LE PRINCE JULES DE POLIGNAC
§0D pays et l'honneur de la nationalité. Aux yeux des opinions ardentes , cela ne suffisait pas ; il n'y a pour elle de grande politiqne qae celle qui les caresse dans leur instinct. Le jeu des institutions politiques en France était d'ailleurs organisé de manière à ce que les noms propres y tinssent une large place , et celui du prince de Polignac était une menace. A tort ou à raison, on l'accusait de rêver une monarchie absolue et aristocratique, et cette croyance générale avait rendu le gouvernement impossible. Le ministère de M. de Polignac était réduit à ne pas remuer, ou à remuer en tout brisant. Jamais position plus étrange. On avait persuadé au pays et aux Chambres que ce ministère était un épouvantail par ses intentions et par ses actes , et certes il n'y en avait pas dans l'histoire parlementaire de plus innocent et de plus incapable de tenter un de ces grands coups qui changent la face des empires. Le défaut saillant de M. de Polignac , c'était de ne rien voir, ou de voir dans un horizon très-resserré, et cela explique conunent, malgré lui et en bonne logique, il fut SQccessivement amené aux coups d'État, et, ce qui est pis que les coups d'État, à cet esprit de déroute et de mollesse qui laissait tout aller à la Providence , sans voir qu'on marchait inévitablement à une révolution.
Ici quelques doutes se présentent, et sans entrer dans les détails qui ont été l'objet de deux livres spéciaux*, je
1. Voyez mon Histoire de la Beetauraiion et L'Europe depuis Tav^NMiMa du roi Louis-Philippe.
918 0IPLO1UTBS BDBOFABNB.
?4mi jrevenir wr les ordoonaoces de joiDett et wt les meaares qd oot préparé oa rnivi leur exécatioo. Oq Mit fue dani oag Bortea d^exameo je fuis fans préjagés et Bans racane des fiintaisies ooDstitotîonnelies ; je crois dooc que M. de Pelignac pas plus que Charles X« n'avait dans la pensée de violer la Charte par les ordonnances de JniHet; je crois que cette Charte, le roi et le ministre l'avaient jurée de bonne foi, et qu'en tout point ils voulaient Texécater. Mais depuis longtemps on les préparait l'un et l'autre à cette conviction , qu'en vertu de l'art. 14 de la Charte, son principe dominant et foodamentaU le roi pouvait, dans un cas exceptionnel, s'armer de sa prérogative pour amener la concorde et l'harmoDie des pouvoirs. Cette conviction devint si absolue, que les erdonnanoes de Juillet furent signées, presque avec inaan* dance, comme de simples mesures de sûreté générale délibérées en conseil.
C'est encore en vertu de crtte foi, de cette convictioo profonde, que H. de Polignac ne prit aucune mesure de précaution vis-à-vis l'Europe, pour s'assurer son assentiment; il était trop Français pour appeler l'appui de l'étranger ; et ceci venait de sa loyauté , de la confiance qu'il avait dans l'ordre monarchique : gentilhomme, M. de Polignac ne croyait pas possible qu'on vit la question autrement que dans le strict honneur monarchique : ainsi dans l'esprit du ministre» le corps diplonatiqne
LE fBSna JULES DE FOUWAC. m
B*êi9it pas besoin d'être prévenu des ordoiiMBcet, parce que eeu devoir spontané étail de se rendre là oà était le roi de France» auprès de qui il était aeciédité. Ainsi ia loyauté de M. de Folignac n'anndt jamais aiq>posé que des réigiments» leurs officiers en tète, pussent oublier leur devoir et passer à finsurrection; calculant une résistance qui irait jusqu'à la nort, de la part du soldat et de l'olBcier sortout, il avait pensé que les troupes de la garnison étaient suffisantes sans en appeler un plus grand nombre, car il ne songeait pas que la défection ferait du vide. Hâas 1 ce calcul était celui de la loyauté et de Tbonneur aux jours de la cbevalerie; mais était-ce juger avec agadté son temps, fiiire la part surtout à ces tristes et fatales révolutions qui avaient fiiit douter de tout, du pouvoir et de Dieu même? M. de Poligoac n'avait point aises médité sur le nouvel esprit des sociétés, sur l'éducation publique et privée : sorte de cénobite , il vivait dans la cellule de son bonneor, sans s'enquérir des opinions du monde* Or, le monde alors était en proie à toutes les doctrines, et à tous les exemples de rébellion et de révolte, dans les esprits comme dans les actions. Coament le prince avait-il la mémoire asses courte pour ne pas se souvenir de la défection des Cent- jours, ce grand manquement' à la foi jurée, abandon inouï du drapeau? Tout était incertain, les Chambres, la presse, le pays asêpie ; il y avait une ébullitioB dans les doMs qui
MO DIPLOMATES EUftOPÉENS.
ne permettait plus le système d'honneur et de gentilhommerie de l'ancien régime. Il y avait tant de félons 1 Et c'était méconnaître la société avec ses éléments nouveaux , que de croire à la possibilité d'un coup d'État sans que la fidélité de l'armée, recrutée par la conscription, égale et démocratique, en fût ébranlée.
Là fut donc toute la faute de M. de Polignac; il ne ni pas que tout était changé autour de nous, que les consciences étaient incertaines, les dévouements affaiblis, et que la doctrine des intérêts dominait toutes les autres. Il ne vit pas surtout que la presse avait agi d'une manière désastreuse pendant quinze années contre l'établissement de la restauration ; que la royauté n'inspirait pas assez de crainte pour comprimer les méchants , ni assez d'amour pour commander les sacrifices aux fidèles; ses amis étaient divisés, les esprits au plus haut point d'exaspération. On ne calculait plus rien; le bas peuple était travaillé par des pamphlets de toutes sortes; l'audace était partout en dehors do gouvernement. Un coup d'État se tente à la naissance d'un pouvoir, lorsqu'il est ferme, que les consciences jeunes et fortes viennent autour de lui pour le saluer comme au 18 brumaire ; mais un coup d'État quand la main est faible et que la vieillesse arrive , c'est un excès et une folie.
Je n'ai point à examiner si M. de Polignac prit l'initiative des ordonnances de Juillet, ou si eUe vint de Charies X; je crois que les ordonnances furent l'inspiration d'un petit
LE PRINCE JOLES DE F0L16NAC. Mt
comité qoi correspondait aux affections royales , et qu'elles devinrent ensuite l'œuvre du conseil des ministres tout entier. Au demeurant, M. de Polignac, avec la meilleure foi du monde /n'y vit qu'un moyen de ramener l'harmo- Die des pouvoirs par la dictature momentanée du roi , en vertu de l'art. H de la Charte. Cette convention de la légalité des ordonnances (ht toujours profonde chez le prince de Polignac, d'où cette imprévoyance de mesures, qui ne suppose même pas une résistance sérieuse. Aussi, tout devient puéril dans les actions et les démarches de M. de Polignac, après que les ordonnances sont lancées ; il reste plein de sécurité, comme s'il s'agissait d'une mesure ordinaire, dont rexécution est laissée au cours régulier de Tadministration et à chaque ministre dans son département. Il croit le succès tellement infaillible, qu'il se renferme, le 27 juillet» an département des aifiiires étrangères pour vaquer aux questions courantes, avec le même sang-froid et la même sécurité. A tous les rapports qu'on vient lui faire, à tous les indices qui se manifestent, il répond par cet invariable sourire, cette physionomie polie, mais impatientante, qui décourage toutes les Ames énergiques et semble vous dire : «Vous vous trompez; j'ai tout prévu, n C'est un décousu, un laisser-aller dont rien n'approche ; il s'inquiète à peine : l'émeute gronde, qu'est-ce que cela? le peuple est en armes, fl répond: a Qu'on lui donne du pain et de l'argent I » lia tellement foi dans la royauté, une telle confiance dans le
302 PIPLOVATES BUEQPÉBN&
prestige de la couroone, qae la snppositioa qu'elle peut wbir une grande ruine ne peut entrer dans sa pensée. Quand enfin l'heure du combat a sonné» lorsque le drapeau tricolore flotte sur les toors Notre-Dame» et qu'à l'Hétel de Ville siège déjà un gouvernement insurrectionnel, le prinoe Poligaac , que Teipérience éclaire, croit avoir fait sou devoir, et cela lui suffit ; c'est le même calma, le même sang-froU désespérant. Après deux jours de résistance aux Toileriei, il vient auprès du roi à Saint^Ioud : soldats, courtisanSt serviteurs, tous nuirmurent autour de lui, accusent sa Ur blesse ou son imprudence; il les écoute sans s'émouvoir, même le pétulant M* de Sémonville, qui lui dit les choses les plus dures dans une langue qui n'est pas celle de h bonne compagnie. Quand le roi lui demande sa démissioo pour faciliter les arrangements, M. de Polignac la donne en croyant que tout est Uni là; il contresigne les ordonnances qui nomment M. de Mortemart, et félicite le nouveau cabinet conune s'il s'agissait de successeurs au temps paisible de la Restauration ; il croit son réle politique fini pour le moment, et que l'opinion satisfaite s'arrêtera davant cet acte; en un mot qu'il n'y aura ni acoosation, ni jugement, ni révohition, et qu'on restera dans le cerde de Is légitimité.
Le lamentable cortège quitte Saint-Cloud avec on td proscrit, une armée sans chef,, le moral affecté, pour se retirer sur Rambouillet; IL de Polignac est toiyows wiv^
LE FEXKCB JULBS DB FQUaNAG. 113
de Charles X* Il n'est plus ministre, mais il a nn titre de oonr et il en porte l'habit aveo aflfectatioa, oopme s'il était encore aox Tuileries. Au moment où les nigoeiations s'engagent arec les cbeb insurgés k Paris, les amis de Charles X lui conseillent d'éloigna* l'ancien ministre, afin de eoostater la sÎDcérité de ses concessions politiques, et alors M. de PoUgnac, qni ne veut point em}>arrasser son yieuz maître» part plein de sécurité, pour chercher un abri en Angleterre à travers la Normandie. Ya-t-îl enfin comprendjce sa position? Autour de lui se manifeste une sorte de jacquerie; tous les paysans sont soulevés aux cris les plus horribles; il derient l'objet d'une haine sauvage à coups de fourche. On ne prononce son nom qu'avec des menaces de mort, et pendant deux semaines il erre dans les campagnes sous les dégnisements les plus divers, les plus grossiers; 4 ces jours de malheur, je dois le proclamer ici, le prince de Polignac retrouva de nobles dévouements.
n se faisait alors une singulière police de gardes nationales et de volontaires sur le territoire de la France. On commandait des battues i travers champs, comme dans une grande chasse. Toutce-cpilavait l'air un peu noble, lesmains blanches, le port distingué, était un objet de suspicion pour les mnaicipalités nationales. Était-il possible que le prinoe échappAt à cette police révolutionnaire, qui signalait ses victoires avec tant de joie? Que de réflexions alors durent venir à son aipritt fne d9 tris(9s rapprocheoMutsl D «vait çqmswfi m
364 DIPLOUATES EUROPÉENS.
vie par la proscription terrible; jeune homme de vingt-deux ans, il s'était troavé à Paris lorsque, sous le Consulat, la police faisait crier par les rues, dans son ignoble langage, « la conspiration des brigands Polignac, Rivière, Pichegru et Georges. » Et, à vingt-cinq ans de là, même proscription, mêmes cris, mêmes périls. C'est dans ce moment que le prince, avec ses sentiments profondément religieux, se montrait tranquille et résigné ; il ne craignait rien, ni l'aotorité violente, ni le peuple soulevé. Ce qu'il souffrit pendant cette quinzaine d'angoisses est impossible à dire. Il traversa la campagne soulevée jusqu'aux falaises de Granville. Une femme de grande maison et de sainte vie lui prépara les moyens de passer en Angleterre, sur un de ces petits navires smogleurs toujours prêts à la noble contrebande des proscrits. Le prince avait souvenir des falaises de Normandie, où il avait débarqué , avec son frère et le marquis de Rivière, sous le Consulat. Tous les préparatifs furent faits en silence par des mains généreuses qui protégèrent le malheur. Ce sont de belles Ames, celles-là qui, dans les époques de tempête publique, savent se détacher de leur propre sécurité pour se faire les protectrices et les gardiennes du malhear. Dans notre temps d'égoïsme, cela se voit peu et ne se comprend pas davantage. Le prince de Polignac se renferma dans une petite maison aux environs de Granville , où tout était prêt, un bateau avec des hommes dévoués; mais la mer était grosse, la tempête soufflait avec violence, et le capitaine
LE PUNCB JULES DB POUGlfÂG. ms
ne Yonlut point s'exposer an danger dn naufrage. Il en résulta on retard de qnarante-hnit heures, retard funeste, poisqae de la campagne soulevée les jeunes hommes se portèrent à la maison dn rivage où se trouyaitle prince de Polignac. Cette maison, on h cerne de tous côtés; on y pénètre en armes. Mille cris de mort sont poussés, et connue dans les époques révolutionnaires, la populace se montre hideuse de menaces et de propos. De l'aven du prince de PoUgnac, jamais il ne subit de danger plus réel et d'outrages plus sanglants : des individus forcenés, les manches retroussées, brandissant devant lui de larges coutelas, lui jetaient ces paroles : « Si nous étions sûrs que tu es Polignac , nous te plongerions ces couteaux dans le cœur. »
Il faut rendre cette justice aux autorités organisées même par l'insurrection, qu'elles protégèrent le prince contre ces cannibales. Souvent elles lui firent un rempart de leur corps. Le pouvoir, quel qu'il soit, est de sa nature protecteur; il ne se laisse aller aux excès que dans les crises, lorsqu'il est faible et colère. Dans ces circonstances se révèle toujours ce courage tout passif du prince de Polignac, avec sa résignation religieuse. Ce calme , il le devait non-seulement à la quiétude de son Ame, mais encore à la foi qu'il avait dans le symbole religieux, saint préservatif qu'il portait avec lui-même, et spécialement au scapulaire que lui avait donné sa noble inëre, pour lui le plus précieux des préservatifs. Laissons ces croyances aux Ames d'élite , pour les fortifier dans le mal-
M8 DIPLOMATES EUIOMBNS.
tout depuis les derniers événements qui se sont passés. Les malheurs de l'honnête honune dolivnt mériter qadqœs égards en France.. Hais dans tous les cas, monsieur le baron, il y aurait j'oserais presque dire quelque chose de barbare à me faire amener dans la capitale dans un moment où tant de préventions ont été soulevées contre moi, préventions que ma seule voix ne peut apaiser, que le temps seul peut calmer. Depuis longtemps je ne suis que trop accoutumé i voir toutes mes intentions représentées sous le jour le pins odieux.
« Je vous ai soumis tous mes désirs, monsieur le baron. Je vous prie, ignorant à qui m'adresser, de vouloir bien les soumettre également i qui de droit, et d'agréer ici l'assurance de ma haute considération.
« LB prince de POUGIIAC. »
Quand on se représente l'eflfervescence des flmes, la colère des rues contre les signataires des ordonnances. Ton a peine à comprendre comment le prince de Polignac put écrire cette lettre avec un si grand sang-froid, un esprit si en dehors des faits menaçants qui l'entouraient; il semble qu'il ne vit pas au milieu de la société insurgée I U ne sait rien, il ne veut rien voir : il demande les formes légales, la protection de la Chambre des pairs, comme si le temps était encore à la Charte et si les pouvoirs réguliers étaient suffisants pour le protéger I il n'est qu'un vaincu malheureni
LE ninCB JULKS DB POUGNAG. SM
qui redemande l'exil oa la captivité dans la prison d'État desajeonesM.
De Sftint-LA» le prince fot transféré, à travers mille périb, an cbàtean de Vincennes, demeure ponr loi déjà bien coonue, et qu'il salua avec un mélancolique respect. Jamais il ne perdit son calme; la Proridence lui semblait une si grande loi , qu'il se soumettait à ses décrets sans murmurer. Le gouverneur, général Daumesnil, en fut vivement frappé; le prisonnier demanda un piano, pour consoler ses ennuis par la musique, et des crayons pour dessiner des sites, afin que le temps s'écoulât plus vite, et que les heures sonnées par le b^froi pussent passer plus rapidement.
Qui ne se rappelle Paris an mois de décembre 1880 et les
périls de la société à cette époque d'agitation et de troubles Y
Dans ce lamentable procès des ministres de Charles X, on
fit se lever, la pique en main, le bonnet rouge au front,
la partie la plus hideuse de la population; s'il n'avait pas
existé un gouvernement d'honneur et de force, décidé à
sauver la vie des prisonniers, an prix même de sa sûreté, il
y aurait eu du sang versé h flots. La révolution de 1793
n'était point morte encore; les prolétaires restaient les
mêmes, avec leurs mosurs épouvantables, et un moment on
put craindre que la démocratie, conune ce squelette dont
parlent les légendes allemandes^ ne grimpât avec ses ongles,
le long des murailles du donjon de Yincennes et, comme
une vQe araignée, ne vint s'attacher à sa proie. Hélas I le
m. Si
pwti loyalMt^ Qiibiieu BA reqd paa OM jiis^
à ce pouvoir, si faible à son origine, qoi fit txmk fta» sn»
ver lea sûniatres captifii « jusqu'à ce pomt de s'exposer M-
mèiae à un bottlaYenemeat. B n'y a rien de pb» iugitt
quekspartif)
Dans ses intenrofjpiteires, le prince de Poligiiao vesN tsijoun le même, avec ce ealme, cette indil&renee qui désespérait ses amis et ses eunenûs. La cour des pairs ftit vtaiils pour le jugement; je dois le dire, le prince avait ptalpe confiance dans cei corps politique, eompesé d^konmes qui avaient assez vu les révolutions, les vicissitudes de la Ibr* tune pour juger avec calme, et sans e^rit de parti, les actes et les personnes des derniers ministres deCkarles X. Limportant était de sauver leur vie, de les arracher, pour ainsi dire, à ces buriemento de la multitude, car enfin, quelle que f&t la peine, eHe ne serait nécessairement que temporaire. Bans les choses politiques, il n'y a rien d'étemel; la captivité n'aurait lieu que pour un temps. Ges mêmes hommes, firappés par un arrêt de justice^ seraient rendus à la société, parce qu'au fond, ils étaint plus iu^^rudents que coupables, et que tous étaient gens d'honneur; les années, qui marchent, eA^eent les terribles impressions des partis, l'ai dit autre part les détails de ce grand prœèi devant la Cour des piM S et la condamnation qui M
LE PUMI JUUi U POLWIUG. m
fol h soito, te déiMonant de M. de MarligMie, l'attttude cahiie d digM da prince de Peligue à reodieeee. Qoand rairét toi prononcé, M. de Polignac s^en montra forletpept énn, parée qnil le crojail in}nste et UlégaL H i*en eiprima dam one lettre oorienae, prepqne InmédtateMent écrite à son défepMur, IL Mandarov^-Yertany, el dont ? oksi les tenneat
t Le Jasenent. wîqm dani noi aennlei réTidatimMirei, qoe la Gonr dea pain a lendu contre moi, jagemeat qui, f evèro* ne trenfora ptaia d'imitation dana noa diecoidet ciTile% m'oblige, mon oImp Yertamy, à voua prier ^e gui*dtt la prinoeaae hup ce qu'elle doit fiiiie, car il SM wnUe que rartide 3& da Code chil preacrit qodqnea figlea è saine. Je préfère qu'elle ne Tienne paa & Yiooennea de qadques jours; il faut attendre que l'irvitation, \m^ ou exdtée, qui egito e^ ce moment la capitale, soit calmée. Ktes-lui qu'elle ne s'aflBige pas de ce qui vient de se passer; elle me eonnalt^ el elle sait qu'une âme trnmp^ff par trwie aiiQéaa d'adTecsitéa ne se laisse paa abattre par une infortiwe de pbia, sortent quand ee doit être la deimire; ^*ttl|eu», l'honneur ne meurt point; un foi de noire an** %^ moMTObie noua fa dit; et les rigneun duCod^ pén«)i û'<At pemt de priée aur ee seitbiieiit« lépétM dmfi k \%
87t DIPLOMATES EOROPÉENS.
princesse qa'die prenne coorage ; an reste» j'en aurai pour deux. Je désirerais seulement être transféré dans on lien où je puisse être à même de faire un peu d'exercice et où il me fftt permis d'avoir ma femme et mes enfants aujrà de moi, les seules consolations qui me restent id-bas. Après tout, je n'ai plus de volonté, plus de désirs à exprimer; j'accepte tout ce que m'enverra la Providence; je ne regrette que la peine que mes malheurs font éprouver à mes amis, et vous savez, mon cher et excellent Vertamy, que je vous place, à cet égard, au premier rang de mes victimes. Vous aurez sans doute vu le vicomte de Hartignac; il était fort souffrant hier; on a bien mal récompensé son éloquence et ses bons sentiments; je m'en afDige autant pour lui que pour moi ; un pareil défenseur devait être le gage d'une victoire certaine; je l'espérais, je l'avoue, lorsque j'ai vu avec quelle attention on l'écoutait; mais il y a des personnes dont l'oreille est bien loin du cœur. Adieu, mille amitiés, tout à vous,
« J. DB POUGHAC. 1»
Je rapporte ce document pour bien foire connaître la na* ture d'esprit du prince de Polignac. Sa conscienee allait toujours droit devant die, sans tenir compte le moins du monde des circonstances et des diiBcultés. Il ne voyait pas que la Cour des pairs et, puisqu'il faut le dire, le gouvernement lui-même, venait de lui rendre un immense service,
LE FBINCB JULES DB POUGMAC. m
en l'arrachant des mains dn peuple par on arrAt de capti- ▼îté. Sans doute, an point de me légal» il y avait qnelqne cbose d'extraordinaire dans ce système de pénalité créé poor la droonstanoe, dans cet arrêt par induction* qni groupait les articles de lois diflBcilement applicables. Hais ce qu'il fallait voir en tout ceci, c'était l'intention dn pouvoir, la noble tftche qu'il avait remplie , la volonté surtout de sauver les ministres de Charles X des fureurs du peuple. Cette nécessité motiva un peu d'arbitraire , bien permis chaque fois qu'il s'agit de garantir les accusés.
Après l'arrêt jvononcé» M. de Polignac fut ramené à Vincennes, et je pense que ses affections politiques ne lui ont pas bit oublier tout ce que fit le pouvoir pour préserver sa vie. Ce donjon de Yincennes était si rapproché de Paris! k la moindre émeute, on se porterait à cette extrémité dn faubourg Saint-Antoine, si souvent agitée par les révolutions. Le conseil des ministres décida donc que H. de Polignac et ses collègues seraient transférés au chAteau de Ham ( il l'avait lui-même indiqué) , forteresse gothique bêtie par le connétable de Saint-Fol pour y renfermer Louis XI, et <|iie ce roi si rusé fit servir de prison au connétable de Saint- Pol. Ce lieu était triste, mais sûr; on n'avait à craindre ni une évasion , qui compromettrait le gouvernement dans sa fttce et sa popularité, ni une émotion sanglante de peuple qui tuerait moralement le pouvoir. Les personnes qui depuis ont visité le chAteau de Ham peuvent se faire une idée
•Ti DIPLOBUITBS COROPAnS.
iiBiei fxa<)te de ht triste demeiite éè MM. dé PéUgnaCt de Pejrronimt, Gnémdn-BhnflMe et (SMBtdaiiie : deat dumbres Ad rek-^deH^haimée^, deux aax étages svpérieurs , me faite à manger, peu d'espace, mail uie certaine libeité. Les tntnistreii pouvaient se voir» aécaeillir leurs ambv et, diose assék triste , il n'y ftvait entré eux que très-f^ dlatfmité dans to meilleur commun; les mêmes divisions ^i frétaient souvent produites dans le conseil se réveilMeat, et des reproches étaient adressés par les uns aux atitl^i, comme pour dire t « Si Je suis ici c'est Vôtre fttUte ifti Au demeurant il y eut une grande fermeté d'Ame en Anse de là captivité de Ham.
Le prtnce de Pelignac partageait sè^ loisirs entfe la musique, le dessin et la rédaction de quelques odvrages politiques. Il me fit à cette époque l'honneur d'écrire tine brodiurë remarquable contre mon travail sur ta Reétaumtiùn , qui ftlors venait de paraître. Certes , je n'avais |amab eu l'intention d'àttaqtiër la personne du prince, et encot^ moins le captif de Ham , mais je me réservais toute liberté pouf èïèminer sa politique, politique loyale mais malbettreûsé qui avait perdu la branche atnée des Bourbons. Alors autour du prince de Polignac vinrent se réunir sa femme, d'origine anglaise, et d'un si noble dévouement^ et ses etifUnts, fort jeunes encore , qui avaient vu et subi sa bonne et sa thaûvaisê (brtuhè. L'amour de la ftuttiflle était pour le ptmce de PoUgnbc une religioA ^»itée. Il appartenait à
LE FBBf CE JULSS DB POUON ÂG. tT5
lue des plus Olostres races de France; tes dUinoes te rattachaient à tout ce que la patrie avait de frands noms et de hante aristocratie, et comme une portion de cette aristocratie s'était ralliée an gonvemement nonveai , soarent le nom du prince était prononcé au Tuileries. H. de Polignac doit rendre cette justice au roi régnant, qu'il ne chercha qu'une occasion pour faire cesser une cêfimté assez longue, une expiation assez cruelle d'une imprudence qui n'était au fond qu'un acte de déYouement en?ers les Idées et les principes de k monarchie.
Depuis que le maréchal Sébastiani , par son second mariage^ était devenu son proche parent > le prince de PoHgnac trouva en lui un défenseur persévérant» On doit cet hommage au comte Sébastiani» que non-seulement il apporta dans les conseils des idées modérées , mais encore qu'il se posa comme le constant protecteur de ceux qu\itte grande infortune avait frappés. Lorsque les temps devinrent plus oalraes, le comte Mole pr^ra une amnistie pour lea prisonniers de Ham; et ce qu'il y eut de louable dans cet acte , c'est qu'on n'exigea d'eux aucune démarche qui aurait pu blesser leurs convictions» On ne leur demanda aucune parole , aucun serment : il ne suffit pas de rendre m service, il faut encore l'environner de ces formes de susceptibilité exquises qui ménagent les émotions de llion^ aeur. Par la teneur de l'amnistiei H* de Polignac dut paMr i rétraogeré II visita ràUemagnO) et devenu grand proprt*^
376 DIPLOBUTES EUROPÉENS.
taire en Bavière , il habita constamment Manich et ses environs, se livrant à l'éducation de ses enfants, à Famélioration de ses terres , & la cnltore de l'esprit et dn cœur. Il écrivit encore des brochures , des Considérations morales sur rétat de la société, sur le mouvement des esprits ; enBo, des Mémoires, des explications sur sa conduite politique; ces Mémoires supposaient sans doute un haut sentiment de délicatesse et une juste susceptibilité, mais, en vérité, ils offraient un singulier contraste avec la certitude historique. Je conçois qu'il pût se justifier d'avoir signé les fatales ordonnances, et accuser le maréchal Marmont de fUblesse et d'hésitation ; mais établir qu'à Paris tout avait été prévu pour l'exécution des ordonnances, qu'il y avait en force et habileté dans les mesures, et nulle faute dans l'exécution , c'était une thèse bien étrange en dehors des événements qui s'étaient passés sous nos yeux. Nous avions vu Paris abandonné par le pouvoir et livré à l'insurrection, le prince de Polignac sans force, sans direction, et ne croyant au péril que lorsque le drapeau blanc était dédiiré sur la couronne en mille pièces!
L'exil du prince de Polignac fut même bientôt levé; one décision ministérielle lui permit de rentrer en France, pourvu qu'il ne vint pas habiter Paris, précaution bien inutile, car l'opinion publique était heureusement ainsi affadie, que ce même peuple qui aurait déchiré les entrailles au prince de Polignac en 1830, s'inquiétait à peine
LE FRINGE JULES DE POUGNAa tn
de sa destinée. D pat traverser la France , son nom écrit en toutes lettres snr son passe-port, sans qu'il y eût on cri, une plainte. Partent « dans ce pays oublieux, il fut accueilli avec une sorte de respect. Le prince vint habiter Saint-Germain, dté mélancolique, qui longtemps servit d'asile aux Stuarts; Saint-Germain, avec ses vieux arbres, son chftteau, abrite toutes les infortunes. U diffère de Versailles (souvenir d'un grand pouvoir ) , parce qu'il respire le temps de la Fronde ; c'est un pays déjà délaissé bien avant que la royauté se délaissât elle-même.
A Saint - Germain , M. de Polignac travailla constant* ment à expliquer sa vie politique, dans laquelle il trouvait peu de fautes, parce qu'elle avait toujours été dictée par le devoir. La maladie commençait à l'accabler; fatigué, goutteux, il se remuait à peine. La mort de Charles X et celle du duc d'Angouléme l'affectèrent profondément; religieux par croyance , il aimait & traiter les questions morales et politiques, restant toujours dans la conviction qu'il ne s'était pas trompé, et que la France l'avait méconnu : c'est toigours un peu la condition de ceux qui n'ont pas su la gouverner. La France est conmie un cheval impatient de tout joug, mais lorsque le frein est bien posé, lorsque en le caressant, vous ne le prenez point à contre-poil, tl estdodle et facilement dompté. Les foutes de M. de Polignac, je le répète, vinrent de nobles sentiments, de l'opinion exagérée qu'il s'était faite de la royauté et de lui-
879 Df PLOMÂTES KnOPËERS.
même, et surtont de ngnorance absotae de la société telle que la RérolotioB Tavait ftiite. Il s'était créé one France selon son honneur on son blason » et le pays réel n'étant phis compris ni gouverné , se joua eapricteusement dn pon- Yoir à ce point de briser une couronne.