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LE COMTE DE SAINTB-AULAIRE

d*Étatéminent, nesatait pas que le principe révolationnaire, comme nn ver rongeur, avait dévoré la vitalité de la France en lui donnant nne surexcitation fiévreuse , et que partout oà il serait proclamé, ce principe apporterait les mêmes ruines , les mêmes douleurs. La révolution de 1789 avait annulé pour un siècle les grandeurs diplomatiques de la France, et aucune puissance n'était en goût de subir cet abaissement de son plein gré. D'ailleurs la maison d*Autriche, en matière d*alliance, est toujours très-difficile; elle préfère des nlariages paisibles aux unions retentissantes ; elle ne se décide point par des considérations ordinaires, eBe veut faire peu de bruit et jeter peu d'éclat. Au reste, M. de Sainte-Aulaire ne se mêla que par ordre h tout ce qui tenait à cette négociation.

Lorsque ces ordres devinrent précis et que les dépêches étourdies de H. Thiers invitèrent l'ambassadeur à faire la demande officielle de l'archiduchesse Marie-Thérèse, M. de Sainte-Aulaire alla droit au prince de Metternich , et voici à peu près la conversation qui s'établit entre eux : « Mon prince , j'ai une nouvelle importante è vous annoncer. — Quoil donc, mon cher comte? — Un mariage, ni plus ni moins, et je viens vous demander la main de Tarchiduchessè Thérèse. —Est-ce sérieux? demanda M. de Metternich; devons nous traiter cela conune affaire?— Très-sérîenx , car c'est un ordre de ma cour. — Vous sentez que c'est chose de lieunflle qui mérite réflexion. — Est-ce un refus? — Pa^

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le moins du monde ; mais cela dépend essentiellement de rarchiduc Charles, et c'est son consentement que vous devez avoir , car voos savez qu'en France vous traitez fort mal nos pauvres archiduchesses, et qu'il faut pour vous les envoyer au moins le consentement paternel; tous faites monter sur l'échafaud les unes et vous chassez les autres : Marie-Antoinette et Marie-Louise. —Je vous le répète, serait-ce un refus de gouvernement à gouvernement ? — Non, non, cher comte. — Eh bleni alors, écrivons le mutuel consentement, et qu'il n'y ait plus à consulter que l'archidac Charles et les sentiments de l'archiduchesse. — Soitl dit M. de Metternich, » et la pièce fut rédigée et signée. Mais, habilement et sous main, on avait travaillé l'archiduc; l'attentat d'Âlibaud sur ces entrefaites vint encore alarmer et effrayer r£urq>e : il ne fut donc plus question de mariage, et la négociation en resta là.

Ce fut toujours avec ce tact parfait que l'ambassadeur sut également se conduire vis à vis la branche aînée; gentilhomme, il n'oublia pas qu'il y avait près de Vienne de hautes et royales infortunes; jamais aucune parole aigre, ou des injonctions humiliantes, ne vinrent de lui, et[, à l'honneur de sa cour, il faut dire que sur ce point il n'eut pas à se défendre: il put librement garder ce respect du malheur qui est un des plus nobles instincts de la nature humaine. On laurait hautement blâmé s'il eût agi autrement. Lorsque à la fin de 1840, M. Guizot prît les affaires étrau-

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gères» M. de Sainte-Aolaire le remplaça dans l'ambassade de Londres, poste d'une difDculté d'aatant plus considérable que, depuis le ministère de M. Thiers» les affaires s'étaient singulièrement compliquées. 11 dut pacifier par son esprit modérateur les questions si sérieuses sur le droit de visite , l'occupation de Taïti, les affaires du Maroc , l'indemnité du docteur Piitchard, difBcultés sur lesquelles l'ambassadeur devait s'expliquer avec une mesure extrême. Depuis 1840, il faut dire cependant que l'impulsion vint plus inunédiatement de Paris , les notes importantes étaient rédigées par H. Guizot luirméme , et l'ambassadeur n'eut qu'a modérer les impétuosités, les colères de lord Aberdeen ou de lord Palmerston. Le talent de M. de Sainte- Aulaire fut, dans toutes ces circonstances, de se faire l'interprète élégant et tempéré des intentions de sa cour dans une situation souvent si compliquée, que le moindre mot pouvait entraîner des difBcultés, des secousses, des embarras. M. de Sainte-Aulaire eut successivement affaire à lord Palmerston, puis au comte d' Aberdeen et au duc de Wellington, et ici sa tâche fut plus aisée, p(M*ce que le ministère tory, s'appuyant sur l'alliance française, offrait plus de facilité pour des concessions mutuelles.

La plus haute difficulté de l'ambassade française à Londres fut l'affaire de Taïti et des missionnaires protestants, car elle se liait à l'opinion des méthodistes, au puritanisme anglais qui forme un si grand parti dans l'Angleterre et

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au dehors. Cette affaire fut condoite spécialement par M. de Jarnac, qui fit rintérim de I*ainbassade pendant un congé du comte Sainte-Aulaire. Dans. les grandes difficultés qui surgirent alors entre la France et l'Angleterre sur des points de politique si graves et si variés , l'esprit modéré du comte Sainte-Âulaire eierça la plus salutaire influence ; il apaisa les irritations « les emportements. Les formes ne gâtent rien dans les relations de la vie ; plus d'une fois le comte d'Aberdeen s*eiclama de mécontentement à certaines communications du comte Sainte-Aulaire; c'était alors que le caractère de l'ambassadeur paraissait avec ses qualités les plus précieuses, il présentait les questions de gouvernement avec une grande netteté; il faisait sentir au comte d'Aberden, esprit si parfaitement accoutumé aux affaires, là véritable position du cabinet français toujours obligé de répondre aux Chambres qui l'accusaient de concession à l'Angleterre ; et comme le ministère tory avait besoin de l'appui et du concours d'un cabinet conservateur en France, bien des concessions furent faites à cette nécessité de parlement et de majorité.

Sous le ministère de lord Pàlmerston , les choses changèrent un peu de face ; les formes du noble vicomte , souvent insupportaMes , ne servaient pas le développement des affaires ; très-emporté , taquin , fantasque , il fallait te ramener aux conditions sérieuses d'une négociation régulière. Comme la question des niariages espagnols se présenta

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presque immédiatement, toute impulsion vint de Paris , et l'oD pouvait dire que la négociation fut suivie par M. Guizot personnellement avec sa haute habileté. M . de Sainte-Aulaire fit plusieurs voyages en France pour se consulter avec son gouvernement sur ces difficultés considérables. Durant ces absences , les affaires étaient toujours conduites par M. de JarnaCf esprit sûr, mais que des habitudes trop anglaises jetaient quelquefois dans des voies préoccupées et exclusives. H. Guizot avait besoin de le contenir dans les limites traditionnelles qui devinrent la base désormais de sa diplomatie. Il n'y eut pas de question conduite avec plus de fermeté et de dignité que celle des mariages espagnols*. Plusieurs fois le comte de Sainte-Aulaire avait manifesté le désir de se retirer de son ambassade; son grand Age et ses longs services lui en donnaient le droit ; le roi et M. Guizot insistèrent pour qu'il la conservât quelque temps encore. M. de Sainte-Aulaire se croyait arrivé à ce point de la vie où la retraite est indispensable. Le souci de ses devoirs religieux, et le culte pour sa vieille mère, femme si remarquable et si aimée , lui fit insister sur sa retraite ; et cette retraite, enfin, M. de Sainte-Aulaire l'a obtenue. Remplacé à Londres par le duc de Broglie, désormais il peut se consacrer à Tétude de Dieu et de lui-même : à d'autres donc le soin des affaires actives dans notre vie périssable ; le vrai chrétien a dans son âme le sentiment du

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