‹ Les diplomates européensChapitre 89 sur 117 · IV · texte numérisé non relu

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rivresse d'une nait de carnaval. A ces labonrenrs coarerts de bnre^ durs comme le fer de leurs mines, le prince royal a concédé certains privilèges. Dans la diète, ils peuvent parler, prouver leurs griefs avec franchise et une sorte d'égalité vigoureuse pour rédamer contre l'impôt.

L'œuvre considérable du prince royal, ce fut rentière fusion de la Norvège et de la Suède sous un système presque égal de diètes et de gouvernement D'abord il se manifesta quelques résistances, les anciens souvenirs Scandinaves se réveillèrent partout; mais comme la noblesse était abâtardie^ comme le clergé protestant n'a rien de cette énergie, de cette grandeur qui se trouvent exclusivement parmi les évéques et les prêtres catholiques, les diètes à la fin s'assouplirent; la volonté du prince royal put se manifester sans contrôle ; ce que voulut le roi les diètes le sanctionnèrent, tandis que dans les rapports extérieurs, où se trouvent mêlés désormais les deux comtes de Lœvenhielm, b situation du cabinet de Stockholm devenait de jom^ en jour plus eflacée , plus nulle, conmie conséquence de sa révolution. Dans quelle question , en effet, la Suède a-t-elle joué un rôle actif dominant depuis 1815? Où a-t-elle exercé et repris sa prépondérance , si belle et^i grande au xvn* siècle? Toute sa diplomatie consiste actuellement à ménager, avec une habileté égale, l'Angleterre et la Russie, à ne blesser ni l'un ni l'autre de ces cabinets , afin d'en recevoir alternativement l'appui. A ce point de vue, les ambassades

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oe sont pins désormais que des postes de politesse et de convenance ; je crois même qu'il n'y a pas chaque année une seule note diplomatique è échanger avec les grandes cours. C'est ce que immédiatement avait compris le comte Gustave de LœvenhiebUt nommé ambassadeur à Paris, homme aimable et de salon ; il passait sa vie dans une société d'artistes, au milieu des plaisirs, des théAtres, tandis qu'à Vienne, le comte Charles-Frédéric se retirait, autant qu'il le pouvait, du mouvement actif de la politique. Je me trompe néanmoins à l'égard du comte Charles : il y avait à Vienne une situation délicate pour un vieux et . digne gentilhoomie comme lui. Le roi Gustave IV, que la diète insurgée avait chassé du trône de Suède, glorieux patrimoine de famille , avait choisi Vienne et rAllemagne pour la terre de son exil ; esprit ardent, chevaleresque , on avait voulu le faire passer pour fout Toutes les fois qu'un homme, par des sentiments exaltés, une âme de feu, un dévouement sans mesure, compromet un peu la quiétude molle et efféminée d'une société, généralement on dit qu'il est fou ; celui qui vous dérange du sommeil de vos habttudes est toujours importun, et le roi de Suède détrôné paraissait ainsi, même aux yeux , je dirai presque des cabinets conservateurs. Avec une modestie pleine de traditions et de souvenirs, il avait pris le simple nom du colonel Gustawson (fils de Gustave), titre d'une respectueuse affection pour son père; car, ainsi que dans toutes les révolu-

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tions, on contestait sa légitimité légale. Les partis ennemis ne se contentent pas de vons briser » ils vous déshonorent pour justifler leurs injustices. Le colonel Gustawson, d^ daignant tout subside (grandes aum6nes des cours), vifait pauvre avec quelques revenus personnels ; vêtu de bure comme ses aïeux le grand Gustave et Charles XII, il paraissait en Suisse, sur les bords du Rhin , en voiture publique, mêlé à la foule curieuse et attentive de voir un roi pauvre et proscrit; sa conversation était vive, amèrement sardonique; véritable esprit du moyen Age, il voulait montrer . aux rois combien était noble leur conduite et leur abandon en 181i!^! Son fils, qui avait pris du service en Autriche, vivait à Vienne sous le nom du prince de Wasa; ses goâts modestes cachaient le plus brillant courage.

Ce dut être donc un sujet de tristes méditations et de difficultés considérables pour un gentilhomme que cette place d'ambassadeur à Vienne , en face de ses vieux et légitimes souverains ; mais, je le répète, la noblesse suédoise avait abdiqué ses dévouements du moyen Age ; depuis le xyuv siècle, elle était devenue philosophe, besogneuse : désormais nul esprit de corps, plus de dévouement national; et, ce qu'on appelait le patriotisme, n'était que le tiède amour pour une position politique, si bien que tout pouvait changer : couronne, institutions, pourvu que la place restât inhérente A Thomme, il avait du patriotisme, il servait bien , toujours et tout le monde.

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La Soëde d'ailleurs reconquérait en richesse maritime ce qu'elle avait perdu en gloire militaire, et c'était une compensation. Depuis 181(^, ses navires de commerce, no- Usés à t)on compte , parcouraient toutes les mers. Par sa circonscription géographique, la Suède possédait, en y comprenant la Norvège, une étendue de c6tes de plus de huit cents lieues, côtes couvertes d'Iles, d'écueils visités chaque année par les tempêtes furieuses ; et, sous l'aspect de ce del, en présence de ces ouragans. déchaînés, se formaient des matelots vigoureux , intrépides, destinés à parcourir toutes les mers ; enfants, au reste, de ces Scandinaves qui, dans le ix* siècle, avaient fait trembler les pays de France, d'Espagne et d'Italie même : qui n'avait souvenir des nort-mans dans les chroniques de Charlemagne et de ses successeurs?

Ainsi, deux traditions historiques se reproduisaient à des temps divers pour la Suède, une des nations qui jeta le plus de gloire aux siècles passée : quand Gustave-Adolphe menait ses braves enfants dans le cœur de l'Allemagne, au champ glorieux de Leipsick, c'étaient les Goths du y* siècle, qui envahffent l'Empire romain pour le retremper d'une nouvelle énergie ; quand les marins de Norvège ou du golfe de Bothnie s'élançaient sur toutes les mers, pour la pêche de la baleine, ou le commerce du fer, du bois aux vieilles forêts ; c'étaient encore les enfants des Normands du ix' siècle, qui sur de frêles barques venaient assiéger Rouen et Paris

SOUS le pirate Roll, l'objet des chants de gestes de toute la Normandie; tant il est vrai que les peuples ne changent pas ; leur caractère est indélébile ; car il résulte du sol, du dimat, des glaciers à pic, ou des plaines éclairées et attiédies pur un soleil étemel.

La navigation de la Suède, ou pour parler le langage technique, le cabotage des neutres, avait pris un grand développement sous la régence du duc de Sudermanie, toujours en paix avec la république française, tandis que TEqrope s'était levée hostile, dans une grande coalition. Les Suédois, au moyen de leur pavQlon respecté, transportèrent partout les marchandises et servirent d'intermédiaires, comme les Américains, pour charger les blés, les denrées coloniales, dont il y avait disette en France. Lorsque la paix fut rendue au monde, lorsque toutes les nations entrèrent dans une juste concurrence conmierciale, les Suédois conservèrent encore une supériorité qui fait leur richesse; je veux parler du bon marché du fret (prix de location des navires]. Comme les Grecs (Russes) et les Ragusais (Autrichiens), ils transportaient les marchandises à moitié prix des navires français ou anglais; on se l'explique par l'éducation si dure des populations du Nord, leur vie sobre, et surtout par cette immense faculté qu'a la Suède de produire du bois et du fer plus qu'il n'en faut pour construire toutes les flottes du monde. Cette application des esprits aux relations commerciales, dut eole-

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Yer toat caractère dettiné à la politique suédoise; on ne s'oGCuiNi plus qu'indirectement des questions de dynastie, et Bernadette succéda au roi Charles XIII^ sans la moindre opposition, tandis que les enfants de la grande maison de Gustave étaient ouUiés dans les armées autrichiennes et y observaient un débris de la gloire de leurs ancêtres.

Les deux frères de Lœvenhielm continuèrent sous la Doovdle dynastie à servir ou à représenter leur pays. Le comte Chartes, longtemps ambassadeur à Vienne, à Pétersbourg, fut nommé président du Conseil de la guerre, à StodLhobn, et entra en 1822 au Conseil du roi. Membre des États comme seigneur, sorte de pairie suédoise, il vint à Paris en 183fc, assister au sacre du roi Charles K. Bernadotte le nonmia ensuite gentilhomme de la Chambre ; on le voit, si les dynasties changent, les dignités de cour demeurent; le comde Charles cessa donc ainsi de faire partie des aflaires actives. Il n'y eut donc plus que le comte Gustave, qui continua sa mission diplomatique à Paris; esprit affable et poH , que nous connaissons tous. Le rdle qu'a toufours dignement accompli le comte Gustave, est plutôt personnel que Texpression de l'importance politique de son gouvernement; la Suède n*a pas aujourd'hui une acUoQ assez considérable dans la diplomatie, -pour que sa légation, même au mains d'un homme de valeur, compte à Paris parmi les grandes ambassades. Mais le comte Gustave de LcBvenhiebn, par ses relations faciles, son obli-

geance extrême, sa parraite tenue dans le inonde et parmi ses collègues, a conquis un véritable ascendant ; la sage mesure de son esprit lui a fait sa place. Le corps diplomatique se réunit à des époques particulières pour les compliments de nouvelle année, ou la fête du roi; dans ces sortes d'assemblées toutes d*usage, et qui n'ont rien d'officiel, on rédige quelques phrases que prononce le doyen des ambassadeurs. En 1830, surgit une drconstance trèsgrave pour le corps diplomatique ; elle lui coihmanda ane résolution forte, spontanée, décisive, à l'époque de rinsurrection de Paris, après les tristes ordonnances de juillet 1830. Le corps diplomatique était en effet fort embarrassé, fort inquiet de la situation : qu'allait-on faire, et quels étaient dans ces graves circonstances la conduite et les devoirs imposés au corps diplomatique?

Pour comprendre l'immensité de la question , il feut se reporter au temps, à l'agitation des esprits, à l'importaDce que toute délibération des représentants de l'Europe devait avoir sur l'action des pouvoirs publics en France. Toute démarche du corps diplomatique devait nécessairement retentir, soit dans les Chambres, soit à l'Hdtel de Ville, parmi les difTérentes autorités constituées au hasard, et qui néamnoins examineraient profondément les résolutions de l'Europe en face de la révolution de Juillet. Le droit public européen a proclamé depuis le xviir siède, que les ambassadeurs ne sont pas les envoyés d'un pays à un antre pays,

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mais les enyoyés d'un souverain auprès d'un autre souverain. D'où il résulte que si la mort ou un événement de guerre civile fait disparaître le prince auprès de qui les ambassadeurs sont accrédités , leurs pouvoirs cessent de plein droit. La conclusion de cet axiome diplomatique , appliqué à ta crise de 1830, devait être : c( que partout où le roi de France Charles X se trouvait, tant qu'un autre pouvoir n*était pas reconnu , les ambassadeurs devaient le suivre à Saint-Cloud, à Rambouillet, dans tous les lieux où se transporterait sa personne sacrée * ; d ainsi on l'avait résolu après les révolutions de Naplès et d'Espagne en 1821 et 1822 , et telle Tut aussi la doctrine logique que soutint le comte de Lœvenhiehn à Paris, en 1830, et ce sera peutr^tre le plus beau titre de sa vie. Le comte Gustave, seul des ambassadeurs, développa cette grande maxime de droit public dans le Conseil qui fut tenu par les membres du corps diplomatique (l'ambassadeur de Naples seul l'en remercia). Ceci est d'autant plus remarquable, que le comte de Lœvenhielm représentait un roi qui n'avait rien , certes, de bien légitime dans la hiérarchie des souverains de l'Europe; mais ce roi était reconnu, il existait des traités, des conventions ratifiées, et Bemadotte était sous l'empire de la maxime absolue que je viens de poser. Un roi reconnu, quelle que soit son origine, est le roi légitime aux yeux de l'Europe sans exception.

1. Voir mon travail sur VSurope depuis Vavénement du roi LouU^ Philippe,

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J'ajouterai, pour être juste envers les autres m^nbres du corps diplomatique, que ropinion qui prévalut, celle de rester à Paris, quoique moins exactement conforme aux stricts principes du droit public, n'en était pas moins, as simple point de vue pratique , plus utile et meilleure. H valait mieux, pour les représentants de r£urope, assister aux événements terribles qui éclataient à Paris, les étudier à fond, en empêcher les conséquences désastreuses, préparer enfin un de ces moyens réparateurs qui pourraient empêcher la guerre ou l'anarchie. On conçoit très-bien que l'ambassadeur de Suède, expression d'un pays tout à fait en dehors de Faction turbulente de la France révolutionnaire, pût développer les maximes absolues du droit diplomatique ; mais les représentants de rAutriche , de la Prusse, de TAngleterre et de l'Allemagne devaient empêcher avant toute chose l'explosion démocratique, les effets de la propagande qui menaçait d'agiter le monde. La résolution qu'ils prirent d'attendre et de rester à leur poste, était dictée par la prudence et la sagesse. Une révolution a besoin d'être vue de près et de face, afin de la comprimer.

Néanmoins l'opinion du comte Gustave de Lœvenhielm, dans cette circonstance , n'en est pas moins un bel acte, une noble expression, il faut le dire hautement; elle le plaça dans une situation un peu embarrassée sous le nouveau gouvernement, et dont il se tira avec cet esprit tout français, tout gracieux, qui est le fond de son caractère.

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