‹ Les diplomates européensChapitre 20 sur 117 · LE CARDINAL PACCA · texte numérisé non relu

LE CARDINAL PACCA

pereor était arrivé à Rome , précédé de quelques singuliers considérants, sans doute rédigés par M. Maret, sur le balancement de l'autorité ecclésiastique et de l'autorité laîqae. Déjà le saint-père était prévenu, par le cardinal Pacca, de l'existence de ce décret souverain et de son application immédiate.

Le texte en est bien curieux : a De notre camp impérial de Tienne, le 17 mai 1809. Napoléon I*^ etc., considérant que lorsque Charleroagne, empereur des Français et notre auguste prédécesseur^ flt don aux évèques de Rome de diverses contrées, il les leur céda h titre de fier, pour assurer le repos de ses sujets, et sans que Rome ait cessé pour cela d'être une partie de son empire; considérant que, depuis ce temps, Tunion des deux pouvoirs spirituel et temporel a été, comme elle Test encore aujourd'hui , la source de continuelles discordes ; que les souverains pontifes ne se sont que trop souvent servis de Tinfluence de l'un pour soutenir les prétentions de l'autre, et que, par cette raison, les affaires spirituelles, qui, de leur nature, sont immuables, se trouvent confondues avec les temporelles, qui changent selon les circonstances et la politique du temps...» A la suite de ces beaux raisonnements de la chancellerie venait le décret impérial : « Les États du pape sont réunis à Tempire français; la ville de Rome, premier siège du christianisme, et si célèbre par les souvenirs qu'elle rappelle, est déclarée ville impériale et libre ; les monuments de la grandeur romaine sont maintenus

aux dépens de notre trésor; les revenus actuels du pape se* ront portés à deux millions ; les propriétés et palais du saintpère ne seront soumis à aucun impét ni visite. » Une consulte extraordinaire devait organiser la forme du gouvernement de Rome , et un second décret nommait membres de cette consulte le général Miollis, gouverneur de Rome, président; le Corse Salicetti, jacobin ralliée FEmpire, ministre à Naples; puis, un conseiller d'État, poli, souple, travailleur ardent, M. de Gérando ; enGn MM. d'Arcet et de! Pozzo.

Par le fait de cette consulte , le gouvernement de Rome cessait d'appartenir au pape; Napoléon enlevait au saintpère le fief que son auguste prédécesseur Charlemagne lui avait conféré; à l'influence des cardinaux succédaitcelle d'une consulte presque étrangère , imitation de ce qui se passait sous le Directoire. Tout cela était profondément injuste, ridicule : de la petitesse et de la violence ; mais le pouvoir qui l'osait était sans contredit la plus grande force de l'Europe. C'était de Vienne, quelques jours après la victoire de Wagram , à la veille de la paix , au moment où le monde était à ses pieds , que Napoléon dictait ce décret de colère. Rome était réunie à l'Empire, et la plus forte des armées allait faire exécuter ce décret. On pouvait jeter trente à quarante mille hommes à Rome, sans que cela dérangeât le système et les éléments de la guerre européenne.

Certes, il n'y avait pas besoin d'une force aussi considérable ; quelques coups de canon en réjouissance , une pro-

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damatioD lue par les hérauts d'armes dans les quartiers do Tibre, cela suffisait pour constater un changement de pooToir. Cétait par ce moyen que Napoléon avait réuni Amsterdam, La Haye, les villes anséatiques, Hambourg, Lobeck : pourquoi n*en serait-il pas ainsi de Rome? Et d'ailleurs qu'y avait-il donc pour soulever la résistance populaire? Deux malheureux vieillards, dans un coin de Monte- CaTallo, le pape Pie YH et son fidèle ministre le cardinal Pacca. Qu*allaient-ils faire, l'un le pontife suprême, l'autre son pro-secrétaire d'État, lorsque le canon retentirait pour annoncer le renversement de la puissance pontificale? Fautil le dire? Cette attitude inquiétait vivement Napoléon. Lui qui n'avait jamais eu affaire qu'à des esprits abaissés, à des princes qu'il changeait arbitrairement de résidence comme de simples préfets , à des gens qu'il attirait par des dotations, l'empereur, dis-je, avait cru bien traiter le pape : • Comment celui-ci ne se contenterait-il pas de deux millions de revenus, avec ses palais affranchis de tout impdt, environné d'une cour brillante? Le pape serait bien difficile de ne pas se placer au niveau de l'archichanceUer Cambacérès» de Murât, ou de Berthier le connétable! »

En tous ces points. Napoléon s'était trompé. Les hommes sensuels ne savaient pas qu'une petite chambre de quatre pieds carrés, juste grande comme la -cellule d'un camaldule, safBsait à Pie VII et lui allait mieux que ses palais« et qu'avec deni paoli par jour il pouvait vivre. Plus on lui imposerait

de liens, plus il ressemblerait à ces pontifes des temps primitif do christianisme, saint Let, saint Clément, martyrisés par les emperears romains. Rien donc n'arrêterait le pape dans ce qu'il croyait son devoir ; et alors, pour la première fois, Pie VU songea aux armes morales de l'Église, je tciix parler de l'eicommanication.

Les grands esprits auraient 'dit en raillant : «Qu'est-ce qu'une excommunication To Beaucoup, sans doute, puisque r empereur tout-puissant, Thomme qui commandait à un million de soldats, éprouvait une sorte de frissonnement et de terreur h la seule idée qu'il pourrait être excommunié! On voit, dans la correspondance intime de Napoléon avec le général Miollis, cette question perpétuellement répétée : « Que fera le pape? Se contentera-t-il d'une simple protestation? En ce cas, on la laissera faire, on n'en tiendra pas compte. Ce peu de bruit sera bientôt effacé par les coups de canon retentissant au château Saint-Ange. Quant à l'excommunication, il ne l'osera pas; ce serait trop se compromettre, s'exposera la colère de l'empereur, à la captivité.» On voit le souverain du plus puissant empire inquiet, affecté, car lui, qui a sollicité naguère la bénédiction du pape à Notre-Dame, va4-il subir maintenant sa malédiction? Celle d'un vieillard, avait dit Pacca ne porte jamais bonheur.

Dans un coin du Quirinal se passait donc une scène des plus roémoraMes. Pie VII, et avec lui son fidèle Pacca, seuls en délibération, le décret defemperenr sous les yeux,

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allaient décider la inesare à prendre contre Napoléon. « E3i bien! riniqntté est conaoRimée, dit en latin le soweraln pontife, «off^iimma/aef/.-— L'iniquité est accomplie, trèssaint Père I » répondit Pacca ; et s'approchant de la fenêtre, il rehit attentiyement les motift de ce décret impérial, crarre iniqae et absurde, ce Qu'ordonne Votre Sainteté? la protestation est déjà afBchée et répandue dans Rome ; se bornerat-elle là? » Et alors le saint-père parla avec une fermeté remarquée, de la nécessité d'une bulle d'excommunication ; elle était rédigée d'avance par les conseils du cardinal Pacca, qui manifestait une grande eialtation de courage. C'était aussi le cardinal qui avait rédigé la proclamation affichée dans Rome au nom de Pie ¥11, et conçue en ces tarines : « Dans la douleur où nous nous trouvons , nous ress3ntons une consolation suave de voir que nous éprouvons ce que Notre-Seigneur annonça à saint Pierre, en lai disant : Vous serez dans l'Age sentie , lorsque vous étendrez vos mains et qu'un autre vous liera et vous portera là on vous ne voulez pas aller. Nous abandonnons nos mains sacerdotales è la force qui nous lie pour nous porter ailleurs, et noos déclarons les auteurs de ce fait responsables envers Dien de toutes les conséquences de cet attentat. De notre e4té nous désirons, nous conseillons, nous ordonnons que nos fidèles sujets , que notre troupeau universel de TÉglise ttthoHque, imitent ardemment les fidèles des premiers «èdesdans les circonstances oà saint Pierre était renfermé

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en prison et où l'Église ne cessait jamais de prier pour lui. v La seule résistance recommandée par le saint-père c'était la prière : mais, je ne sache pas de plus grande force que la prière et la résignation religieuse.

^Cette simple protestation affichée aux quatre coins de Rome, avec une merveilleuse promptitude, produisit un eflet d'indicible tristesse au milieu du peuple. Ce n'était pas tout: le cardinal Pacca, dans sa conviction personnelle, croyait à la nécessité de la bulle d'excommunication immédiate contre Bonaparte: le pape n'avait -il pas tout cédé comme un agneau de douceur? A chaque parole de Napoléon il avait obéi; il était venu à Paris pour le sacrer. Bonaparte s'était fait roi d'Italie, la couronne de fer au front, le pape s'y étaitil opposé? Les États temporels de l'Église étaient son patrimoine, le pape n'en était que l'usufruitier, et comme les empereurs de la maison de Souabe, Napoléon remplissait la ville étemelle de terreur et de violence 1

Il se révèle à Rome un grand esprit de suite, un génie de gouvernement parliculier; certes il y a des prélats mé* diocres, des hommes d'intrigues et de passions , mais l'esprit traditionnel du gouvernement est admirable. Or, tout en prenant une mesure extrême, le pape voulait rester dans les conditions modérées , et ce n'était qu'avec une répugnance paternelle qu'il se résolvait à la bulle d'excommunication, car il aimait Bonaparte; il l'avait sacré avec joie ; et ce caractère italien, cette vivacité corse lui plaisait.

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