LE BARON BRUGIÈRE DE BARANTE
aiïaires étaient Gnies, et que jamais on ne fut en meilleurs rapports. Aussi le congé ne fut-il que pro tempore^ et FEmpereur, en adressant les paroles les plus bienveillantes à l'ambassadeur de France, déclara qu'il espérait bientôt le revoir. Ce ne fut que depuis le départ de M. de Barante que les choses s'aigrirent peu à peu, et le comte de Pahlen ayant quitté Paris sans esprit de retour, M* de Barante vit son congé prolongé d'une manière indéfinie.
Un des caractères particuliers de cette ambassade à Pétersbourg fut surtout de voir un diplomate appartenant à l'ordre civil pleinement réussir auprès d'un cabinet tout militaire, où toutes les choses se font à cheval et les présentations presque dans les revues. Il j avait sans doute un inconvénient à n'être point constamment auprès de l'empereur dans les grandes parades, mais l'avantage était aussi de n^ pas faire dépendre la dignité d'un pays de quelques bonnes oa mauvaises paroles dites publiquement par l'Empereur au milieu de ses officiers. M. de Barante fut peut-être Tambas* sadeur qui, par la nature de son esprit, put le mieux renseigner son gouvernement sur les avantages et les inconvénients de l'alUance russe, sur l'esprit et les tendances de ce cabinet. Je le crois avec conviction, les bons rapports pourront se renouer ; mais il est un point sur lequel tous les esprits sérieux se réunissent aujourd'hui : c'est que les deux États doivent, avant toutes choses, avoir le respect d'euxmêmes, le sentiment de leur force et de leur valeur respec-
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tiyes. La Russie a plus besoin de la France, dans la balance de FEurope, que la France n*a besoin de la Russie, même an point de vue commercial. II serait puéril que l'un ou Tautre des deux États aspirât au r6le de protecteur, comme ceiia s'est peut-être tu à d'autres époques. Dieu a donné à chaque gouvernement, à chaque peuple, ses formes, ses institutions, et il ne faut pas juger tout sur un seul modèle. Le temps n*est pas éloigné, sans doute, où ces vérités seront comprises, et alors, sans renouer les intimités un peu capricieuses et mobiles de ISlb, sous l'empereur Alexandre, b France et la Russie pourront entrer dans un système d'intérêt et de respect mutuels, le seul que les gouvernements sérieux puissent aujourd'hui désirer.
Depuis un an ces vérités paraissent mieux senties à Pétersbourg, et le commerce, cette grande voie de la civilisation, prépare les rapprochements politiques. Dans tontes les drconstances, l'empereur Nicolas s'est montré très-empressé pour notre politique sérieuse et loyale telle que le ministère de M. Guizot l'a comprise. Tout récemment on traité a fixé les rapports de navigation et de connnerce entre les deux États, et ce traité a motivé un échange de distinction. H. de Barante a reçu les insignes de l'ordre de Samt-André, et M. Kissleff la grand'croix de la Légiond*Honneur. Je ne pense pas que ce soient là les indices d'une alliance exclusivement russe; nul ne la désire; elle est souvent un fiirdeau et rarement une nécessité ; mais cet
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échange de bons procédés prépare le seul résaltat appelé par tous les esprit<i sérieux, c'est-à-dire la bienveillance motaelle entre les couronnes et les rapports réguliers entre les deux gouyemements. H appartient à M. Guizot de réaliser la pensée d'une situation mitoyenne, digne et réservée, aa milieu des grandes puissances. Ce n'est pas là ce qu'on appelle l'isolement. La France ne peut pas être délaisnée dans les questions européennes; tout ce qui sera réglé sans eDe manquera d'équilibre , de durée , et surtout de force morale.