LE CARDINAL PACCA
afRiire qu*an conclave , moins par Tesprit et la direction spontanée des cardinaux que par l'influence que veulent y nercer les puissances étrangères. L*autre moitié de son temps, Pacca la consacrait aux sciences, à la littérature, pour lesquelles il avait ane tendresse infinie. Président de l'Académie de la Religion catholique , il y prononçait des discours où tonte sa vie était exposée , parce qu'elle était une lutte pour le triomphe du catholicisme et les droits du saint-siége. Esprit fin et distingué, H aimait les dissertalfons sar le dogme on la hiérarchie ecclésiastique , et chacun de SCS discours est empreint d'un mélancolique intérêt sur l'état malheureux où le catholicisme est réduit dans plusieurs provinces du monde. Son intelligence ferme, au reste, se déguisait sous des formes charmantes; il écoutait, applaudissait, sans jamais rien céder dans les points essentiels : de sorte qu'il fallait le médager dans les conclaves , comme an des caractères qui convenaient le mieux à la situation. Conzaivi négociait toujours, atermoyait, retardait les questions, Pacca les décidait avec fermeté; tant qu'il ne s'était agi que des points de détails, des prérogatives usuelles et des formes, Conzaivi avait été un ministre parfait , parce qae, homme du monde, il devait beaucoup au monde.
Pacca devint le prélat nécessaire lorsqu'on demanda trop an saint-siége : alors il fallait aller droit h la résistance, conseiller des choses fermes , et le cardinal Pacca n'y manquait pas. fl y a un caractère merveilleux dans cet esprit du
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pontificat romain ; il s'élève toujours des hommes de circonstance, des esprits providentiels qui viennent à chaque moment rehausser la puissance du catholicisme. Maintenant, Rome est devenue le centre de toutes les grandes négociations; il n'est pas une question qui, par un côté, ne se fasse religieuse. La philosophie avait promis la liberté, le bonheur, en (échange des vieilles croyances; cet avenir que la science orgueilleuse avait promis, de Taveu de tons, ne s*est point réalisé ; elle nous a donné un désenchantement de toute chose, une société d'égoïsme matériel, une course au clocher vers la fortune , et les grossiers instincts de la corruption. De la ce puissant et nécessaire empire des choses religieuses , ce retour vers le sentiment catholique ; les esprits même les plus prévenus se sont demandé comment la liberté réelle, Tesprit démocratique, en un mot, se montrait partout où la croyance était vive, arflente; témoin la Pologne , l'Irlande.
Cest qu'en effet la vraie, la légitime liberté ne se trouve que là : le reste est déception et mensonge. Si Ton étudiait bien les causes de la réforme protestante, elles se trouveraient dans la tyrannie, dans les passions mauvaises, (un roi qui veut un divorce et fait monter sa jeune femme sur réchafaud, un électeur bigame qui demande à Luther la ratification d'un scandale), et surtout dans ce despotisme qui vent réunir le double glaive temporel et spirituel , afin que les cris de l'Église ne s'élèvent plus, et que l'homme
LE CARDINAL PAGCA. in
d'armes puisse vider la coupe des festins dans les andeoiies abtNiyes saxonnes ou nonnandes, où lord Byron voyait encore les longues files de moines» psalmodiant les chants da morts, quand lui s'enivrait au milieu des courtisanes joyeoses. La réforme protestante, qu'on a présentée comme le triomphe de la raison , ne fut qu'une révolte de sensaalistes, d'érudits pédants et de petits despotes impatients de tout joug moral dans la société humaine.
Lei hommes considéFables du parti légilUmiste,. locsquril» vojegent dans le midi de la France, 8*arr6tent habituellemeot à MonNlle , maison de caoqwgae à qiielqiia& lieues de Toulouse, la vieille dté. Cette propriété, très* vaste, n'est pas un château et n*est pas non plus une ferme ; c'est quelque chose qui tient à la fois aux trldîtiov et aux habitudes de la gentiihommerie provinciale et de la ▼ie citadine des capitouls. Là tout est régulier, les Méa semés avec une méthode admirable et hardie, les vignes k côté des mûriers, des prairies parfaitement irriguées, des plantations d'arbres annuelles et bien emménagées; peu de haute futaie, parce que c'est tropseigioieurial , une sorte de
partage avec le paysan, des mégers dévoués, en un mot, une beUe et bonne terre, mais sans luxe, sans apparat.
Dans cette maison de campagne habite pourtant l'homme politique qui a dirigé pendant sept années à peu près d'une façon absolue les afTaires de ce pays oublieux. Nous ne connaissons, en général , la vie du comte Joseph de Villële que par les vulgarités de ce vieillard, conteur édenté, qu'on appelle le libéralisme, et qui défigure par ses récits les plus belles années de notre histoire. Quand on a bien répété quelques diatribes contre les trois cents de H. de Villële , contre la congrégation et les votes assouplis de la Chambre t on pense avoir jugé l'administration et l'honmie prati<|Qe qui dirigea si longtemps les destinées de ce pays. Ce n'est pas dire que M. de Yillèle ne fit pas de grandes fautes sous son long ministère; il les inspira, les subit ou s*y associa, et cela suffit pom* appeler le jugement sévère ^de Phistoire. La plus grande de toutes, fut d'avoir résisté trop longtemps à un mouvement d'opposition injuste , mais trop général pour qu'un homme d'État pût le subir sans compromettre la monarchie tout entière.
Au demeurant, le comte de Villèle fut peut-être la tête de détails la plus forte, la mieux organisée en administration f je dirai presque en économie politique. C'était une intelligence très-avancée : cette loi sur la réduction de la rente, qu'on ose à peine essayer aujourd'hui , lui, en avait pris l'initiative au milieu d'un tonnerre d'opposition. Cette
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majorité compacte et forte , condition du système représentatir, qu'on se félicite d'avoir trouvée enCn après tant d'efforts , loi se l'était assurée pour sept ans. On lui doit la sécurité des possessions territoriales, jusqu'alors divisées en biens d'émigrés et en propriétés patrimoniales, Tindemnité pour les confiscations, le traité avec Saint-Domingue, une notable réduction dans l'impôt foncier , l'élévation du crédit public» la régularité du budget, la facilité des emprunts, la centralisation du ministère des finances; toutes mesures qui doivent compter dans la politique d'un État. C'est ce qui jette un si grand éclat sur la vie du comte de Villële. Les familles de petite noblesse de province. destinaient, en général, les cadets à un poste dans la marine, quand elles n'étaient pas d'assez vieilles souches pour en faire un chevalier de Halte, comme les Villeneuve-Trans, les de Grasse, les Barras Saint-Tropez, les Sufiren, qui faisaient Torgueil des vaisseaux de France. Ce fut dans cette carrière que débuta le jeune Joseph de Villèle , né dans l'année 1771 , à la fin du règne de Louis XV. Il naviguait dans l'Inde comme simple garde, lorsque la révolution éclata sur la France, et alors il abandonna le^ vaisseaux de rÉtaC pour la gestion d'une habitation coloniale à l'Ile Bourbon, dont l'amiral de Saint-Félix, son parent, je crois, était gouverneur. C'est donc un curieux rapprochement que la fin et le commencement de cette vie presque identique : planteur dans sa jeunesse , agriculteur à la fin de son ui. 42
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existence, et, à travers ces deux extrémités si simples, si modestes , la présidence du conseil , la direetion soprène de la France! Ce caractère d'ordre et de bonne gestion se reflète dans son gouvernement ministériel. Il y eut toujours radrainistrateur habile dans M. de Yilièle, l'iiomme d'État qui comprit le mieux la petite partie des intérêts, et ce qu'on pourrait appeler trivialement le ménage des afTaires : cette renommée est demeurée h THe Bourbon, où Ton se rappelle le gérant de l*habitation , qui depuis gouverna plus en grand les afTaires publiques de ta France. M. de Villèle y devint secrétaire de rassemblée coloniale, et ses travaux sont encore considérés comme pleins de sagesse et d'ordre matériel.
Quand la tempête révolutionnaire se calma , à la paix d'Amiens, M. de Villèle rentra en France, et, sans grands préjugés, sans idées étroites, il prit une position municipale sous l'empire de Napoléon, ce qui, à vrai dire, était la situation rationnelle du parti royaliste lors de la grande et glorieuse épreuve du gouvernement impérial. Pour une opinion politique se mettre tout à fait en dehors des affaires c'est un suicide ; quelquefois cela est commode pour un parti riche , satisfait ; le repos vient , on dort, on se livre à la satisfaction propre, mais on ne sert pas sa cause; le devoir de la société c'est le travail; la condition de l'homnle l'action, et l'existence d'un parti c'est le dévouement. Sous l'empire de Napoléon, les débris
LE GÔMTC iOSEM M tILfitLE. ft*
4e ropinidn royaliste avaient perfaitenient rthvHmé : rem^ fertnr ftttooplissaU les esprits è ta monarcMe, et relMstft raflcten réghoe par ses tendances et par ses actes. 911 j SYsit quelque espérance pour les Bourbons , alors on se boavttt tous prêts, et pour ainsi dire dans ta maison poor en oBfrir ta porte ; si , au contraire, cette espérance étaft malheureusement perdue, eh bien alors on restait parUoon* lervateur, grande coalition de propriétaires, ligue de geni de bien, et c'est nne situation considérable dans un État. Cette position du parti royaliste était si bonne que ée IM no des siens, le comte Lynch, qui, maire de Borddaui, arbora le premier le drapeau btanc en 1814 , et détermina linsl le mouvement de ta Restauration, que les aHléS voulaient moins qu'on ne croit.
H. de Vaèle, qui se trouvait à ce moment décisif maire de Toirionse, se prononça avec une grande ferveur pour lé mouvement bourbonien qui était si national. Ce ne fut pas racte le plus important h. cette origine de sa vie po^ Wque : M. de VOléle publta encore mie brochure contre la Charte que Louis XTIII venait de donner è ta France. Noos vivons aujourd'hui dans un temps imparttal qui ireut et peut tout entendre avec calme , et heureusement nous né nous passionnons plus pour des idées ou des théories politiques ; il y a quinze ans que si quelqu'un avait mis en doute que la Charte ne fût une œuvre admirable, il aurait été moralement lapidé , eu pour le moins traité de fou. Tout
ItO DIPLOMATES EUROPÉENS.
est bien changé aujourd'hui, où des esprits très-graves peuvent se demander si tout ce bruit de tribune, de presse, de journaux, est très-utile à la grandeur, à la force , à la destinée d'un pays; s*il n*y a pas là des causes de faiblesse et de décadence pour une nation ardente , passionnée comme la France ; en un mot si, avec ces formes bruyantes, il est jamais possible de faire à l'extérieur conome à l'intérieur de grandes affaires à la manière de Richelieu, de Louis XIV et de Napoléon, à moins qu*une main habile, réduisant tout cela à n'être plus qu'un mécanisme , ne fasse tout passer au niveau de son unité. Avec le système représentatif, on vivote, on ne grandit pas.
Il s'était donc élevé légitimement en 18U une école royaliste que j'appellerai provinciale , qui , au lieu du système vague et centralisé du gouvernement représentaUr , voulait créer des assemblées locales , des libertés de cité, de province , d'agrégations et de corporations. En échange de vAi$ formes incertaines et philosophiques de liberté générale, il voulait appliquer la vieille organisation de la commune à chaque localité. Ces idées tenaient spécialement au Languedoc, anciennement en possession d'états fort éclairés et très-indépendants. C'est dans ces préoccupations que se trouvait M. de Yillèle, et faut-illui reprocher de ne pas avoir trouvé dans la Charte de 1814 (toute parisienne et centralisée) la condition de sa chère liberté de province? la France historique lui paraissait rappeler la
maison de Bourboo ; mais cette France à son tour voulait que les descendants de saint Louis et de Henri IV respectassent le privilège des villes, des localités qui s'étaient données à la couronne successivement avec la stipulation de leur droit. La Charte paraissait oublier la France do passé, la commune, la paroisse, bien qu'elle eût la prétention de renouer la chaîne des temps.
Pendant Tannée 18U , H. de Vlllèle ne se mêla que fort indirectement à la politique : cette forme de restauration ne lui plaisait pas ; et , en effet , elle avait quelque chose d*étrange , car on y trouvait de tout : le drapeau blanc et la république , les mousquetaires et les grenadiers de la garde impériale, le royalisme et les régicides , M. de Blacas et Fonché. Des esprits considérables pouvaient donc se demander si cet amalgame était viable, s'il y avait possibilité à on tel régime de vivre et de se développer dans la plénitude de sa force *. Aussi les Cent-Jours arrivèrent pour mettre fin à cette grande cohue, et comme si la politique avait hâte de démêler les situations , les royalistes se retrou- Tèrent royalistes , les jacobins reprirent leur couleur ; il y eut des blancs et des bleus , rien de plus , rien de moins. Cest ce qui donna à la seconde Restauration cet énergique élan , et, puisqu'il faut le dire, ce caractère de réaction qui est la condition des partis vigoureux. Aimer et
t. Voyez mon HiiOAre dé la B$$tawraHon,
m DIPLOUATBS BUBOPtSlfS.
haïr, c'est la vie forte dans les masses comme dans les individus : en dehors tout est mollesse et transaction.
]|. de Villèle se trouvait précisément à Tootouse au eentre de ce mouvement méridional qui bouillonnait autour di drapeaa blanc, et lors des élections de 1815 il fut choisi député avec unanimité, car le parti provincial n'oubliait pas sa protestation contre la Charte et son opinion Uen prononcée pour ramener la France aux proportions d*uB gouvernement où les localités auraient leur place naturelle avec la paroisse» les feux et la maison commune.
Arrivé dans la Chambre qu'on appela introuvable, M. de Villèle dut tout d*abord examiner sa position , et surtout s'en faire une égale à son ambition active et raisonnée ; cette chambre était ardente de royalisme , décidée à tout braver pour consolider Tantique monarchie; c'était un bon sentiment, mais il ne suffisait pas : avec sa finesse expérimentée , M. de Villèle vit que ce qui manquait à la majorité de i815, c'était un homme d'affaires. Les uns, gentillâtres, accourus de leurs châteaux, avaient peu d'idées, et encore moins d'habitude de la politique appliquée ; les autres, trop grands seigneurs, dédaignaient les questions spéciales, donnant à la tribune plutAt des coups d'épée qu'ils ite prononçaient des discours; de là devait résulter que celui de leurs collègues qui se ferait homme d'affairas pour leur épargner la besogne, pourvu que ses principes fussent sûrs et son dévouement incontesté, deviendrait peu
à pea le rapporteur iDdispensablc , puis le ministre du parti. C'était la tendance naturelle et inévitable des faits.
Aaaai M. de Villële» avec le pressentiment de cette destinée, jette autour de lui des regards pour se choisir des amitiés, des conrraternités, qui plus tard pourront partager avec loi le poids des affaires : c'est de là que date sa vive iattmîté avee H. de Corbière. Celui-ci est un Breton à resprit tout différent du sien ; et il y a une pensée dans cette distinctioD même. Les deux parties de la France les plus vivement empreintes de Topinion royaliste sont le Midi et la Bretagne» d*où est venue la réaction de 1815; les deux personnifications de l'esprit de ces provinces devaient donc prendre leur place naturelle dans la Chambre des députés» puis dans le pouvoir. Dès la première session , MM. de Villële et Corbière en devinrent les hommes les pios considérables.
Il faut maintenant se reporter à cette époque et voir la lutte qui s'engage entre deux systèmes» jai presque dit entre les deux princes qui les représentent » car l'un et Vautre vont singulièrement influer sur les destinées de la France : ces deux princes , ce sont Louis XYIII et M. le comte d'Artois son Trère » qui alors portait le titre de Monsieur. Cette lutte datait de loin ; dès l'émigration, les sys* tëmes s'étaient séparéa. La pensée de Louis XVIII avait taujoun été de transiger avec la révolution française » avec 1^ hennés et les ebaaes satis répugnance (puisqu'on assu-
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rait qu'il avait eu des relations même avec Robespierre et qulncontestablement une correspondance avait en lieu entre Louis XVIII et Barras). Ce système , le roi restauré voulut rappliquer à la France , et la Charte Pavait même consacré d'une manière fondamentale. Le système de M. le comte d'Artois avait aussi sa logique et son intelligence ; le prince, ennemi des idées de 1789 , croyait la révolution française profondément atteinte , je dirai presque brisée , par la chute de Napoléon , et surtout par la folie des Cent- Jours; de là Monsieur concluait qu'à l'aide du parti royaliste provincial, très-puissant et presque dominateur, il viendrait à bout de dompter Tesprit révolutionnaire qui n'était qu'à la surface du pays et non encore dans ses entrailles. Ce système s'appuyait sur la majorité de la Chambre de 1815, composée de trois éléments principaux : le banc religieux, que dirigeaient les marquis de Rongé et deChifflet; le parti militaire, et je dirai presque vendéen, avec le cri de vive le roi giMnd même , a la tète duquel se trouvaient M. de Labourdonnaye et le marquis de Béthisy ; enfin l'opinion des libertés provinciales, qui comptait pour chefs MM. de Villèle , Corbière , Castelbajac , auquel se mêlaient les plus beaux noms de France, Chateaubriand, Fontanes , Ronald , Montmorency.
Toute cette majorité se réunissait au pavillon Marsan, chez M. le comte jd' Artois. C'était là que se formulait l'opposition contre les actes de M. Decazes, expression de
LE COMTE JOSEPH DE VILLÂLE. t9ft
Louis XVIII. M. de ViUèle vivait au milieu de gentilshommes paresseux, aimant mieux courre un lièvre que de faire un rapport politique, oubien encore au milieu de grands seigneurs charmants dans la causerie, mais incapables de travail ; il devint donc naturellement l'homme de confiance, le faiseur d'aflbires de Monsieur : et il se trouvait en même temps qu'esprit de tempérance et d'expédients, M. de ViUèle corrigeait les trop vives émotions de ses amis par la force calme et sérieuse de ses rapports. Il y avait d'autres hommes de valeur dans cette majorité : MM. de VitroUes, de Bruges, de Pradel , mais nul ne portait à un phis haut degré que H. de Villèle l'aptitude de rédaction, la sûreté de jugement; de manière qu'il faisait passer en des termes trèsmodérés les résolutions quelquefois les plus hardies. C'est à M. de Villèle que l'on dut les premières idées électorales de 1815 , fondées sur le suffrage presque universel, où le gentilhomme devait conduire ses fermiers aux luttes électorales; il fut rapporteur du budget, et il refondit les projets financiers avec une aptitude remarquable.
Toujours d'une prudence extrême, M. de Villèle aurait désiré éviter la rupture trop soudaine que prépara i'ordon- DaDce du 5 sq>tembre : il ne voulait pas se séparer d'une façon irrémédiable des ministres de Louis XVIII , parce qu'il craignait de faire passer le pouvoir aux chefs du parti doctrinaire, et de leurs mains dans celles du centre gauche. U roi l'aurait fait par dépit. M. de ViUèle eût préféré une
1M DIPLOMATES EUROPÉgNS.
tranfiaction à une brouille absolue avec H. Decazes. E^rit tempéré» il savait que pour s'emparer du pouvoir il m faot pas eu être trop loin, et qu'on doit se garder de jamais jeter un défl à un gouvernement. Toutefois, lorsque la dr«Mte résolut la rupture, M. de Villële accepta sa position nette; il devint Thomme de Topposition, se plaçant sur le terrttn provincial dont j*ai parlé, c'est-à-dire la défense de la commune, du clocher et de tout ce qui tenait enfin à cette constitution méridionale, l'objet de ses études, la force de ses souvenirs. Non-seulement il était orateur A la tribune, mais encore journaliste dans le Conservateur ^ recueil qui , par sa périodicité, n'était point soumis à la censure, et où travaillaient toutes les sommités royalistes : MM. de Boiiald, Castelbajac, Cornet dlncourt, Chateaubriand, Fitz-James, Bouville , recueil si éminent , dont la collection est deveooe si rare aujourd'hui. La lutte du parti royaliste avec M. De« cazes, violente, implacable, sous la direction de M» le comte d'Artois lui-même, fut conduite avec une grande habileté par la presse et la tribune : la rupture des royalistes avec Louis XYIII fut absolue. M. Decazes se prononça contre eux, et ils le rendirent en haine à M. Decazes. Nul parti n'avait plus d'esprit, plus de joyeux propos, une activité plus grande; les gloires littéraires étaient avec lui; les journalistes les plus éminents le secondaient : les frères Bertin, des Débats, Micbaud, de la Quotidienne^ Bo* aald, Lamennus, Martainville. A chaque occasioBi M. de
LE COMTE iOSEPH DE VILULE. m
YUlèle développait, avec Tadmirable netteté de soo talent, cette thèse : que la loi électorale, telle que les doctrinaires Taraient faite, n'était ni royaliste ni nationale: anti-royaliste, parée qu'elle exchiait Faction propriétaire conserva* trice; anti-popolaire, parce qa'elle était restreinte à une saile classe et qu'elle ne faisait pas asseï descendre le cens fers le peuple pour le Elire ensuite remonter par degré jns- 91'à Taristocratie *•
M. Decazes défendait sa loi tant qu'il le pouvait. Mais il œ fet plus possible de se dissimuler que cette loi était vicieuse, compromettante pour les Bourbons» lorsqu'A Qre- Doble l'abbé Grégoire fut élu. Il faut Ure, à cette époque, la terrible polémique du Conservateur contre le UMUvais sjstème qui perdait la monarchie. Louis XVIII, qui s'était iosqo'ici séparé de son frère, le fit sonder, pour savoir ce qu'on pouvait espérer du concours des royalistes, et alors commencèrent de nouvelles négociations avec M. de Yillèle, la t£te de l'opposition modérée. Dans ce parti, je le répète, existaient déjà deux fractions bien distinctes, les tempérés et les absolus. M. de Vîllèle avait un esprit trop étendu, une babitude d'affaires trop grande pour s'associer aux excès, et si! répugnait à une alliance avec M. Decazes, il le laissait venir paisiblement aux royalistes, sauf ensuite à le dékoaquardu pouvon*. Que fallaitMl pour celai le brouiller