteints, les autres sont encore à l'œuvre dans les événements les plus vifs , les plus saillants de notre époque. C'est pour cela qu'il a fallu apporter une plus grande tempérance dans les jugements , une appréciation toujours calme et réfléchie sur des faits non encore accomplis dans toutes leurs conséquences.

En tête, je place lord Palmerston avec les deux parties de sa vie ; la première obscure , toute de petits bniits et d'administration intérieure; la seconde, de

diplomatie bruyante, remiieuse sur tous les points de l'Europe, et aujourd'hui si profondément irritable qu'il serait difficile d'y trouver le calme nécessaire à un homme d'État.

Après lord Palmerston , M. Casimir Périer , chez qui se révèlent deux types, l'homme de la ferme volonté et l'esprit à vues très -limitées, né pour les circonstances et les dominant avec une puissante et honorable indignation. J'ai suivi l'histoire de la politique prussienne^ dans les deux frères Guillaume et Alexandre de Humboldt. M. Decazes m'a paru l'esprit tempéré de la Restauration , le système du juste-milieu, depuis essayé avec plus de bonheur. Dans la Notice sur le cardinal Pacca, j'ai spécialement étudié l'admirable esprit de la papauté pour la résistance , comme dans la Notice du cardinal Consalvi , je l'avais considéré dans ses tendances aux concessions. M. de Villèle est la tête largement pratique de la Restauration , l'homme d'affaires du parti royaliste : nous vivons dans un temps si parfaitement impartial qu'on peut tout dire sur les hommes, l'éloge même de ceux que l'opinion a renversés avec le plus de bruit.

Le système autrichien tour à tour si timide ou si

tll ofié, trooYera son histoire dans les vies politiques des comtes Kolowrat, Appony, Fiquebnont et Mûnch de Bellinghausen; le caractère si poli, si conyenable de M. de Barante, sera mis en regard de ses ambassades de Turin et de Saint-Pétersbourg. Le comte de Toreno si parfaitement espagnol, me donnera Foccasion de juger rhistoire des trente dernières années dans la Péninsule. Dans la Notice sur les aides de camp Czer-* nitscheff, BenckendorffetOrlofT, je chercherai à pénétrer la pensée impériale, et à compléter ainsi les notions que j'ai données sur le comte de Nesselrode et le prince de Liéven. Enfin, j'ai osé aborder sans crainte, le caractère du prince de Polignac, et le drame de sa vie si curieuse dans l'histoire de nos derniers temps. Ce qui distinguera ce travail , je l'espère , c'est le courage des opinions, qui s'éloignent du vulgarisme des systèmes admis sur les hommes et sur les choses. On ne sait pas tout le mal que pous fait cette ignorance de l'esprit des cabinets et des ministres qui les composent ou les dominent. Nous parlons de tout avec emportement et colère , de manière à laisser grand jeu à la politique habile qui prépare des résultats. L'Europe étudie et agit; nous, nous dédaignons les faits.

1 DIPLOMATES EUROrÉENS.

monter à Toriginc et même à la familic du secrétaire d*État actuel des afraires étrangères, dont le caraclère a souvent échappé à l'analyse.

LordPalmerstonne descend point directement, comme on Ta dit, de sir Williams Temple ( le ministre d*État, Técrivain politique du règne de Charles II], il appartient seulement a une ligne collatérale de celte famille; s*jI en possède quelque bien, c*est par Thcureux système des substitutions, ce principe si éminemment conservateur. Sir Williams Temple n*eut qu*un Qls, sir John; sur celui-ci il existe deux particularités curieuses pour les chercheurs d anecdotes. Sir John, longtemps secrétaire d'État de la guerre, avait épousé une Française, mademoiselle Duplessis Rambouillet ; il avait d*eilc deux nilcs. Un jour il prit à cet homme d*État, bizarre, excentrique, un si grand dégoût delà vie, qu*après avoir passé toute la matinée dans ses bureaux , il loua UD bateau au bord de la Tamise; remontant quelque temps le grand fleuve, il se lit descendre à terre, et une demi-heure après les flots roulèrent son cadavre.

Après cotte catastrophe, le chevalier Guillaume Temple devint le tuteur de ses petites - filles , nées Duplessis Rambouillet; et dans son testament, Williams Temple déclara qu*il leur laissait sa fortune , sous la condition expresse qu*elles n*épouseraient pas de Français. J'ai noté ce fait parce qu*il n*y a pas de petits incidents en histoire qui ne puissent expliquer souvent même une situation d*a-

LOftD VtCÔMTB f ALMiltStON. ft

vettir. Je me souviens qu*afant eu I*hoiineur de dîner arec lord Palmerston, je lui rappelai celle anecdote de la vie d*Qtt de ses aïeux; il se la (Il dire deux roii, récuuta avec afte grande cnrlosité ; puis il retpliqua moins par une cause polilique que par quelques difTérends de Tamille qui avaient séparé mademoiselle Rambouillet de son beau-père. Tout ceci Tut dit du reste en riant, avec convenance, dt comme une toute vieille histoire, au milieu des politesses et de la coivloisie de salon.

Le vicomle Palmerston est né le 20 octobre 1784 , c'està-dire qu*il est déjà assez avancé dans la vie , bien que toute tô personne soit de la plus parfaite conservation ; on dirait presque la jeunesse : son front, sa bouche, ses yeux, sou coti, conservent une grande pureté de formes,* soft sourire est On , gracieux , un peu railleur, ses manières aisées et aristocratiques. Il appartient à une faiAilIe de naissance moyenne , et son père exerçait les fonctions d*atomey général pour rtriande. Certaines races en Angleterre sont vouées aux affaires publiques pour ainsi dire depuis leur origine; c'est une union politique entre elles et TÉiat : heureuse condition d'un pays aristocratique, où la fortune , le nom , les services, les opinions même se substituent d*unc manière permanente. Il est impossible en Angleterre de parler de Tcducalion d'un homme politique, sans dire qu'il Gtses études au collège de Harrow, dont le souvenir était si cher à iord By ron, où il avait connu str Hobhôuse , son

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cher écuyer; et où sir Robert Peel, le lourd et stadieui enfant du riche manufacturier, servait un peu de mar* tyr à ses camarades. Les études du jeune Temple furent ensuite terminées è Edimbourg et à Cambridge ; elles demeurèrent donc classiques comme toutes celles de l'aristocratie anglaise qui se destine au parlement.

Le père de lord Palmerston appartenait corps et âme au parti tory, et le jeune Henri John fut envoyé à la chambre des communes, sur la recommandation ministérielle» au moment où Pilt expirait au bruit du canon d'Austerlitz. Il parla peu , se consacra presque immédiatement à Fadministration matérielle, et il obtint les fonctions de secrétaire de la guerre. C'est ici que, môme en Angleterre, les écrivains sont tombés dans une étrange erreur, en confondant cette situation de lord Palmerston, simple secrétaire de la guerre, avec celle d'un ministre à portefeuille. Le secrétaire de la guerre n'a et n'exerce qu'une simple fonction de bureau ; il n'a nullement entrée au conseil ; c'est ce qu'on appelle en France un sous-secrétaire d'État. Cette position, le vicomte Palmerston Toccupa, à vingt-cinq ans, pendant les dernières guerres de l'empire et durant les premières années delà restauration ; fort obscur, parce qu'il n'avait aucune clientèle au parlement, et que sa parole était alors lente, difQcile. Pour être un homme important en Angleterre, avec les formes de la constitution, il faut être nécessairement orateur disert, classique. Sous cette (^onsti-

LORD VICOMTE PALMKKSTO.N. i

totion, dominée par de puissantes races» la parole esl la grande affaire (et pourtant les grandes affaires s*y font sans ia parole ) ; la majorité et la minorité n*y sont qu*un jeu d*opinion sous la main de certaines familles; le gouvernement s'y déplace « il ne change jamais. Lord Palmerston se voua corps et âme au parti de M. Canning, et donna la démission de sa place de secrétaire de ia guerre , avec M. Huskisson , son ami » lors de la combinaison de tories en 1829 , sous le duc de Wellington. Tout I ancien parti Canning se jeta dès lors dans Topposition , non point en tant que whig , mais parce qu*il voyait les questions européennes dans un sens tout à fait opposé à celui de lord Wellington, l'antique école de Castlereagh. La vie politique de lord Palmerston jusqu'ici n'a rien de saillant et de considérable.

Toutefois, lorsque après la révolution de juillet lord (irey fut appelé à former un cabinet whig , il vit bien quil ne pouvait se passer de Tappui des anciens amis de Canning» et lord Palmerston fut désigné pour diriger le département des affaires étrangères, situation nouvelle qui devnit considérablement grandir son existence politique au moment où les affaires de FEurope allaient suivre une direction si particulière et si étrange dans l'histoire du droit public.

La position de lord Palmerston, en acceptant la direction de Textérieur, était complexe. Comme élève et admirateur de Canning, lord Palmerston n'aimnit pas. ne pouvait pas Btmer de prédilection, le système d'alliance avec la Fnmci» ;

c'était pour lui tradition, habitude de vieille et longue date, qu une répulsion innée pour nos grandeurs. Mais en môme temps partisan du principe de la souveraineté du peuple (l'école, je le répète, des vents d'Éolc de M. Canning), il ne pouvait pas séparer la cause anglaise de la révolution de 1830, qui d*ailleurs trouvait en Angleterre une immensç popularité. Lord Palmerston eut désormais pour bu( de surveiller cette fougue première de l'esprit français , qui voulait se produire par la propagande; il fallait le contenir, le diriger, et c'est ainsi qu'il se posa presque immédiatement vis-à-vis M. de Talleyrand. L'un et l'autre devaient bientôt se trouver aux prises, et cette lutte serait d'autant plus vive que les deux caractères étaient antipathiques. M. de Talleyrand était un esprit calme, personnel, si plein de lui qu'il laissait peu de place aux autres, à moins que ceux-ci n'eussent une position égale, exceptionnelle dans le monde politique par les traditions et l'expérience ; tels étaient, par exemple, le prince de Melternich, le duc de Wellington, le comte de Nesselrode, esprits européens ; et ^ ce point de vue, lord Palmerston n'était pas assez considérable aux yeux de M. de Talleyrand; il lui devenait donc insupportable que lord Palmerston gardât dans ses manières, dans ses formes, une certaine légèreté, affectée, railleuse, qui ne rendait pas assez d'hommages ù l'expérience, è l'esprit, j'ai presque dit a la naissance souveraine de M. de Talleyrand , et le ren ^ue /Hou des armoiries antiques du

Lom noMTB FAunnoN. t

MpfBord 18 BMMrtrait dMS set eiigeMes tradilionadlts. Ctpada»! to nMiiilie et l'enbessadeor «ftient de» ftflÉNB à diriger e» coBumm» des fwetions à résoudre; et eoBBie les deux goa?enMMitts defaient flvre d'intellgeace et fn se sépner dans l'OrigNie , Il MMt Meo que )svs lopiéseatâiits se fisMit des concesiiem dms les ftnMS. M. TaNcfpaiid et lord FahMrstoB se firent doac, rinoB dcns rMimité , an iboIds pour les aidires d'ambassade SB /areTfn-o/ltf»; eoniii» piriitesse personnelle en se laissnt maiaeUeiBeHl de simples cartes : pdnt de ces tathnitéH traduites en jea de whist » point de ees caoseries de mhI qni autorisaieiit la famOiarité antenr de M. de Talleyrand. La première qaestion sériensement engagée à Leadrea après iSSO, fut celle de la Belgique, et lord Palmentoii, avec sa Useilité ordinaire, se ftt sur ce point une théorie trè»-arrêtée : la fondation du royaume des Pajs-Bas , asi-partie belge et hollandais , était essentiellement me idée des tories , une préoccupation fort chère au due de WdliBgtoii , le généralissime de 1815 ; les liens les plus intimes onisMtleBt la maison d*Orange à celle d'Angleterre. Le commerce anglais en Belgiqoe faisait des bénéftoes considérables, ce qui est un intérêt puissant tou-jours à ménager. Sans doute lord Pahnerston, n'appartenant pas an Idées tories, Toyait arec satisfaction se démolir rœurre du duc de WelUngton, qu'il n'avait aucun intérêt k ménager; mais Anglais^ arant tout, il ne pouvait pas

s DIPLOMATES EUROPÉENS.

laisser ces belles provinces wx mains de la France, et permettre qu'une simple parcelle d'autorité ou de commerce échappât à la domination anglaise. Il posa donc ce principe : la Belgique sera indépendante , c'est un fait acquis ; désormais rattachée à l'Angleterre par un réseau de chemins de fer, elle deviendra un pays de transit et de passage ; comme couronnement de cette œuvre , on placera sur le trône un prince intimement lié au parti whig, et conservant une dotation anglaise en sa personne. La pensée de lord Palmerston fut réalisée par les actes de la conférence de Londres , avec une persévérance qui fait honneur aui lumières politiques des hommes d'État. On modifiait de concert les actes du congrès de Vienne.

La question belge résolue, d'autres surgirent successivement : quel parti prendre dans la lutte violente entre les insurgés polonais et la Russie? Sur ce point la question s'engagea de nouveau entre Tidée politique et l'idée commerciale. Les whigs avaient toujours témoigné une certaine répugnance pour la Russie en tant que prépondérance européenne ; les idées continentales appartenaient essentiellement aux tories : à Pétersbourg , lord Palmerston inspirait peu de confiance, et néanmoins les intérêts anglais étaient fortement rattachés au maintien de la paix et des relations industrielles avec la Russie. Le commerce de la Baltique était dans les mains des Anglais ; chaque année plus de 10 millions de livres steriing établissaient la balance conuner>

LOBD yiGOHTB PALMBISTOlf . t

daie entre les deui pa3fii ; Ton ne poaTait abandonner toal eda pour dea idées entfaonsiaatea et de petitea répugnances. Td lîit l'objet de la mission de lord Durliam , qoi allait à PéteoriMNirg moins poor protester an nom de l'indépendance delà Pologne qae pour régler la question commerciale de la Balliqne et la dilBcalté flagrante de l'Orient.

J'ai beaoin, avant de parler de la mission de lord Dorbam, de bien jnéciser la sitoation politique de lord Palmerston i l'égard des wbigg. Je le répète , le secrétaire d'État du foreign-oX/ice appartenait k l'école de Ganning, pour laquelle les whigs renforcés n'avaient aucune prédilection; lord Dorfaam songeait lui-môme à dire un ministère presque radical , et lord Palmerston serait essentiellement dépassé. Les tories n'en voulaient pas davantage, perce qu'ils avaient k leur tour leur ministre tout trouvé , le comte d' Aberdeen. Ajoutons qu'à cette époque lord Palmerston n'avait acquis aucune consistance dans le parlement; il n'avait ni dientèle, ni autorité par la parole , et aucun discours saillant ne Pavait distingué. Que fallait-il faire dès lors pour conquérir ODe puissance réelle dans le pays? s'identifier à l'honneur britannîqae jusqu'à la susceptibilité ; il fallait se créer une popularité d'orgueil en acceptant les haines traditionnelles de l'Angleterre contre la France; en un mot, acquérir cette force, cette considération qoi vient à un honune d'État lorsqu'il s'incarne à l'esprit national d'un peuple, Tdie ftat désormais lamissfon que se donna lord Palmerston,

b caniin q^'il voolBi i^oowir, et c'est ce foi le rmUft jMqppQrtebfekM.4eTaH0fiMd;o0ku-ci^ CGMine obstacle, corane résiitance ; e^étût è tout propos todittciMés, de»ebiKtieiie,éa9«iviiteadeBHte. fsr es eieren loré PataMnÉOD, pce apprécié d*aharâ sv te continent, s'en raedit les cabieels favfsraiifls : on disril de kû qee a'I pooiaiianier k féreiolieD française , tt 0*aÉAait pas les ietérfeta français ; el ce caractère défeioppé ifc leirta sa popnlirité en HoropeL Os fit en hii en eenensi des grandeuTa de la Fraeoe.

n est iacontestaUe qe'à eette époqee lord PehMrstae était aetqiathiqne à loitl Dorbam ; ils se détestûent IHse raetre, et la coaditieftqpiete lard radkal mettait à80Éedli6lioD an ministère Grey , c^était la sortie de soe aetigaeistè des aftdres. Il n'était pas moins iatapportiUe eiii Issiea 4Bi à ce memeet, par ooe habile poUtiqoe, ckerahaiaBt à se rapprocher de la France. Gemment aortir de cette deeUa lutta ^ si ce n'est en dérdappsnt une aotivilé immense et féconde t La snpéricxité de lord Palmersian consistait dans mie grande inqirariâattoB d'idées poKUqnes et coaamsrt* ciales ; homme d*esprit an dernier peint, imagination activé et féconda, on rencositnit son actiOD partout ; sa diplomatie ne restait Jamais paisible spectatrice : ainsi en Espagne « M. de Villiers (lord Clarendon) contrariait, depuis l'oi^ gine dn testament de Ferdmaod VII, H. 4e Rayneval et le sfstkme français? en dissit Mon qne M. de VUUars

LORD VICOMTE PALMERSTOll. 11

agissait par lui-même et souvent contre ses instructions ; mais comment se Taisait-il alors que la même situation se produi>it h Conslanlinople, où lorc} Ponsonby contrariait à son tour Tamiral lloussin ? Ke disait*on pas aussi que lord Ponsonby agissait de son propre chef pt au delà des ordres de lord Palmerslon ? Je crois que le ministre anglais avait deux langages, Tun intime avec ^es propres agents ; l'autre, oOiciel , public, avec Tambassade de France & Londres et le cabinet des Tuileries. Ce fut un peu dans toutes le^aflaircs l'esprit de lord Palmerston; il n eut pas toujours uQe extrême franchise , ou si Ton aime mieux, il ne fut pas conséquent avec lui-même.

Cçlte situation fausse devint plus claire et plus explicite dqns la question d*Orient » à Toccasion de laquelle lord Palmerslon déploya un caractère de ténacité , de hariiiesse , qui tenait sans doute au désir d obtenir les applaudissements de l'Angleterre, même du parti tory. Lord Palmerston n'aimait pas le pacha d'Egypte ; cette puissance qui s'entremettait sur la Méditerranée entre les établissements angl9is dç rinde et Malte, au moment où la navigation reprenait les voies antiques, lui était insupportable, et lord Palmerston disait avec ce ton léger, qui est un peu le type particulier de sa conversation : a Je ne vois pas pourquoi l'Angleterre souffrirait que quelqu'un tint la clé de ses mafpsmp dans sa poche. » Ce qu^lqu'pn ^lait Méhémct-AIi.

Les tendances plus spéciales que le pacha paraissait avoir

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pour la France, les affections qu*il nous témoignait en bien des circonstances , pour la navigation et le commerce, tout faisait dire à lord Palmerston qu*on devait abaisser la force et la volonté de Méhémet-AH, devenues la force et la volonté de la France. Enfin, pour conlrc-balancer la puissance russe à Constantinople , TAngleterre dut appuyer les démarches de lord Ponsonby, si favorables à la Porte Ottomane. On ne peut pas dire à cette époque que lord Palmerston se pose comme Tennemi de la France; ce n*est pas là son idée , il a conçu un plan très-net et marche avec fermeté b son exécution. Il s*est dit : a si les prétentions du pacha d'Egypte sont admises, les Russes, en vertu de leur traité d*alliance avec la Porte Ottomane, marcheront dans l'Asie Mineure et offriront peut-être le second spectacle d'un camp établi en permanence sur le Bosphore. Ce résultat, il faut l'éviter à tout prix, et c'est pour cela que je dois offrir le concours de l'AngleterTe à la Porte pour soumettre le pacha à des conditions raisonnables.»

îci une nouvelle considi'ralion se présente à l'esprit de lord Palmerston. Le pacha d'Egypte a pour prolectrice la France ; si son système triomphe , c'est la France qui en profite ; elle va devenir ainsi toule-puissante b Alexandrie, en Svrie, ju,sque sur le revers de l'Euphrate; il faut donc se placer d(? manière à empè( her cette double action , prêter la force anglaise à la Porte Ottomane, pour qu'elle n'ait pas exclusivement recours à la Russie; menacer le pacha de

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cette même force et de rintervention anglaise, de manière i empêcher les Français de s'établir d'une façon trop complète à Alexandrie.

C*est ce qui fait que lord Palmerston accueillit avec tant d*empressement la démarche du baron de Brunow, qui vint lui faire quelques ouvertures au nom de la Russie, pour Onir par un traité commun les affaires d'Orient. Lord Palmerston avait ce respect qu'ont les hommes d'État d'Angleterre pour les traités diplomatiques; quoique libéral, il appartenait comme Canning à l'école européenne, c'est-àdire à cette réunion d'hommes qui considèrent les nations comme autant d'unités qui se rapprochent et se séparent, en vertu de certaines idées ou de certains faits, mais qui, en tous les cas , respectent la parole donnée , les événements accomplis, surtout les traités signés. Lord Palmerston se mit d'accord avec M. Brunow sur le plan déjà ébauché à Pétersbourg par lord Durham , c'est-à-dire la modification du traité d'Unkiar-Skelessi et la part territoriale qu'on devait faire au pacha d'Égyple ; il parvint à s'entendre aussi sur le même point avec l'Autriche et la Prusse, et quand il fut maître de la question , il en parla plus hardiment au général Sébastiani d'abord , puis à M. de Bourqucney jusqu'à l'ambassade de M Guizot. ici s'élève un doute historique que j'ai cherché à éclairoir dans un autre livre \ c'est de savoir si lord Palmerston manqua aux conditions de l'alliance,

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