‹ Les diplomates européensChapitre 103 sur 117 · DOM PEDRO DE SOUZA-HOLSTEIN · texte numérisé non relu

DOM PEDRO DE SOUZA-HOLSTEIN

Il reste aujourd'hui debout bien peu des hommes d*État qui apposèrent leur signature aux actes de cette grande transaction nommée le congrès de Vienne * ; les rangs s'en édaircissent incessamment. Sur les protocoles de ce congrès, on voit toujours reproduit le nom et les armes du marquis de Palmella, ministre de Portugal, si particulièrement lié avec H. de Talleyrand. A l'époque de la guerre de délivrance, les Portugais avaient pris une large part aux batailles dans l'armée du duc de Wellington ; ils en formaient une des parties la plus belliqueuse, la plus fière, et l'esprit militaire des vieux Portugais du xvr siècle semblait

1. rai fiiit rhistoire spéciale du congrès de Vienne dans un li?re, afin de biea en eiposer les faits et les principes.

s'être réveillé dans cette campagne de la Péninsale, qai 1

s'accomplit de 1811 à 181&.

L'Angleterre a an système politique qui mérite d'être i

étadié, parce qu'il se place en dehors des afTections, des |

principes réguliers, pour ne voir qu'un but, l'accroissement de sa puissance personnelle et le développement égoïste de ses intérêts. Chaque nation a son caractère propre ; tant que ce caractère, bon ou mauvais, reste dans sa nature première, dans sa virginité patriotique, les étrangers ont peu i de prise sur son indépendance ; il s'enveloppe d'un certain orgueil, des traditions de son histoire; ce peuple peut être vaincu, mais il n'est ni dompté ni dénationalisé. C'est parce que l'Angleterre sait bien cette vérité pratique que presque toujours, sous prétexte de civiliser les mœurs, d'adoucir les tempéraments, de répandre les idées libérales, elle fatt pénétrer ses propres éléments de puissance et souvent même son drapeau chez une nation ; elle a ses missionnaires politiques et religieux : la Bible et la constitution anglaise font plus de conquêtes que le canon ; elle sait bien qu'il faut énerver un peuple, lui êter ses traditions, son passé, si Ton veut l'assouplir pour le présent et l'avenir.

Dans cette œuvre toute égoïste, l'Angleterre fut admirablement aidée par l'esprit philosophique du xviir siècle, de sa nature pervers , pédant, et antinational; partout ou cet esprit pénétra, il ôta aux peuples, sous prétexte de flétrir les préjugés, les choses qui faisaient leur orgueil et leur

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force, avec les traditions qu'ils respectaient ; et lorsque les idées furent bien bouleversées, les consciences bien assoufSes, FAngleterre oflnt sou protectorat, ses traités de commerce. Telle est l'histoire du Portugal et un peu celle de l'Espagne pendant ce dernier siècle : le marquis de Pombal et le comte d'Aranda furent les deux grands instruments de l'Angleterre. Le marquis de Pombal, qui Qt de la philosophie quand il fallait fiiire du gouvernement, qui chassa les jésuites pour appeler les Anglais, et réduisit le Portugal à un état de vassalité; le comte d'Aranda, qui commença la décadence de la monarchie espagnole en étei* gnant les sentiments religieux par une réforme; il livra l'esprit de la patrie pour la vanité de quelques vers élogieux. Je marche vite sur ces idées qui pourraient être le sujet d'un gros livre; j'ai dû les dire parce que le marquis de Palmella est un peu l'héritier de ce système qui abaissa la monarchie portugaise en lui imposant les principes et la domination de l'Angleterre.

Le nom de Souza est assez commun parmi la noblesse portugaise ; il est illustre pour quelques-uns, vulgaire pour quelques autres; le monde connaît le savant comte de Souia, dont la femme fit des livres et des romans très-spiri* tuels. Je ne sais si généalogiquement le marquis de Palmella sort de la même famille ; son père était dom Pedro de Souza, qui depuis longues années avait quitté le Portugal pour se retirer à Turin. IXi sang italien se mêlait à l'origine du

marquis de Paltnella; sa mère était une noble Piémontaise, que H. de Souza a?ait épousée dans son voyage. Le jeune Souza naquit donc à Turin, Tan 1786, époque vive» colorée, ardente, parce que alors on était trés-rapproché de la résolution française. Epfant, il fut élevé à Lisbonne; à cette époque ce n'était plus la ville aux mœurs antiques et aux traditions du passé comme Goîmbre aux vieux couvents! FAngleterre avait déjà c<»nmencé la dénationalisation du Portugal ; le commerce lucratif des vins de Porto, la vie que ses transactions jetaient dans toutes les classés de la société, avaient créé pour le Portugal un besoin du commerce anglais et du produit de ses manufactures. Presque toujours une flotte considérable, sous pavillon britannique, était dans le Tage, et cette flotte était d'autant plus nécessaire, que la révolution française, devenue conquérante, menaçait la Péninsule aussi bien que T Allemagne et Tltalie. Le jeune de Souza Palmella reçut l'éducation religieuse, la seule alors connue en Portugal ; les couvents tenaient une si large place dans l'organisation sociale, depuis Coïmbre jusqu'à Maflra, palais et monastère tout à la fois, comme San-Lorenzo de TEscurial : terres et cités étaient sous l'influence des ordres monastiques, qui conservaient le véritable esprit portugais. Les philosophes et les Anglais, dans leur ligue antinationale, avaient cherché à frapper par des réformes les couvents , source du patriotisme ; les philosophes n'avaient point encore tout à fait réussi dans œ

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dessein de livrer leur pays à rétranger. L'intérieur du Portugal surtoQt conservait cet âpre esprit> ces mœurs on peu sauvages, qui en d'autres temps avaient fait la force et la splendeur delà conquête. C'étaient ces braves enfants de la Lnsitanie qui avaient montré le pavillon portugais sur toutes les mers, dans Tlnde, au Brésil, à Goa comme à Rio-Janeiro. Le vieux Portugal avait produit des hommes d'élite et de science, et dans la poésie le Camoëns suffisait à sa gloire. A tous ces beaux souvenirs , les philosophes et les Anglais voulaient substituer la domination duconmierce britannique couronné d'ime charte constitutionnelle, dans un pays où l'on ne connaît qu'une chose, l'énergie du gouvernement ou la guerre civile, l'obéissance à un pouvoir absolu ou la révolte à main armée.

A quinze ans Souxa de Palmella visita l'Italie, l' Allemagne et l'Angleterre; la France était alors interdite aux voyageurs étrangers; la République était en froid avec tout gouvernement régulier; le Portugal redoutait toujours quelques-uns de ces bouleversements politiques qui ne permettent ni les communications libres, ni les jouissances de la vie simple des voyages. C'est dans ces excursions lointaines que le jeune Souza de Palmella s'initia aux mystères de la philosophie allemande et de la littérature française des réfugiés à l'école de H"** Staël, de Benjamin Constant, de Schlegel, alors si vivement opposée au système de Bonaparte. De là cet esprit hostile IV. 2<

att DIPUMATBS B0ROVtENS.

que montra touùoars M. de Palmdla à la polittqne de rsmpire. Cette école de littérature énmieiite ne pardonnait à Napoléon ni ses grandeurs, ni ses ridicules, ni sa puissance , ni ses petitesses, ni la magie de ses yktoires, m k tristesse de ses revers. L'esprit qui démolit tout s'opposait au génie qui élève et organise tout. Avec ces préoccupa* tions d'école, le jeune Palmella revint par l'Angleterre à Lisbonne, pour y attendre la marche des événements qui prenaient une direction fatale.

De tristes jours allaient arriva pour la nationalité portugaise, temps de soucis et de luttes. Sous prétexte de lier la Péninsule à son système, Napoléon avait ordoané au général Junot de s'avancer à travers les montagnes rt les steppes de la Lusitanie pour occuper Lisbonne. Jean VI, homme d'étude, d'esprit et de cœur, était alors roi de Portugal ; la question s'offrait à lui dans une alternative déplorable : où il fallut subir le joug des François qui exigeaient impérativement que Jean VI déclarât la guerre à l'Anglet^re, ou bien en se plaçant sous la protection de cette Angleterre on devait chercher un asile sur ses vaisseaux. C'est à cette demiia^e résolution que le roi Jean VI enfin s'était arrêté; l'Angtetenre lui offtrait de le conduire au ftrésii, sous la furotection de sa flotte ; d'établir sa monarchie sous ce beau ciel, de le faire saluer souverain, tandis que le Portugal subirait la crise passagère de l'occupation française, pour se relever plus fort et plus vi-

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goufBBx. Dm» le bat de servir ce dessein, les serriteors de Jean VI se difisèrent en deux fractions : les ans saivirent le roi dans le Brésil, les autres durent demeurer à Lisbonne on dans les iMx>Tinces, afin de prMer la main à un mouvement insurrectionnel, lorsque les vêpres siciliennes soBneraient sur les Français. Le jeune Souza de Palmella prit ce dernier parti, et resta soit à Lisbonne, soit à Maffra. Il Tut même quelque temps associé à la politique de Junot, singulier pouvoir qui trônait à Lisbonne; Junot qui, d'après le témoignage de sa femme, recueillait des diamants en si belle quantité, qu'elle put les semer plus tard en son hôtel des Champs-Elysées.

Dans l'étrange et gigantesque système de Napoléon, il se passait des choses bien capables de soulever les populations contre le despotisme ! Tout à coup arrive de Paris Tordre de former une légion portugaise de douze mille hommes; dans quel dessein et pour quel lieu est-elle destinée? Napoléon veut que les Portugais aill eut servir sous ses aigles dans le Holstein et au nord du Danemark. C'est au milieu des glaces qu'il envoie les enfants du Midi; eux habitués à s'abriter sous les orangers, les citronniers, les lauriers roses des sierras, ils doivent se consumer et mourir à l'aspect du sapin noir , triste arbre du Nord. Qu'importe : tel est Tordre de Napoléon. Le jeune Souza de Palmella dut suivre ses compatriotes, comme officier, dans la division portugaise; il tomba

dangereasement malade et ne pot quitter Lisbonne, oà des événements d'une nature sérieuse allaient sonner l'heure du réveil de la Péninsule; les Anglais débarquaient une armée sous lord Wellesley. Junot était obligé de capitulera Cintra, et ses troupes restaient aux mains de rpnnemi sur les navires de Tescadre ; capitulation retentissante que Byron a flétrie lui-même, lorsque poëte voyageur, il traversa le Portugal après ses adieux jetés à la patrie.

A cette époque seulement conunence la vie politique de M. de Palmella ; la position qu'il avait prise è Lisbonne était neutre et pouvait plaire au gouvernement anglais, qui désirait avant tout de se maintenir dans la prépondérance et la suprématie. Nul ne doutait d*abord du dévouement de H. de Palmella à la royauté de Jean YI; sans se montrer hostile à Junot et aux Français, il ne s'était associé que par la force aux actes de ce gouyemement militaire. Ajoutez qu'avec le dévouement incontesté au Portugal, M. de Pahnella apportait dans les affaires une tempérance, une modération, qui entraient dans les intérêts et les idées de l'Angleterre, par rapport à la Péninsule. Les Anglais voulaient moins appeler une réaction nationale, que s'associer les intelligences d'élite, pour les mettre à leur service dans leur œuvre de gouvernement et de domination politique et commerciale»

Gréé comte par Jean VI, H. de Pahnella dut inunédiatement représenter le gouvernement de Lisbonne comme

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ministre plénipotentiaire auprès de la régence insarredionnelle de Séville et de Cadix , dans le noble réveil de TEspagne. M. de Palmella accepta cette mission par goût, par déyouement) car c'était se dessiner dans le sens national, au moment où les armées espagnole et anglo-portugaise marchaient au triomphe de la cause commune. Dans ce rôle si difRcile, le comte de Palmella put se concilier les suffrages du cabinet anglais, tout influent dans la Péninsule ; il prit part conune les Cortès même au mouvement de délivrance; et après la victoire accomplie, Palmella fut désigné pour l'ambassade de Londres. C'était à peu près la même carrière que Martinez de la Rosa; on pourrait dire, jusqu'à certain point, avec le même caractère : la philosophie et le libéralisme , l'esprit de tempérance et de constitutionnalité, la liberté sous la protection anglaise. Ces deux hommes d'État contribuèrent au triomphe du système britannique dans la Péninsule.

M. de Pahnella fut chargé de missions à Londres, les deux années 1813 et 181&, et Jean VI le désigna pour son plénipotentiaire au congrès de Vienne. Par une attention spéciale de l'Angleterre, et pour récompenser la belle conduite des Portugais, le congrès admit M. de Palmella dans le comité dirigeant des huit, quoique le Portugal eût trèspeu d'importance dans les questions territoriales, qui alors préoccupaient l'Europe. L'Angleterre au reste était aise d'avoir une voix dévouée dans le congrès, un homme de

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De Rio Janeiro, alors profondément' agité par l'esprit des révolutions, M. de Palmella suivit Jean VI à Lisbonne; toujours en pleine effervescence sons le gouvernement des Cortës; Jean YI apportait donc une charte, et une cargaison de principes constitutionnels. Palmella devint à ce moment Thomme aux projets, toujours préoccupé de sa charte concédée» des libertés émanées du trAne. Il faut dire que la faveur anglaise Tavait un peu abandonné, et voici pourquoi ! L'Angleterre qui, je le répète , se soucie très-peu des principes politiques des États, s'était fort bien accommodée de tout ce bruit révolutionnante , qui avait accablé le Portugal ; raffaiblissement de Fesprit national , ce bavardage de guerre civile , avait aidé ses opérations commerciales ; elle était devenue maîtresse à Lisbonne comme à Porto, de manière qu'elle s'inquiétait à peine d'une restauration de Jean VI, avec ou sans la charte. La constitution de i 812 pouvait régner paisiblement, sans que l'Angleterre s'en plaignît; qu'avait-elle à voir au triomphe du prince ou du peuple, pourvu que le Portugal lui fût soumis? Quoique maîtresse à Lisbonne, la légation anglaise laissa frappier d'exil M. de Palmella par les Cortès, et tout ce que le ministre anglais concéda ou obtint, c'est qu'il resterai! prisonnier dans la province d'Alemtejos^

Arrêté dans sa personne et ses projets, l'ancien ministre de Jean VI devint dès lors le centre des mécontentements contre les Cortès de 1812; il prêta Tordlle et la main à

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