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bne. «JEh biea! lui diWU M. de Ubédojère est arrêté. » c Cda n'est pus possible , répondit le mioistre ; qo/çl impradei^t Jeune bonmel Gomoient. faire inaiiitenajit ! )e crois qa'ilest urg(^t4e l'interroger. » Jfi. Deqazes se Qt^qoçr Bfirs^ lipre«|x Ii|s détails ^r ranrQ«^tion,;JW« de L^bédojëreaTatt étévecoona data la diligonce par on o^cier de .geodaraierie qui avait pris soin de le suivre k son,aF|jvée à Paris et de le dénoncer à la préfecture. On a dît qae cet officier était un agent wvoyé tout exprès à Clenonont par le (réfet de police; d'abord le préfet n'avait aucune. attr{|Hib'oo en dehors de Paris; ensuite, si Ton savait que M. daJLabédojère était à Clemoot, à qa0i.b9p.Ie fajris arrêter à Puis? N'était-il pas plus simple de s'en saisir à Cleiinont? eti quoi servait alors l'agent dans la diligence? On conoaissait tonte rjmprudencede |f. de Labédoyère, ^il n'était pas dîffieile de découvrir sa retraite. Il faut. un pen se fliéGerde ces contes sur la police, espèce de Mlle et une Naits que l'on arrange sur des faits qui s'expliquent tout seQlsfarl'juDpnvlencede& hommes. M.Pecaxessereidîtà la prison du àfèçti pour l'interrogatoire. U ne connaissait qoe très-imparfaitement M. de Labédoyère ; mais i\fke put s'eaipèGher de lui dire : a Et pourquoi étes-vous venu à PftriSt.et qoi phis est» en diligence ? — Je me proposais d'i^r eo Angleterre, répondit H. de Labédoyère, et je venais poor embrasser nuilemme et ma, tamille. — Coounçnt ne pas gagner la 3uisse?. vcius.aviez des pasae-ports.çt de l'ar*

lis DIPLOMATES KUaOPÉEI^S.

gent ! —C'est un coup de tète, ditH. de Labédoyëre, jesuis exposé à le payer cher I » H. Decazes procéda ensuite à rinterrogatoire légd, qui ne présenta aucune circonstance extraordinaire. Tout son rôle se tK>rna là ; le reste fut le fait du conseil de guerre. Quel reproche ponvait-on faire à un préfet de police? avait- il juridiction à Clermont, en Auvergne? s* il y a eu d'autres ordres, ne furent-ils pas le fait d'un pouvoir de parti , alors si plein de mé- 6ance contre M. Decazes lui-même ? s'il y eut une cruelle condamnation, ne fiU-elle pas l'œuvre d'un tribunal militaire?

Voici maintenant le procès de M. de Lavalette, dont le nom soulevait les haines les plus grandes à la cour. Je croîs qu'il avait refusé des chevaux à Louis XYIII le 19 mars, en prenant possession de l'hôtel des Postes. M. de Lavalette, comme la plupart des proscrits de l'ordonnance de M. Fouché , n'avait point cherché à se dérober aux poursuites ; il ne fallait pas de bien hantes recherches à la police pour découvrir sou asile ; il demeurait à la campagne de sa belle-mère ou dans son propre hôtel. Tous les jours il arrivait du pavillon Marsan des rapports de police pour indiquer qu'on avait vu M. de Lavalette. On mettait en doute déjà la fidélité du préfet , accusé de protéger les révolutionnaires ; car M. de Lavalette était considéré comme le chef de la conspiration civile, et le château en voulait raison à tout prix. M. Decazes résolut de prévenir H. de Lava-

lette d'une manière détournée. Un agent se présenta à son Mtel et demanda H. de Lavalette de la part du préfet de police ; on lui répondit qu il n'y était pas. a Dites-^lui, répondit ragent, que je repasserai demain matin. » M. de Lavalette , après cet avertissement , eut Fimprudence de rester chez lui , et il fut arrêté à onze heures, déjeunant paisiblement au milieu de sa famille sans autre précaution; le préfet de police pouvait-il agir autrement? L*arrêt fut aussi étranger à M. Decazes que la condamnation du colonel Labédoyère; traduit devant le jury en Cour d'assises, M. de Lavalette fut condamné à mort , et le parti royaliste accusa fortement le pouvoir d'avoir favorisé cette évasion , qai fit tant de bruit à Paris. M. Decazes n'y était pour rien ; il ne trahit pas son devoir même pour une bonne action. La délivrance fut tout entière le résultat du dévouement de sa noble et sainte femme.

Dans l'affaire du maréchal Ney, quelle fut ta part de M. Decazes? Simple préfet de police, son ressort se bornait à Paris, à la banlieue, et le maréchal fut arrêté, comme on le sait, près du chftteau de Bessonis, propriété de sa famille. Le maréchal conduit à Paris, il était dans le devoir de H. Decazes de l'interroger. Les premières conversations forent tout entières un échange de politesses et de souvenirs ; le maréchal raconta à M. Decazes le désastre de Waterloo; il en était vivement préoccupé; il lui parla de la fatale jour née; c'est ainsi qu'il appelait le 13 mars. « J'ai perdu la m. 8

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tôle lAn iiy>ip^Qt , j'ai été entraîné. » Après avcûr reliasse avec force Vaccosation d*avQir reçu de l'argent de Louis XVIII, Ney rappela ses souvenirs 9vec préciaiop : a J'ai en effet, dit-il, baisé la main du roi , S. H. me l'ayant présentée en me souhaitant un bon vpyage. Le déhanme* nient de Bonaparte me paraissait si extravagant que î*eo parlais avec indignation, et que je me servis, il est vrai, de cette expression de cage de fer, — Comment, demanda alors le préfet de police , pouvez-yous donc expliquer le changement qui s'est opéré en vous , et comment justifier votre conduite du li- mars? Vos devoirs n'étaient-ils pas toujours les mômes?— C'est vrai, répondit le maréchal, j'ai été entraîné ; j'ai eu tort, il n'y a pas le moindre doute. »

A cet interrogatoire se borna toute la participation de M. Dec^zes dans le procès du maréchal Ney, qui devint la grosse affaire politique du temps, depuis si étrangement appréciée. J'ai besoin de dire tout cela afin de faire à chacun la part historique dans les événements de la réaction. Qu'est-ce qu'un préfet de police 7 un véritublo juge instructeur, qui conunence les interrogatoires , entoure les accusés, prépare comme résultat, les premiers éléments de l'instruction. A l'époque où nous vivons, les hommes et les choses doivent s'apprécier d'une manière plus sérieuse : presque toutes les arrestations de ce temps se firent en de*hors de la préfecture de police de Paris. M. Fouché laimême, ministre delà police, dont l'action s'étendait sur

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(ont le royaume, ne voulait pas de victimes ; roai§ i^ y avait quelque chose de plus fort, de plus énergique» c'était vu parti victorieux qui imposait ses conditions et ses garanties après la grande trahison des Cent- Jours. La police des partis est la plus terrible, leur justice est plus cruelle encore: n'en a-t-on pas vu un exemple dans le procès des ministres en 1830 , et que de vigueur il follut au pouvoir pour éviter d'être cruel !

La réaction en vint à ce point que M. Fouché fut obligé de donner sa démission , et le roi accepta M. Decazes pour le remplacer ; Louis XVIU voulait avoir auprès de lui un homme de sa confiance, car sa position était bien difficile. Le roi était en présence des négociations étrangères et de la Chambre de 1815, si ardente; le duc de Richelieu était absorbé par les négociations avec les alliés, et le roi pour les affaires intérieures n'avait personne qui lui rendit compte du mouvement réel des esprits et de la situation des partis. Louis XVill fit de M. Decazes un ministre de confiance ; il voulait qu'il lui dit ^ut avec un abandon extrême, pourvu qu'il ne l'inquiétât pas trop; et le ministre, comprenant parfaitement cette situation, associa pour ainsi dire le roi à tous les actes de la politique. S'agLssalt-il d'une nomination ou d'une mesure? M. Decazes avait grand soin de consulter Louis XVIH , de lui en rendre compte : plus aucune de ces formes souveraines de H. de Talleyrand.qui imposait les actes en maître;

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Lonis XVIII aimait les anecdotes, M. Decazes lui en fournissait beaucoup » car son esprit était pénétrant et savait lire un peu dans tous les intérieurs. Le roi adorait les détails politiques, M. Decazes ne les ménageait pas; et peu à peu il s'inBItrait dans les habitudes du vieux monarque à ce point qu'il ne pouvait plus se passer de sa correspondance. L'esprit de M. Decazes était parraitement approprié aux prévenances, bonnes, douces; il caressait habilement les tendances , les faiblesses même de Louis XVIil et tous les petits côtés de son caractère.

Toutefois il faut se rendre compte de cette position pour en comprendre les difficultés. Le ministre était parfaitement bien avec le roi, c'était beaucoup sans doute, mais il était à la face de deux grands partis qui tour à tour lui faisaient des menaces et des caresses; les royalistes avaient voulu absorber M. Decazes dans leur sein, il leur avait donné des gages pendant les Cent-Jours, et le comte d'Artois était aise d'avoir un ministre dans la confiance du roi. Le parti libéral voulait également avoir M. Decazes, parce qu'avec son concours il espérait reprendre une certaine position dans les affaires et se voir amnistier de son passé. Ainsi se trouvait M. Decazes pendant toute la réaction de 1815, à cette époque la plus difficile de sa vie, celle qu'on a jugée avec le plus de sévérité; parce que dans les périodes de transition, tous ceux qui veulent tenir un milieu soulèvent contre eux des tempêtes ; il faut alors tant de

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petites habnetés, tant de corraptionfl, tant de tempérances» que les meilleurs et les pins droits caractères y empruntent noe finesse d'habitude « une formule de doucereuse indiff^ rence, qui se détrempe sur toute une vie politique.

Je reviens sur le procès du maréchal Ney, dont l'arrestation était restée étrangère à H. Decaies^ encore préfet de police, car le maréchal fut arrêté» non point à Paris» et tout a fait en dehors de sa juridiction. Qoant au procès, il fut poursuivi par le conseil des ministres tout entier» qui remplit son devoir» devoir terrible oiais impératif et juste, car il y avait une grande trahison. Ce fut une affaire toute de judicature ; la cour des Pairs prononça une peine inflexible; ce fut aussi son devoir. Laissant les déclamations à Tesprit de parti» il faut se reporter an temps» aux maux que la trahison des Cent-Jours avait fait peser sur le pays, à la situation do pouvoir en lutte avec les étrangers. Je crains qu'il n*y ait bien des passions politiques qui se cachent aujourd'hui derrière le nom glorieux du maréchal Ney !

La seconde grande poursuite fut l'affaire des patriotes de 1816, sur laquelle on a publié tant de singalières versions parce qu'on y a vu le gouvernement aax prises avec les dernières classes de la société : j*ai lu même quelque part qne M. Decazes était le complice de Pleignier, le corrojeor» pour renverser les Bourbons et faire sauter les Toileries : « Ce fut quand le complot eut échoué que le mi-

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nistre abandonna ses hauts complices. » La conspiration de 1816 fut un commencement de carbonarisme mêlé h l'esprit Jacobin ; Je crois aussi que la police y mit trop d'importance, une solennité inutile contre de pauvres diables qui n*agissaient que comme les instruments de quelques hommes cachés qu'il fallait oser punir. Là fut toujours la faute de la restauration que cette poursuite contre les petits et cette indulgence pour les grands ; on parla d'agents provocateurs, de police immorale; il n'y a pas de complot qui ne présente un peu toutes ces circonstances , et en général la police n*a rien de vertueux; mais supposer qu'un ministre influent était d'accord avec des corroyeurs pour renverser le gouvernement de Louis XVlIt an proGt de la république ou d'un autre système, c'est une véritable uiaiserie! le tort de M. Decazes, ou pour mieux dire du conseil des ministres, fut de laisser prononcer des peines capitales contre des malheureux qui n'étaient pas dignes en vérité qu'un gouvernement sérieux s'occupât d'eux à ce point d'en faire ses victimes. Mais alors on était à la face d'une majorité de chambre qu'il fallait satisfaire ; elle avait des haines politiques, et le cabinet eût été brisé à la moindre concession : l'empire des majorités est souvent si terrible aux époques de réaction I

L'affaire de Grenoble et de M. Didier est l'un des griefs les plus invétérés contre celte époque. Comme on a réveillé tout récemment cette question , je dois l'examiner avec

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la matante de lliistoire. Les documents sont connus et pnMrés, car il y a moins de mystère qn*on nt croit dans lel choses politiques. On promet beaucoup de révélations, on en donne peu ; nous sommes liabitués depuis longtemps à ces sortes de menaces de correspondances et de publicité. Itnl ne peut contester qn*n y avait eu complot et révolte à Grenoble. Maintenant que nous avons plus d'expérience sar les choses de gouvernement, on voudra bien admettre la nécessité des répressions quand 0 y a sédition à main armée contre le pouvoir établi. Ministre de la police , M. Decazes dut faire son devoir a l'égard de la conspiration de Grenoble ; et conmie je suis impartial pour tout le monde, je dis que le général Donnadleu fit aussi le sien, parce qu'il était bomme de gouvernement, et qu'aujourd'hui après fti répression des grandes émeutes de Lyon et de Paris, il serait puéril de reprocher à un ministre de la police et è un général d'une division militaire d'avoir fait exécuter les lois de leur pays en réprimant les séditieux. Une fois ceci posé, il faut faire la part de chaque diose et de chacun. Il y a eu d^aibôrd le roman royaliste : M. Decazes était d'accord avec les conspirateurs ; on Ta dit, on l'a écrit, on promet de l'écrire encore, et ce complot avait pour but de réaliser en 1816 les événements accomplis en 1830; c'est parce que Didier échoua que M. Decazes le fit sacrifier afin de se couvrir luimême! Quel intérêt, juste ciell eût eu M. Decazes, royaliste outré dans les Cent- Jours, bourbonien jusqu'à la

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racine de ses cheveux, à renverser le gouvernement de Louis XVIII dont il était le ministre et le favori? Cela étaitil vraisemblable? et quelle place une révolution aurait-elle pu lui donner plus élevée que celle qu'il avait auprès da roi légitime?

Voici maintenant Faccusation libérale : M. Decazes donna des ordres impitoyables pour Texécution des arrêts, et lui seul envoya la fameuse dépèche télégraphique qui ordonnait l'exécution des coupables : pour tout ceci il faut bien recueillir les dates, les souvenirs, les actes de chacuh , afin que les responsabilités soient bien réparties. 1** M. Dambray , chancelier , garde des sceaux , avait sous sa responsabilité la justice et les grftces ; 2^ M. Decazes , ministre de la police, avait dans son département l'arrestation des coupables et la sûreté de TËtat ; 3® le général Donnadieu, commandant la division, devait réprimer par la force ; k"" le comte Montlivault, préfet de l'Isère, était le délégué du ministre de Fintérieur et de la police : à ces deux derniers appartenaient donc le gouvernement militaire et Tadnrinistration. Une conspiration éclate, le ministre de la police reçoit le premier avis du préfet; le général Donnadien écrit au ministre de la guerre, le duc de Feltre; et le garde des sceaux, ministre de la justice , fait réunir la cour prévôtale : chacun reste donc dans ses attributions. Que les rapports aient été exagérés, qu'on ait mis trop de zèle, conune toujours, dans la répression, cela est possible; mais ici tout

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est régulier, le jugement est rendu dans des conditions se- ▼ères, inflexibles, si vous voulez, je dis même impitoyables et sanglantes; mais à tout cela que peut faire le ministre de la police? les grâces dépendaient-elles de loi? dans la Uérarchie, elles tiennent au garde des sceaux; les conseils de guerre, les cours prévôtales ne ressortissent pas de lui, mais do ministre de la guerre ; Tordre d'exécuter n*est pas plus dans ses attributions, car il doit venir de la chancellerie, et Don pas do ministre de la police.

Résumons la part de chacun dans sa responsabilité : une conspiration éclate, tout gouvernement doit la réprimer, et c'est ce que fait avec zèle le général Donnadieu, brave soldat de la révolution de 1789, et comment blâmer sa conduite , quand on fait l'éloge du général Bugeaud , du général Aimar? Le préfet, H. de Montlivault, fait son devoir en instruisant le ministre de la police ; celui-ci ne manque pas an sien en donnant Tordre d*arrêter les coupables ; tout se fait selon la loi ; le jugement est rendu. Il ne reste plus que la question des grâces, et ici, je le dis, on aurait bien fait de se montrer clément ; mais les grâces regardaient le ministre de la justice , le conseil des ministres tout entier , si Ton veut, mais non point un seul des membres exclusivement, et pourquoi tout faire reposer sur lui?

Il faut se rendre compte d'ailleurs de la position du cabinet, et les hommes politiques savent trop qu'on ne s'appartient pas toujours. Le ministère Richelieu n'était maître

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d'aucun de ses actes en face la Chambre de 1815; si le roi Louis XVIII n'aimait pas celte chambre parce qu'il la savait dominée par son frère, il était loin pour cela d*ètre libéral dans le sens qu'on donne à ce mot. Le roi soutenait ses prérogatives et il avait des préventions très-arrètées; il fallait lutter incessamment, Téclairer chaque jour; lui faire comprendre enGn ce pays de France que vingt-cinq ans de révolution avaient changé. La double maxime que M. Decazes posa toujours devant le roi fut celle-ci : oKoyaliser la nation et nationaliser la royauté. » A ce travail le ministère suait nuit et jour dans une lutte incessante avec la Chambre de 1815, qui à chaque moment menaçait de lui enlever la majorité. La position de milieu que M. Decazes voulait prendre est toujours une des situations les plus accusées ; cela se conçoit, parce qu'on est nécessairement en butte à tous les partis extrêmes ; et cette position mitoyenne est toujours si difficile qu'elle nécessite souvent, je le répète, une sorte de duplicité dans les moyens d'action. Il est évident qu'avec cette Chambre de 1815 , tôt ou tard M. Decazes aurait été jeté en dehors du pouvoir; Louis XVIII , soit par indifférence de caractère , soit par respect du système représentatif, aurait parfaitement abandonné M. Decazes, qui d'ailleurs n'était point alors parvenu à cette domination familière, intelligente , sur Tesprit du vieux roi qui lui arriva plus tard. Que devait donc faire le ministre? S'attacher à détruire peu à peu l'influence de la majorité , afin de con-

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vaiDcre le roi que la Chambre de 1815 était plutôt Vexpression d'un parti que Topinion de la France elle-même. En butte aux haines des royalistes , M. Decazes dut préparer la chate de la Chambre de 1815, et comment y parvenir? Pour cela il fallait s'appuyer sur plusieurs éléments : 1* sur la froideur, j*ai presque dit la jalousie qui séparait Louis XVIIl du comte d'Artois ; 2* sur la force et la popularité d*opinion que présentait le parti libéral ; 3® sur les quelques débris du parti de madame de Staël , l'école doctrinaire groupée autour de M. Royer-CoIIard ; 4* enfin , obtenir Vappui de la diplomatie étrangère en constatant que le meilleur moyen de pacifier la France, était d'adopter un système libéral modéré, qui pût permettre le développement des richesses publiques. Dans ce but , le premier besoin des hommes politiques , était de constater l'impuissance de l'esprit révolutionnaire et sa prompte répression. Cet esprit n'était nullement éteint , il s*dgitait partout , à Tétranger, parmi les réfugiés de Bruxelles , en Suisse , à Paris et dans les provinces; Il suscitait la conspiration de Grenoble, dont j*ai parlé ; à Paris éclatait le complot trèsréel des patriotes de 181G, mauvaise queue de l'école impérialiste, se plaçant derrière l'échoppe des corroyeurs et le bonnet rouge de Babœuf ; le plan des conjurés, je le répète, n*était rien moins que de faire sauter les Tuileries ; il fallut «éviravec rigueur; il le fallait môme pour n'être point accusé de complicité.

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Quand une caose veut triompher, son premier besoin est de se dépouiller de la conspiration pour agir dans Tordre légal, et le ministre devait frapper les jacobins poor tendre la main au véritable libéralisme. Les royalistes disaient que M. Decazes était d'accord avec les révolutionnaires ; ceux-ci à leur tour parlaient d'agents provocateurs, de conspirations fausses, inventées à plaisir. La police, en effet, était fort active , comme à toutes les époques d'agitation et de changement Des espions, il y en a dans toutes les conspirations, depuis Rome et Venise; et les conjurés devraient savoir que parmi eux il y a toujours des yeux pour voir, des bouches pour dénoncer, aussi larges que le vomitoire dupalab ducal sur la Piazzetta. A cette époque, surtout, il y avait des polices d'une nature si diverse! le pavillon Marsan avait la sienne , le libéralisme la sienne, et tout cela se mêlait, se confondait. Puis enGn , tous les gouvernements ne sont-ils pas dans la triste nécessité de montrer la police un peu partout, plaie invétérée de la civilisation?

Le travail politique de M. Decazes contre la Chambre de 1815, fut une longue épreuve qui aboutit cnfln à celte question posée en plein conseil : a Dissoudra-t-on la Chambre introuvable, et osera-t-on faire un appel aux électeurs ? » On ne sait pas assez fout ce qu'il fallut de luttes , j'ai presque dit d'intrigues , pour arriver à cette conviction difficile dans l'esprit de Louis XVIII. La faveur de Jiff. Decazes avait grandi ; il en était à tous les petits soins auprès du

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neax roi; avec une facilité extrême d'écriture et de rédaction, le ministre de la police lui envoyait chaque jour les mémoires, les extraits, les correspondances que le roi lisait, et sur lesquels il faisait des observations. Il n'était pas une seule question d'hommes ou de choses qui ne fût Tobjet d'ime correspondance; le roi écrivait jusqu'à trois fois par joor à M. Decazes; k chaque difficulté, nouveau billet, dans le style le plus intime, et ce n'était qu'avec une extrême habileté qu'on pouvait parvenir à dompter les scrupules du roi, qui savait bien toute la force , tout le dévouement de la Chambre de 1815. Cette majorité n'était pas sans grandeur, sans patriotisme ; expression de l'esprit provincial , elle voulait une restauration avec le drapeau blanc fleurdelisé partout et la loyauté de l'esprit gentilhomme. Pour Taire admettre le principe de sa dissolution, que de peines, que de sueurs ! que de rapports vrais ou exagérés , qu'il bilnt réveiller de grands et de petits sentiments au cœur de Louis XVIII I C'est à l'aide d'une activité sans pareille, que fut enfin arrachée l'ordonnance du 5 septembre, qui substitua un régime de tempérance à l'ardeur des passions vio torieuses et loyales de la réaction royaliste.

L'Europe eut sa part à cette résolution du roi ; mais M. Decazes fut le véritable auteur de l'ordonnance du ô septembre y et en cela il fut aidé par le comte Pozzo di Borgo, et l'action même de l'empereur Alexandre qui avait des mécontentements contre le parti royalbte. Désormais

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le ministre demeurait à peu près maître de la position auprès du roi ; et la Chambre nouvellement élue présenta d'autres conditions de majorité que la précédente. Si les royalistes y revinrent, ils n'y furent plus qu*en minorité; le centre droit y dominait en masse avec les hommes modérés. Ici, M. Decazes se trouvait en présence d*un autre danger dont il faut maintenant parler.

Avant l'ordonnance du 5 septembre, le parti révolutionnaire, complètement effacé, n'existait plus dans les pouvoirs; vaincu après les Cent -Jours, il s'était retiré des affaires. Après ce nouvel acte, au contraire, M. Decazes eut besoin de s'adresser au libéralisme modéré, aGn qu*il lui domiAt une force pour lutter contre les royalistes ; le libéralisme avait sa représentation dans la Chambre et dans l'opinion. La mission du ministre fut de se placer dans une sorte de. milieu,'en tendant la main de droite et de gauche ; et comme le parti patriote prit un grand développement, comme il menaça la royauté tout entière , les accusations durent naturellement tomber sur M. Decazes. Que de peines, que de soucis alors pour acclimater Louis XVIII dans cette nouvelle sphère, avec des élections qui faisaient successivement disparaître les élément^ du parti royaliste I Le ministre se multipliait pour donner à Louis XVIII toutes les douceurs de la popularité, et il y parvint par une administration large, retentissante. Ce fut M. Decazes, qui créa les expositions de rindustrie, où le roi allait lui-même distribuer les

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médailles et donner les récompenses ; il fonda les conseib d'agricnltore et de commerce ; par ce moyen il attirait à Loois XVIII les hommages qu'il ponvait souhaiter; le ministre proclama que ceux qui étaient fidèles aujourd'hui étaient censés l'avoir toujours été. Successivement , il fit rentrer les proscrits; le but avoué par le ministre était de réunir, de grouper autour du gouvernenement toutes les consciences, toutes les opinions modérées, et de créer ainsi un pouvoir tiède et inoffensif.

A ce point de vue, M. Decazes jagea-t-il avec une sufQsaote aptitude la véritable situation du pays? Le parti patriote conspirait toujours; l'ordre établi en 18U lui pesait, et les cœurs n'étaient point changés par cette amnistie morale. Le parti royaliste, aux afiTûts, ne pardonnait pas cette marche incertaine du ministère de M. Decazes; il était poissant, sous son chef M. le comte d'Artois, le loyal gentilhoQune, et toute sa tactique fut dès lors de prouver à Louis XVIII que M. Decazes trahissait la couronne au profit de la révolution. N'était-il pas pardonnable à ce parti, nagoère victorieux, de se plaindre de la destinée d'abaissement que M. Decazes lui avait faite? Le système du ministère pouvait être généreux, mais il était imprudent, parce qu'il allait trop loin : pour prouver cette vérité aux yeux de Louis XVIII, le parti royaliste employait non-seulement les mémoires» les correspondances, fidèlement, loyalement, mais encore il ne négligeait pas les moyens de police et

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Tout haut cela fut répété, et, qui le croirait? à la tribune même de la Chambre de» députés! M. Clausel de Coussergues porta un acte d'accusation contre M. Decazes , accusation dont le principal grief était l'attentat contre le duc de Berri. L'indignation de M. de Saint-Aulaire se résunui dans ce seul mot : a Vous êtes un calomniateur ». U fut même dit que si M. Decazes retournait aux Tuileries, il serait frappé par un garde du corps, comme un Guise , sans doute entre les deux portières de la salle des mousquetaires. Dans cette situation délicate, H. Decazes crut indispensable de tâter à la fois l'appui qu'il pourrait trouver dans le roi Louis XVIII , le degré d'irritation de Honsibdr et la juste portée de sa douleur, enfin l'effet qu'un tel événement allait produire dans la Chambre. Le roi exprima sans doute de l'indignation contre les royalistes, un vif désir de maintenir M. Decazes dans le poste de son amitié et de sa confiance. Fallait-il tenir compte d'une manière absolue de CCS paroles de Louis XVI 117 Le roi, qui témoignait souvent sa sensibilité par des expressions exaltées, était peut-être le prince qui abandonnait le plus facilement ses amis, ses favoris, et certes l'état d'irritation des esprits dans la Chambre et au chftteau exercerait nécessairement sur le roi une influence décisive. Tout eu manifestant une grande amitié pour M. Decazes, on devait croire qu'il le renverrait, et qui plus est qu'il l'oublierait. « Mon ami , lui dit-il, ce n'est pas toi qu'on veut renverser, mais

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ttDf qttili YetltMlrtoer. 9 Le Tm> yri «fanit les phniÉI» Mititteiilaies^ «mit pris cetU liêbitode 4e iutoienint aVee M. Decavs» coiMie ies nwnirqttei espagnolt enveii leon oûaistres, iei sojcto gramdfl et petits. Quand le temps des révéiatioDS viendra^ la postérité lira avec ialérât cette kmgue et royale correspondance que M. Decaxes possède flsoore comme an souvenir de son bienfaiteor.

Je répète que Louis XVm , à la première attaque an fea ferme de sa fMiiile, ne devait pas résister. M. DeesBEes le rendit directement chez Morsibur , pour lui dire qu'il venait d'offrir sa démission au roi et qu'il ne voulait en aucone façon se placer comme m obstacle à sa douleur. Le prince traita avec une grande convenance M. Decaaes. « Ce n*était pus, dit lloivsnnni, à lui qu'on en Voulait» ■un à son système, et rien n'empèclioH même qu'il na restât au pouvoir s'fl adoptait la direction de sa politique, a Paroles jrtées au hasard , car, avec les idées des ultraroyalistes, M. Becazes était une véritable anomalie. L'anteor de Tordonnanoe du 5 septembre pouvait-il anreher avec ies chefs de la Chambre de 1815? J'ajoute que M. Deeaaes, en atfaint chez MoinaiKUR , passa à travers les gardes da corps qui devaient le frapper du poignard; il put s'apercevoir que c'était là un de ces bruits qu'on jette en circulation pour effrayer les âmes pusillanimes : les grands coups, comme les grands crimes, se font par les actes , on ne les dit pas d'avance comme bravades. Le lendemain, la

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démission de M. Decazes fat acceptée par le roi Louis XVIII, qui se sépara de son favori les larmes aux yeux , après l'avoir créé duc et son ambassadeur en Angleterre. Louis XVIII avait de grandes expansions de sensibilité , et en mettant la main sur son cœur, il dit à M. Decazes » a Au moins j'aurai là ton portrait, il ne me quittera pas. » Et en effet depuis quelque temps le roi avait voulu que le portrait de M. Decazes , peint par Gérard , fût placé dans son cabinet *. La correspondance commencée durant le ministère se continua pendant l'ambassade; d'abord on s'écrivit jusqu'à deux fois par jour, puis un peu moins ; tel était le caractère de Louis XVIII , qui s'accommodait parfaitement des situations politiques et pensait peu aux absents; il avait oublié H. de Blacas, il oublierait M. Decazes : et à cette époque commençait la puissance gracieuse de la comtesse du Cayla', qui absorbait toutes les facultés, toutes les affections de Louis XVIII. Durant son ambassade en Angleterre, M. Decazes eut l'occasion de représenter la France dans une circonstance difficile, au moment où les révolutions de Piémont, d*E$pagne et de Lisbonne menaçaient encore une fois la royauté. Il mit un grand soin à multiplier ses rapports d'hommes, à étudier le système

1. Le vieux comte Siméon m*a rapporté que la première parole de Louis XYUl, quand il entra dans le cabinet du roi, fut celle-ci : « Nous avions là un bon ami »,

2. Ce fut M. Decazes qui la présenta au roi. Louis XYIII d*abord Tuvait sévèrement jugée.

du gomrerneiDent anglais, le mécanisme qui sépare les whigs des tories , à remplir son devoir d'homme public. Au reste, celte ambassade il ne pouvait la garder longtemps, et lorsque le mouvement dépassa M. de Richelieu pour porter les royalistes aux affaires, M. Decazes donna sa démission. M. de ChAteaubriand le remplaça à Londres.

Dès ce moment M. Decazes fut entièrement effacé des affaires; Louis XVIII avait vu peu à peu s'éteindre la vive amitié qu'il avait pour lui; comme H. Decazes n'était pas placé à la tète d'un parti, comme aucune opinion ne se rattachait à lui, il ne pouvait et ne devait avoir qo*une situation de retraite ; les hommes de tempérance , quand ils ne sont pas soutenus par la puissance des fiiits et le besoin de repos des sociétés, n'exercent sur leur époque qu'une très-médiocre action. M. Decazes vint donc s'asseoir silencieusement à la Chambre des pairs , entouré de quelques amis ; son nom et son système étaient en dehors des drconstances; à la mort de Louis XVIII, seulement, il courut au château déposer quelques larmes sur le cercueil du prince qui avait fait tant pour lui. Charies X ne lui pardonna jamais sa résistance aux volontés du pavillon Marsan; et, comme M. Détaxes n'était ni assez révolutionnaire pour marcher avec la grache, ni assez royaliste passionné pour s'associer au gouvernement de M. de Villèle, il se contenta de voter avec le parti Richelieu, en repoussant les mesures impopulaires du cabine Villèle. On peut dire que jamais homme n'avait eu

fit DIPLOKATBS EDUOPâENS.

plus d'ipilDeuoe sur les afikires, et jamais homne aussi n'en fui plus en dehors depuis 18231 jusqu'en 1828 , période de govTeniement et d'action pour le parti royaliste.

Ge fut alors que M. Decazes, pour nourrir cette activité d'esprit qu'il avait contractée dans les afiaires publiques, se livra aux grandes entreprises d'usines et de forges, selon la méthode des Anglais; il créa avec magnificence les vastes établissements qui retiennent encore le nom Decazes-Vilie; il y compromit une partie de sa fortune avec une sorte de prodigalité qui est un sentiment de quelque grandeur et de quelque élévation dans les hommes. Il vit plus d'une fois le véritable caractère égoïste, étroit, de cette banque et de ces industriels dont il appelait le concours. Je n'entre point dans les affaires privées; elles ne furent point toujours heureuses pour M. Decazes; et cette gène influa sur la situation politique. Toutefois il fut question encore une fois, sous la Restauration , de rappeler M. Decazes à un ministère, et je dois dire que Charles X et M. de Poh'gnac y songèrent, au moment où les élections avaient donné une majorité considérable au parti libéral. Charles X, oubliant les griefs do comte d'Artois avec une générosité qui fit alors de l'éclat, avait un instant pensé qu'à l'aide de M. Decazes, de M. Hamann et de M. Pasquier, il pourrait reconstituer une administration mitoyenne et échapper ainsi aux périls de la situation. Cette inspiration était boime sous le ministère Martignac; In Restauration était si bien acceptée

on hit accompli, qu'nn romistère de transaction était encore possible.

Toici la révolution de jaillet qui éclate; elle est amenée, préparée par ce système que précisément Monsieur, comte d'Artois, voulait essayer dès 1815, et que le prévoyant , Louis XVIII avait évité avec sagesse. En présence d'une chute si soudaine, M. Decazes n'hésita pas à accepter les Taits accomplis et b seule solution possible à la crise d*anarchie qui menaçait la société. Ainsi que tout le parti politique, il prêta serment à la nouvelle dynastie; il y mit une grande tenue, une discrétion extrême, parce que son andenne situation commandait des ménagements, et il vint siéger à la Chambre des pairs à côté de ses anciens amis de 1819. Ici commence pour M. Decazes une double carrière d'administration et de tribune; son aptitude aux affaires le rendait très-propre à discuter les projets de lois, à les combiner dans leurs dispositions ; il en fut souvent le rapporteur à la Chambre des pairs, et il obtint une véritable renommée de rédaction Tacile et de science spéciale. La presse périodique, qui l'avait souvent maltraité, lui doit quelques modiflcations importantes , spécialement les suppléments sans timbre et l'extension du format. Comme orateur, M. Decazes ne voulut avoir d'autre mérite que la faculté d'être clair et précis ; il ne faisait pas de longs discours, se bornant à dire les bonnes raisons sur

les choses dans un langage mesuré, et c'est quelquefois le

moyen d'obtenir de l'ascendant sur les assemblées politiques. Il se fit aussi l'intermédiaire de plus d'un cabinet, parce que , indépendamment de ses vieilles relations avec les personnes, il avait un caractère conciliant, bcile; il avait trop vu la vie de chacun pour ne pas connaître les ambi» tions, les faiblesses, les désirs de tous ; et de cette habitude de négociation était né un défaut saillant chez M. Decazes , c'était de ne pas toujours assez distinguer la partie noble , élevée , dans le cœur humain, et de confondre les hommes dans une bienveillance trop commune pour qu'elle fût une distinction réelle ; il aimait tant à rapprocher les caractères» les situations, que la vie politique serait restée sans aspérités, mais aussi sans aucune de ces nobles distinctions aussi chères que l'honneur même.

Tous ses amis politiques avaient des positions dans le nouveau gouvernement : M. Pasquier prêtait la Chambre des pairs; M. de Barante était ambassadeur; M. Guizot« ministre ; M. d'Argout, M: de Montalivet étaient également aux affaires; M. Hnmann, toujours à la veille d'y entrer: il était impossible qu'on ne fit pas quelque chose pour M. Decazes, qu'on n'employftt pas son activité dans quelque haute position de l'État. Il fut d'abord question de lui pour le gouvernement de l'Algérie ; l'affaire était en bon train , prête à être signée, lorsque le système d'un gouvernement militaire prévalut avec raison : il fallut songer à pourvoir M. Decazes d'une autre manière, et l'on me permettra de

LE DUC DECAZES. tlT

rapporter ici ce que j*ai dit dans un autre livre sur la nominatioD de M. Decazes à la place de grand référendaire de la Chambre des pairs, a Quand vint la démission de H. de SémonYîlle, le maréchal Soult trouva un moyen d'indemnité, et sur la démission acceptée de l'ancien titulaire, H. Decazes fut nommé grand référendaire de la Chambre des pairs, poste tout à la fois d'activité et de retraite. Si M. Decazes n était pas complètement lié au ministère, il poQvait néanmoins le soutenir à la Chambre des pairs; en cda, véritable lien entre la majorité de la pairie et le gouvernement. M. de Sémonville aurait pu désirer un autre snccesseur, M. Maret , par exemple ; mais il ne fut pas opposé , dans rorigine , à cette mutation ; il vit plusieurs fois H. Decazes pour les arrangements que sa démission pouvait enlratoer, et insista même pour qu'il acceptftt une situation qui le fatigvait : le spirituel et malicieux vieillard put faire faire quelques caquetages, c'était dans sa nature; mais au fond la chose s'arrangea d'une manière discrète et convenable. La paix fut signée en bons termes... Telle est la vérité : rien de plus, rien de moins *. p

Cette nouvelle fonction, admirablement appropriée à son caractère, imposait à M. Decazes d'actifs devoirs, et il les remplit avec habileté et convenance. Rapprochant les opinions les plus extrêmes , encourageant les uns, attiédissant

les antres, le grand référendaire est comme le haut questeur de la Chambre des pairs ; il voudrait rallier tout le monde, ôterà chacun ses a<fpérités de caractère , quand ces aspérités sont souvent de Thonneur. Les longues habitudes du monde, la fréquentation de la cour de Louis XYIII, donnaient à M. Decazes des formes d'une politesse exquise, d'une grâce parfaite et abondante , de la bienveillance générale, peu de morgue, un esprit facile , ingénieux à servir le pouvoir; mais en môme temps très-empressé de se rendre utile è tous. Son salon est comme un grand raout de toute [a hiérarchie sociale , un peu mélangé de bien et de mal ; sa causerie , sans être brillante , est flne, son œil est doux et pénétrant, ce qui annonce qu'il aime à servir les hommes et à se les attirer. A la tribune, M. Decazes est plutôt un esprit d'affaires qu'un orateur éminent ; ennemi de la phrase, il donne ses raisons avec clarté, et plus d'une fois les projets qu'il propose, les additions qu'il présente, sont acceptés de confiance par ses collègues. Comme une tradition du temps où il était ministre de Tintérièur, M. Decazes a conservé un grand goût pour les améliorations agricoles , pour les spéculations d'industrie; il aime à se mêler à tout ce qui touche aux progrès de la prospérité matérielle du pays. Un homme d'esprit disait de lui qu'il était un peu pour les plans d'agriculture ce que M. Thiers était pour les plans de campagne, et qu'il rectifiait les vieilles méthodes comme M. Thiers la stratégie de Marengo et d'Austerlitt.

LE WC DECAZeS. 1S9

Anjoard'hai M. Decazes, parvenu à sa soixante-shième année, a conservé sa vigueur de corps, qu'il doit à une vie adiré et toujours occupée. Au palais du Luxembourg, qu*ll habite, Tl a tout amélioré , et les jardins, et les vergers, et les serres, comme il le fait dans ses propriétés particulières. Qoelquefois il jette un regard sur son passé , sur la longue lotte qu*il a soutenue sous la Restauration contre le parti rojaliste, il en parle avec plaisir, avec toute la passion d'an souvenir de jeunesse. Hélas! nous avons tous ce iaible t Sa position mixte lui a laissé peu de ces amis ardents qui se dévouent à vos intérêts, à votre renommée; ceux qui aiment sa personne souvent le critiquent avec sévérité ; comme il n'a appartenu à aucun parti , tous sont contre lui ; comme il est tombé du pouvoir après une grande catastrophe , bien des esprits sont restés à son égard dans une fausse prévention. Et cela est un tort. M. Decazes vécut à une époque ou le calme était impossible; dans toute transition , il faut appartenir à une couleur ; autrement on est mal jugé. Je crois que dans sa lutte contre le parti royaliste il alla trop loin; il se passionna contre cette opinion, et il eot tort ; il voulut rallier le parti révolutionnaire aux Bourbons, et il ne fit qu'accroître sa force au détriment de la couronne. Son dessein était honorable; mais il supposait peu d'intelligence de l'esprit de parti; il crut tenir un milieu , il versa trop d'un cAté.

A cela, il fut poussé un peu par les injustices des roya-

liO DIPLOMATES EUROPÉENS.

listes. Ceux-ci ne lai ont pas pardonné : ils sont restés implacables envers lai. De quoi ne l'accusent-ils pas? D'avoir trahi la Restauration! Hélas I nous avons vu cette Restauration se trahir elle-même, et la fatalité n'a pu que pousser les hommes. On Taccuse d*avoir fait de la police gouvernementale! Mais tous les pouvoirs ont le droit et la mission de se défendre. On l'accuse d'avoir, par un laisser aller coupable, compromis la destinée de la maison de Rourbon! Je crois que ce laisser aller a consisté dans cette seule faute, c'est qu'il a cru la Restauration et la révolution compatibles Tune avec l'autre , et ce fut là son erreur; avec le sentiment de l'oubli et du pardon , çn fait un testament sublime comme celui de Louis XVI, mais on ne gouverne pas un peuple. Un pays se gouverne par la force, l'intelligence, la puissance des faits, et la branche aînée des Ronrbons n'avait que des vertus et des qualités négatives. A la face d'une nation depuis quarante ans agitée par l'ambition, la gloire, les faux principes, les intérêts, la jalousie des classes, la séparation des propriétés nationales ou héréditaires, deux noblesses, deux peuples, deux drapeaux, il fallait pour régir et régler tout cela une capadté au-dessus de ces nobles princes, qui ne savaient qu'aimer et pardonner I

LE CARDINAL PAGGA.

Le tanps actuel a été témoin d'un des changements les plus remarquables dans Topinion publique. Lorsqu'à la On de 1830, le pape Pie VIII mourut, et qu'il s'agit de lui élire un successeur, à peine la presse indifférente s'occupait-elle de la mort du dernier pontife et de l'élection du nouveau. L'esprit philosophique était à ce point qu'il se demandait en raillant qu'est-ce qu'un pape catholique , et de quel poids peuMl être dans la destinée humaine? Alors dans les chaires de l'enseignement on disait : a le catholicisme est Gni, et la doctrine du Christ, bonne pour le mojen Age, ne doit point y survivre. » On avait un pape saiot-simo* Qîen,des apôtres démocratiques, devenus depuis de fort spîritaeb courtisans et des spéculateurs très-habiles.

lit DIPLOMATES EUROPÉENS.

Combien tout est changé aujourd'hui 1 car révénement mémorable de notre époque a été la mort du pape et l'élection de son successeur. On s'en est occupé comme d'une grande affaire ; les plus dédaigneux ont suivi avec sollicitude la nouvelle direction du saint-siége : quel sera le pape 9 que fera-t-il du haut de sa grande chaire? et chacun reconnaît à Tenvi que d'incommensurables destinées lui semblent réservées. C*est qu'en effet, pour les esprits de quelque portée, la société prend une tendance religieuse, tendance indispensable dans la déception de toutes choses, dans l'affaissement des Ames et la démoralisation des cœurs, lorsque l'esprit industriel et spéculateur déborde de tous côtés. Dans cette tendance inévitablement religieuse, la force d'unité est encore au sein du catholicisme, dont la papauté est leqrmbole. En Irlande, en Syrie , dans les deux Indes, dans la Belgique, la Pologne, les rives du &hio, où est la liberté et l'espérance d'un meilleur avenir, si ce B'test dans le catholicisme?

Ainsi, sans s'en rendre précisément compte, et par le mouvement naturel des esprits , la question pontificale est devenue inmiense. J'étais à Rome lors du dernier voyage de l'empereur Nicolas , et j'y pus voir quel était l'ascendant d'un pauvre vieux moine, sur un des plus pui^ sAnts et.plus forts souverams de la terre. Je choisis dooc la vie du cardinal Pacca pour étudier les luttes morales de Rome avec le plus grand potentat des temps modernes ,

LE CARDINAL PACCA. tU

remperenr Ni^léon. Dans rarticle Conialvi, j'ai suivi rhomme habile, et tout à ménagement, le j^ince de Tallejraod de la papauté; dans le cardinal Pacca , ce sera le canclère ferme, résolu par sa ténacité d*esprit, sa tendance probe et religieuse. Il est essentiel d'indiquer tout d^abord eette distinction, afin de ne pas confondre les deux exis» tences politiques.

Barthélemi Pacca appartenait d'origine à une famille noble de la province du Bénévent, territoire qui fut Tobjet de longues disputes entre le saint-siége et Naples, et que Napoléon, dans son caprice, donna plus tard comme principauté, à M. de Talleyrand : était-ce pour lui laisser un caractère clérical ou uji^ petite raillerie jetée à son antique robe? Le cardinal aimait à dire qu'il était né le jour de . Noël (1756) , la même nuit que le Sauveur du monde, et pour les familles dltalie c'est là presque une vocation. Rien de remarquable dans son enfance. Son éducation fut forte, selon les coutumes des prélats romains ; il étudia profondément le grec, le latin, au collège de la Propagande; et comme sa famille était considérable dans le Béoévent, il se destina à une position politique dans le gouvernement à Rome. En général, nous connaissons mal le mécanisme de cette administration pontificale, peut être la plus habile et la plus forte qui existe au monde. Cette habileté vient de deux idées qui paraissent contradictoires, et lesquelles se lient entre elles à Rome plus qu'ailleurs, je

veux parler de la puissance morale et de la taiblesse matérielle. La puissance morale résulte du sentiment profondément éprouvé des croyances religieuses; la faiblesse vient de la réalité d'une situation qui, matériellement, n*a aucun élément de résistance : ainsi la cour de Rome ne possède pas huit mille hommes de troupes, ses citadelles sont à peine défendues , et tout souverain qui voudra s'emparer des États romains par la conquête, le pourra avec quelques régiments. On brisera les clés de saint Pierre sur la porte de Rome, on pourra traîner le saint-père captif de cité en cité, relever l'aigle sur le Capitole, et tout cela ne Taflaiblit pas. Il n'y a pas de force plus grande que celle qui cQnsiste à dire : a frappez , frappez toujours ; ma conscience me défend d'obéir. x> C'est encore du vieux stoïcisme romain.

Il y a deux sortes de fonctions à Rome : les prélats attachés à l'administration intérieure, aux tribunaux, à la rote , aux finances, et les prélats de la nonciaturie, le véritable corps diplomatique. Or, cette double situation de force et de faiblesse relative se retrouve également dans les négociations extérieures. Le nonce ne peut pas dire : « si vous n'accédez pas à cette note , je ferai marcher une armée , je conquerrai une province, » et cependant il exerce une véritable influence sur Tenscmble des négociations de l'Europe, parce qu'elles touchent plus ou moins diversement à tous les intérêts religieux. Il y a plus, c'est que Rome

LE CABDINAt PACCA. 145

étant presque toujours une puissance très-désintéressée dans les questions politiques , on lui fait beaucoup de con- Gdences, beaucoup d'insinuations, et les hommes qui ont QO peu rhabîtude des affaires en Europe, savent que les meilleors renseignements de diplomatie viennent de Rome. La correspondance des nonces est des mieux informée depuis le xvr siècle.

Ce fut dans la nonciature que Barthélemi Pacca commença sa carrière d'affaires. Il fut d'abord désigné pour exercer cette fonction auprès de l'électeur de Cologne, menibre de la Confédération germanique , place de second ordre, mais importante, parce que la plupart des États de la Confédération se liaient à un système de politique général. 7 Pendant son séjour à Cologne , le nonce put étudier avec quelque profondeur la combinaison des électorals protestants et catholiques, et il prit cette idée vraie du protestantisme : a qu*il était destiné à se morceler incessamment jusqu'à sa grande ruine ». Thème que depuis le cardinal a développée dans des dissertations spéciales.

La résidence officielle de Barthélemi Pacca était donc Cologne; il y demeura quelques années, jusqu'à ce qu'il fat nommé à Lisbonne, nonciature de premier ordre, dans le royaume très-fidèle. Il fallait sans doute lutter contre l'influence anglaise et protestante, mais Tardente religion du peuple était une garantie pour les droits du saint-siége, et Ton n'en briserait pas impunément les rapm. 40

li« DIPLOMATES EUROPÉENS.

ports. Le nouveau nonce en Portugal se distingua par des mœurs irréprochables, une vie austère, des volontés fermes, caractère spécial des zelanti, c'est-à-dire de cette fraction du clergé romain qui, sans s*arrèter auK concessions, aux nécessités de la politique , conserve la dignité d^elle-mème, Tardente passion religieuse pour les prérogatives de la souveraineté pontificale. Les zelantî forment un grand parti à Rome, presque toujours en lutte avec le corps diplomatique, qui, au contraire , aime les transactions et les termes moyens. Voilà pourquoi Conzalvi était si cher à la diplomatie européenne et Pacca un peu en suspicion.

Au retour de la nonciature de Lisbonne, Barthélemi Pacca fut fait cardinal; on était en 1801, a peu près à Tépoque où le concordat fut signé avec le premier consul par la main de Conzalvi. Nous ne savons pas assez en France la grandeur populaire d*un cardinal à Rome, chéri du peiq;>le, jouissant d*une vie solennelle et publique comme un piince électeur de Tempire allemand. Les Romains, les Transtévérins surtout aiment leurs cardinaux , vieille image du pa-triciat; quand ils aperçoivent al Corso, à la place d'Espagne, la calotte, les bas et la robe rouges, ils se précipitent au-devant du cardinal, comme si c'était Timage d'un vieux sénateur romain sorti du tombeau. Il n'y a pas un seul pays au monde où la liberté d'opinion soit plus grande qu'à Rome et les façons d'ogir plus spontanées. La cité éternelle est plus libre aujourd'hui qu'elle ne l'était sous l'an-

LB Cardinal facga. 1^7

tigiie république du patriciat des Brutus et des CaMius. Le cirdioal Pacca, k cette époque, n'exerçait pas une grande influence auprès de Pie VII, dont pourtant il était Tami et Ton se l'explique par la situation des affaires* On était alors à une époque de transactions , d'accommodements , à ce point que le saint-père venait de couronner Tempereur Napoléon à Notre-Dame. Tout se faisait sous l'influence du modéré Conxalvi, douce parole qui cherchait incessamment à concilier le sacerdoce et l'empire , afin de préserver la reUgioD d'une nouvelle crise.

Au contraire , lorsque les temps de luttes et de roideur lefigieuse arrivèrent, par suite des trop grandes exigences, loisque enfin Pie VII , poussé à bout , voulut résister à oe pouvoir superbe qui ne ménageait rien, alors le cardinal Paoea se trouva tout prêt pour la résistance, et Pie VII lui tendit les mains comme à un fidèle conseiller , qui ne l'abandonnerait pas même dans le martyre. En général, les hommes sont faits pour les circoostanceSt et certains esprits ae retrouvent et s'élèvent selon les événements. L'époque do cardinal Pacca était donc venue. Conzaivi avait cherché i calmer Napoléon par des façons douces, persuasives, affectueuses, et l'empereur le brisa. En vain le p«ipe s'était-il adressé à d'autres cardinaux, les Doria, les Gabrielli, leur pouvoir éphémère était également passé. Dans cet abandon» Pie VU jeta tes yeux sur le cardinal Pacca pour le poste de ffo^ieerétaire dfÉtat^ situation alors d'un très-grand péril.

148 DIPLOMATES EUEOPÉENS.

car il fallait contre-signer les actes du saint-père, et ces actes étaient dirigés contre Bonaparte. Qu'on se représente les façons superbes des agents français en Italie, et à Rome surtout! Napoléon avait établi une hiérarchie d'obéissance et de devoir parmi tous les siens , et cette hiérarchie était d'autant plus iropérative , qu'elle s'adressait à des autorités faibles et résignées. Je ne sache rien de plus rode, à l'étranger, que les manières de ces ofBciers généraux chargés de notifler les ordres du gouvernement impérial, et, à l'égard de Rome, il s'y mêlait encore ce petit esprit d'impiété du xvin* siècle, si insolent sous le Directoire, et alors à peine attiédi par le caractère éminemment religieux de Bonaparte. Il n'était pas de soldat parvenu qui , tout rempli de son Voltaire ou de Rousseauy ne redressât sa moustache d'un air railleur ou ne fit retentir ses éperons sous les longs couloirs du palais Quirinal pour châtier ces prêtres , dont a notre crédulité faisait toute la science ; > Talma disait si bien ces vers I

A Rome, comme on savait que le cardinal Pacca était hostile au système de concession, il vint un ordre impératif du cabinet impérial contre lui personnellement, pour le séparer sans pitié du pape, dont il était le plus fidèle ministre. Cette notification fut faite militairement , par un simple chef de brigade, avec les insistances les plus acerbes: quand Pie VII apprit cet ordre , qui insultait si gratuite^ ment à la liberté de sa puissance souveraine , il fit ouvrir

LE CARDINAL PACCA. lit

les appartanento da Mont-Qnirioal, et, sortaot arec toute la majesté de FËgliae, il vint dans la chambre même de UMprù-secréiaire dÉtat , afin de le défendre contre toute Tiolence. Là, tellement son esprit était éperdu et son indignation grande, il ne reconnat même pas le cardinal Pacca, et, s'avancant tonjoors, il s*écria : a Où est l'officier? où est Toffider? » On le lai désigna du doigt, et le pape loi dit, en langue italienne : a Je veux en finir. Monsieur, avec ces ofienses profondes qui me blessent. On Teatme séparer de mes ministres les plus fidèles; de ceux qoi prennent intérêt à mes droits et défendent le saintsiège. Répétez au général qui vous envoie que je ne veux pas, que je peox pas me séparer du cardinal Pacca, lequel me suivra dans le palais ou dans les fers, d Puis alors le pape prit son fidèle serviteur par la main et rentra dans ses appartements. Il y eut dans ce spectacle une force, une dignité, qui frappèrent vivement; et Tofficier, étonné, acca* Mé, se retira sans remplir sa mission.

Cependant une telle résistance fit éclater plus tôt qu on ne l'aurait cru l'impétueuse colère de l'empereur contre le pape. Cue pensée libérale de grandeur et d'indépendance était celle qui avait fait de Rome une ville neutre et pontificale. Lorsque la politique brisait tant de destinées, froissait tant d'intérêts, n'était-il pas noble et merveilleux qu'il exisUt une cité de repos et de retraite, un sépulcre silencieux dans leqnel tout proscrit de couronne, de pouvoir ou de peuple, pût reposer

sa Céte? Rome n'appartenait rii aa système monarchiqne, ni à la république, ni aux opinions, ni aux partis ; elle ouvrait ses portes antiques à tous les proscrits de la fortune. Eh bien» cette grande cité neutre, Napoléon voulut la réunir à son empire, déjà si vaste, en vertu de ses idées souveraines d'universalité, qui berçaient son imagination ardente. Roi d*[talie, il ne comprenait pas qu'il y eût, au milieu de ses nouveaux États, un souverain qui ne fût pas son vassal, une cité qui ne portât pas sa livrée. Les débris du parti philosophique du xviii' siècle Tavaient secondé dans ses idées contre Rome pontiBcale. îl n'y avait pas jusqu'à Tex-oratorien M. Daunott, esprit obéissant à travers des formes raides et pédantes, qui n*eât écrit son petit livre contre la papauté, pour prouver qu'elle ne pouvait être qu'un pouvoir spirituel sans souveraineté temporelle : pamphlet lourd, menteur et surtout rancuneux du jansénisme contre un vieillard captif. Ce projet, donc, de réunir Rome à l'empire. Napoléon allait l'exécuter par la Torce militaire. Que lui importaient les moyens! La violence, les armes, le canon contre le Vatican ou le Monte-Cavallo, tout cela était à sa disposition. Il y avait à Rome même un parti composé d'avocats beaux parleurs, qui, sous le prétexte de philosophie et de lumières, auraient vendu la patrie italienne à tout oppresseur, et c*est sur ce parti que comptait le général Miollis, gouverneur de Rome, honorable soldat, du reste, qui porta toute sa vie le douloureux souvenir de sa triste mission. Le décret de Tem-

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