‹ Les diplomates européensChapitre 24 sur 117 · LE CARDINAL PA€CA. IM · texte numérisé non relu

LE CARDINAL PA€CA. IM

répondait : « que mieux valait une retraite momentanée en face de r ennemi (c'est ainsi qu'allait agir^n peu plus tard Louis XVII l dans les Cent- Jours)» que de s'exposer à une captivité inévitable sous la main de Murât; si cette captivité avait pu servir les dessems de l'Europe en 1810, elle n'aurait pas le même but actuellement ; il était inutile d'exposer Sa Sainteté, lorsqu'un voyage à Gènes était si facile, et un retour plus aisé encore, d Les deux cardinaux avaient raison à leur point de vue ; Conialvi , à Vienne , savait que l'Autriche ne demandait qu'un prétexte pour détenir Bologne et Ferrare, et cet incident d'un voyage à Gênes pouvait servir ses desseins de conquête. Pacca avait la preuve que Murât voulait un otage, et que la captivité du pape lui en servirait dans la crise que l'Italie allait subir de noavean, et fallait-il s'y exposer ?

L'invasion napolitaine passa comme l'éclair; l'impétueux condottiere n'entra pas dans Rome ; ses divisions se tinrent à distance, et le cardinal Somaglia n'eut pas même besoin d'abaisser les armes du souverain pontife. Le papf ne resta donc que très-peu de temps à Gènes» accueilli avec vénération, salué comme le roi des rois par les ministres sardes. On remarqua même dans le cortège du pape sir William Bentinck» le frère de lord Portland, commandant des forces britanniques , et qui rendait ainsi hommage au souverain des États de Rome. Sous Guillaume II, les aïeux de Bentinck étaient les plus furieux protestants de la con*

qaétc hollandaise, et ils auraient maudit leur fils qui baisait Tanneau pontifical. Les temps devaient plus tard modifier bien des choses encore, et Ton verrait l'Angleterre, si fière, si anti-papiste, supplier le saint-père de calmer Tlrlande ; la force pontificale devait ainsi renaître de sa résignation et de son abaissement. Le séjour du pape à Gènes ne fut que de très-peu de durée ; une marche en avant du général «ntrichien de Frimont suffit pour éparpiller les Napolitains, chèvres craintives des montagnes , et le souverain pontife revît sa Rome chérie en passant à travers Turin , Florence et la haute montagne de Radîco-Fani. qui sépare la Toscane des États romains.

A ce retour à Rome , finit la vie politique du cardinal Pacca , car ses idées fermes et arrêtées n'étaient plus en rapport avec le système de modération qui semblait prévaloir. Le cardinal Conzaivi avait repris ses fonctions de secrétaire d*Ëtat , et Pacca eut sa retraite. Dès ce moment, il devint le chef d'une sorte d'opposition qui se montra dans tous les conclaves. Le parti des zelanti lui fit une grande renommée, et, après la mort de Pie Vil, il réunit quelques voix pour la papauté; c'est Pacca qui disposa de ces mêmes voix pour le pape Grégoire XVL Dès lors, entièrement retiré des affaires publiques , il bornait toute l'activité de son esprit à quelques-unes de ces négociations qui viennent h chaque conclave constater la présence d'une opposition contre le parti des couronnes. C'est une grande

Page 1