‹ Les diplomates européensChapitre 79 sur 117 · Voir la notice stir le duc de W^ellingtoD · texte numérisé non relu

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nation si jastement flère d^eUennâoie» de son histoire ek de ses forces actuelles.

Cette colère du comte d'Aberdeen, à Toccasion d'Alger, ses explications acerbes , contribuèrent certainement à lai faire accepter les faits accomplis. Après la Révolution de 1830* les tories agirent en véritables anglais» et on ne peut pas leur en faire un reproche ; ils voulurent retirer de cette catasb*ophe, qui brisait une vieille couronne, tout le profit dont elle était susceptible, et toute l'influence active qu'elle pouvait donner èrAngleteire ; les tories purent donc« sans crime, envisager les faiblesses, les difficultés que cause toujours un changement de pouvoir, après une révolution accomplie. Dans les événements de Juillet, ils virent un abaissement nécessaire, une annulation de la France pendant un certain laps d*années, auxquels ils applaudirent avec enthousiasme. Ce fut le comte d*Aberdeen qui reçnt les premi^^ communications diplomatiques du prince de Talleyrand sur Tavénement du 9 août ; et, avec le duc de Wellington, il reconnut, courrier par courrier, les faits accomplis à Paris, cmnme la suite et la conséquence d*une impérative nécessité. Dans les premières conférences qu'il ent avec M. de Talleyrand, le comte d'Aberdeen reprit, comme à leur point de départ, les questions agitées sons M. de Polignac, en ce qui touche Alger, la Grèce, la Turquie. Gomme de raison, le comte d'Aberdeen voulut tirer de son empressement à reconnaître le nouveau gouv«tiemant toot

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le profit ]N>Mible dans les intérêto innés de TAngteterre. Le rôle de M. de Talleyrand dut être ici de temporiser, de promettre, d*engoiirdir tontes les impatiences de la presse et de la diplomatie anglaise. Enfin, lorsque les menaces devinrent trop grandes , les exigences trop irritées, le prince de Talleyrand crut essentiel de précipiter le monyement qui substitua les whigs aux tories. Dans l'origine dés choses , les whigs , plus favorables an parti qui triomphait en France avec les événements de Juillet, devaient moins contrarier son gouvernement, au point de Tue des prindpes; mais, en ce qui touche les affaires sous la direction de lord Palmerston, la diplomatie anglaise devint eiigente , capricieuse. Le comte d'Aberdeen se trouva donc très-naturellement jeté dans les rangs de Topposition au ministère whig.

Cette opposition habile et vigoureuse du torysme compta trois chefs, empreints chacun d*un esprit différent : 1*^ le duc de Welbngton qui, par les services réels rendus à l'Angleterre et sa vieille illustration, exerçait sur Torgueil du pays un immense prestige ; 2^ M. Peel, dont la science, l'application, le talent sont incontestés, groupait la classe moyenne autour des intérêts et de l'aristocratie anglaise ; 3^ le comte d'Aberdeen qui, par sa position particulière, ses souvenirs, ses traditions, parlait aux cabinets et aux hommes d'État de l'Europe. H y a ceci de particulier , de spécial, comme type des tories, qu'alors même qu'ils sont en deliors des

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affaires, et qu'ils demeurent étrangers à ce qa*on peut appeler la partie active du gouvernement , néanmoins « par leur influence, leurs communications avec l'Europe, ib savent, agissent, décident, dominent même les situations. Ainsi, pour ne parler que de diplomatie, le comte d*Ab«rdeen, tout en n'étant plus au Foreing-ofBoe, avait des agents, des relations, dans toutes les cours, à Vienne, i Berlin, à Pétersbourg, quelquefois mieux renseignés que les ambassadeurs whigs eui-mémes, parce qu'aa moyen de l'aristocratie, les tories pénétraient dans les secrets intimes des cours, dans les mobiles qui font agir les gouvernements: sous l'empire de Napoléon, ils furent souvent mieux informés à Vienne que M. Otto, on le comte de Narbonne , après Tallianc^ , lorsque l'empQreor François II n'avait plus rien à cacher an système français.

A cette première chute des tories sous la politique des whigs en 1831, un changement qni nous fut favorable s'o* péra dans l'esprit et les tendances du torysme, parti tonjours éclairé et fort. A mesure que lord Palmerston et les chefs des whigs se séparaient des intérêts et de l'alliance française, par caprice ou égoïsme, les tories s'en rapprochaient avec plus d'intimité, moins par affection que par calcul ; car à ce moment il se révélait au sein de la Grande- Bretagne une opinion nombreuse qui soutenait fermement: « que la paix et Talliance avec la France était une condition de bonheur et de prospérité mutuelle entre les deux pays. »

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C'est donc en 8*emparaiit de celte popularité française que le comte d'Aberdeen et M. Peel tentèrent d'arriver plos aisément à la formation d'nn nouveau cabinet, qui aurait pour appui la politique conservatrice en France. Tandis que lord Palmerston lançait ses manifestes, {M^parait ses coups de tète (qui n'eurent pas une absolue popularité en Angleterre ), le comte d'Aberdeen s'abouchait avec les chefs du parlement, favorables au parti français; et comme point capital d'une nouvelle combinaison, il posait l'alliance de la France, qui, je le répète, avait son éclat et sa popularité. Ce fut désormais le programme du parti tory. Il se fit ainsi un retour étrange au cœur de nos anciens ennemis; voici par quelles causes : les tories avaient formé JQsques alors le parti qu'on appelait européen, c'est-à-dire celui qui s'était opposé avec le plus de fermeté aux conquêtes de la Révolution et de l'Empire , c'était sa destinée; mais depuis que H. Peel avait pris la dbection de ce parti avec une certaine renommée , telle était la nature de cet esprit qu'il avait imprimé à son ancien parti une tendance en complète opposition avec les éléments historiques du torysme; H. Peel s'était fait réformateur, actif, incessant; plus que les whigs, il avait marché en avant, il voulait rentrer aui affaires avec des projets de remaniement social jeté à la vieille Angleterre, et l'école du torysme en était donc profondément affectée. Afin de ne pas contrarier cette inq;>ulsion nouvelle, le duc de Wellington et le

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comte d'Aberdeen s'étaient presque placés sons la main de 11. Peel, ils le laissaient agir ; comme la principale base, la force nécessaire de la combinaison Peel était Talliance avec les conser? atenrs flrançais, on Voit le comte d'Aberdeen entrer pleinement dans cette idée : « qn*n fimt faire le plus de concession possible an principe de l'alliance française; a la paix derint le symbole dn torysme, k œ point qne lord Palmerston pnt poursuivre de ses sarcasmes cette politique mitoyenne, lorsque les tories reprirent les afftiires à la suite de la patiente tactique de M. Peel dans te Parlement.

Pendant l'ambassade de M. Gmot à Londres, s*établit on se développe l'allianoe intime fondée sur Testirae mutuelle entre les tories anglais et les conservateurs français. Le caractère, Pesprit, la tendance de M. Guizot, plaisent an duc de Wellington et an comte d*Aberdeen; ils le soutiennent, et préparent son ministère à l'aide d*un loyal concours. Le comte d'Aberdeen, ministre des affiiires étrangères, se prête donc avec une indulgence extrême aux premières négociations du ministère de H. Guizot, qui a besoin de modifier ou de rétracter certains engagements sur le droit de visite. Plus les questions deviennent difficiles et délicates, plus le ministre anglais se montre conciliant; le comte d'Aberdeen, par exemple, qui avait déclaré en d*autre temps , que l'occupation de l'Algérie par les Français était illégitime, et que dans l'avenir elle pourrait former

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un grave rajel de centestation, proclame tout haut, è dix années d'intervalle, que ce n'est plus là qu'une question accessoire, et que la possession a consacré le droit de la France. Cest encore ainsi, je le répète, que pour le droit de visite et pour les modiBcations que sollicite avec insistance M. Guitot, conune nne force de popularité pour son cabinet, le comte d'Aberdeen se montre conciliant et fecile; il a pris une grande estime pour H. Guizot, durant son ambassade à Londres; il sait parfaitement que dans certaines situations parlementaires il faut de grands ménagements pour l'opinion même égarée, et que les ministres ne sont pas toujours libres d'agir selon le strict devoir. Je suis convaincu que si lord Palmerstôn avait été alors aux affaires, les complications auraient été inextricables et l'alliance brisée.

Après les discussions de 1841 et de 1842, le comte d'A* berdeen comprit parfaitement qu'il fallait soutenir le cabinet de H. Guizot dans cette lutte contre l'opposition parlementaire qui aurait ramené les choses et les hommes de 1840. Le comte d'Aberdeen avait même cette conviction profonde que si l'opposition triomphait en France, c'en était fait du ministère tory en Angleterre, conviction qui créait cette condescendance, ce bon vouloir, cette mutualité de concours entre les deux administrations. Ce fut un spectacle unique et digne d'éloges dans l'histoire des deux nîatiens si longtemps rivales. Et dans ce système nouveau

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le comte d'Aberdeen se trouva à peu près comme M. Peel, par rapport aux affaires extérieures il dut abdiquer ses antécédents. Ce ne fut donc plus le tory ferme et décidé de récole de lord Castlereagh, de 1812 à 1820, mais Thomme d*État un peu timide qui fit presque toujours reculer TAngleterre afin d*évîter les conflits et les hostilités. L'infloenoe du système tempéré de M. Peel se faisait donc partout sentir; elle dénaturait la condition première du parti tory, qui est la fixité et la fierté traditiomielle ; elle enlevait au duc de Wellington et au comte d'Aberdeen Tancienne et forte empreinte du parti Pitt, de sorte qu*on peut considérer comme une dégénération de ce parti, le ministère qui dirigea les affaires publiques de TAngleterre, jusqu'au second avènement de lord Palmerston.

Ici je vais et je dois parler au point de vue anglais, parce que les hommes d*Ëtat d*un pays doivent être jugés d'après les intérêts et les idées du peuple qu'ils gouveroent. Je déclare donc que le comte d'Aberdeen dans son passage au ministère de 18ilh3, fit pour la politique extérieure les mêmes fautes que M. Peel pour les affaires de l'intérieur, c'est-à-dire qu'il changea la nature même de son parti, laissant à lord Palmerston l'héritage d'orgueil , de fierté nationale, qui semblait l'apanage exclusif de l'école de Pitt et de Castlereagh. Qui avait fait la gloire de cette école depuis la fin du xviii* siècle? C'était le sentiment exagéré des forces de l'Angleterre , l'orgueil national qui ne s'arrêtait

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de?ant aacun sacrifice, des millions de subsides jetés aa monde pour le soutien et le développement de la politique anglaise. C'était avec cette exaltation de patriotisme que l'Angleterre avait lutté contre la République française et l'empire de Napoléon. Et la belle époque de la vie du comte d'Aberdeen est ce temps où, jeune diplomate, il allait sur le continent rattacher les liens de l'Europe dans la terrible coalition, stipulant subsides, secours, pourvu que te but fût atteint. Aujourd'hui, sous la tiède influence de M. Peel, cette haute politique, le comte d'Aberdeen l'a abdiquée; soit par des motifs d'économie, soit par la crainte de troubler la paix européenne ; sous leur dernier ministère les tories procédaient par concessions infinies, laissant donc la force, la gloire et l'orgueil britanniques à leurs adversaires les whigs; et lord Palroerston fut plus hautement dans la politique traditionnelle des tories, lors des événements de 18U), que ne l'a été le comte d'Aberdeen dans ses relations postérieures, si pleines de timidités, d'inquiétudes de la guerre, et d'une certaine passion d'économie qui signale la vieillesse des nations. Oui, le jeune et fort parti tory, sous Napoléon, avait des passions généreuses et prodigues, c'est parce qu'il aimait l'Angleterre avec énergie qu'il sacrifiait tout pour sa gloire, comme à une maîtresse chérie; sans doute, la France ne doit pas murmurer de la politique calme du comte d'Aberdeen, elle y a trouvé avantage et sécurité, le premier de tous est l'heureuse conservation de

rétat de paix et d'alliance; il faut s'en applaudir. Hais je persiste à soutenir qae dans la dernière époque de sa vie, le comte d'Aberdeen a profondément altéré, ammie M. Peel, la grande politique de l'école de Pitt et de Cas* tlereagh.

Aussichaqne fois que des différends d'une nature sériense, ou que des intérêts hostiles s'élèvent fortement entre la France et l'Angleterre, il se fait un changement ministériel inévitable» qui brise la puissance des tories, et cela« parce qu'ils ne sont plus un parti historique, et qu'ils ont cessé d'envisager à un point de vue assez anglais, asseï égoïste, la situation générale des affaires. Les tories d'aiyourd'hoi veulent, appellent trop de ménagements, dans leurs rapports avec la France; et il y a cela de particulier, que pour exfUr quer c^tte position, le comte d'Aberdeen n'a ni les moti& de M. Peel, fils de la classe bourgeoise, ni les motifs du dac de Wellington, qui a acquis assez de gloire pour se permettre d'être modéré et fatigué impunément. Le comte d'Aberdeen est aristocrate d'origine, protestant zélé et presque intolérant ; sa capacité n'est pas hors ligne, il n'a donc ni excuse ni justification pour la timidité de sa politique. Cette fois, je le crois sorti définitivement des affaires, l'ége avancé ne permet qu'aux grands services ou aux capacités supérieures de prendre part à la politique active d'un pa;s. Les tories se sont fait assez de mal depuis quelques années, par leurs fedblesses, leur attitude nurile ; s'ils veulent revivre,

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il faol qu'ils se rajeunissent et par leurs principes et par quelques beaux talents ; les whigs ont pris la belle partie de rhéritage, ils sont fiers jusqu'à Tinsolence, et cela platt toujours à un peuple, car l'esprit de nationalité vit par Torgueil. Alors même qu*il se trompe, il est respectable.

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