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Les directions pontificales, politiques et sociales

Nous allons aborder un sujet fort délicat. Notre bien-aimé pontife Léon XIII nous a donné, en diverses Encycliques, l'enseignement de l'Église sur la vraie notion del'État chrétien, sur les rapports de l'Eglise et de l'État, sur les lois morales de la vie économique.. On se rappelle l'Encyclique de 1881 sur le Pouvoir civil, celle de 1885 sur la Constitution chrétienne des États, celle de 1888 sur la Liberté, celle de 1890 sur les Devoirs civiques des chrétiens, celle de 1891 sur la Condition des ouvriers.

Tout cet enseignement est venu à son heure. La doctrine de l'Église est contenue tout entière, quant à sa substance, dans l'Écriture sainte et dans la tradition. L'Eglise et en particulier les successeurs de saint Pierre ont la mission de conserver cette doctrine dans son

intégrité, de l'expliquer au peuple chrétien et de la définir, au besoin, lorsque des controver-

ses surgissent.

Dans le cours des siècles, à mesure que la nécessité s'en faisait sentir, l'Église déterminait, le plus souvent par le moyen des conciles, l'objet précis de ses croyances. En face des hérésies suscitées par le démon, ou bien à l'occasion des troubles qui agitaient les fidèles, elle affirmait successivement sa foi dans l'unité de l'essence divine et la trinité des personnes en Dieu; dans la divinité de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme en une seule personne et deux natures; dans la maternité divine de Marie ; dans le caractère surnaturel de la grâce. Au Concile de Florence, elle opposait aux schismes orientaux le domine de l'unité du bercail et du pasteur. Au Concile de Trente, elle déterminait particulièrement la doctrine révélée relativement aux sacrements.

Notre siècle est surtout un temps d'agitation politique et sociale. C'est à nous guider dans ce dédale d'opinions diverses, contradictoires, audacieuses et souvent pleines de périls, que l'E-

glise devait mettre tous ses soins. Le Concile du Vatican voulait le faire. Il avait un projet de constitution sur les rapports de l'Église et de l'État. Sur la demande d'un grand nombre d'évêques, il devait traiter aussi' la question sociale et économique. On sait ce qui est advenu. Le Concile a été interrompu par la guerre. Il nous restait le Souverain Pontife, et, par un secret dessein de la Providence, son autorité avait reçu une consécration suprême par la définition de son infaillibilité.

Ce que le Concile n'a pas pu faire pour le bien de l'Église, le Souverain Pontife a dû le faire. L'Église avait un besoin urgent d'un enseignement positif sur les conditions morales de la vie politique et économique, Léon XIII nous a donné cet enseignement dans ses Encycliques.

Ce n'est donc pas à cause d'un goût personnel pour ces questions ou par tout autre motif humain, que Léon XIII a parlé ; mais c'est pour remplir le devoir de sa charge, c'est pour continuer l'œuvre du Concile du Vatican; c'est pour ajouter, avec l'assistance de l'Esprit-Saint,

au magnifique développement de l'enseignement chrétien, les pages que réclamaient les besoins de notre temps. Et en cela il a été l'instrument des miséricordieux desseins de la Providence.

Léon XIII a parlé dans ces Encycliques en maître suprême de l'Église. Il n'a pas donné à ses paroles la forme solennelle des définitions dogmatiques, il n'a pas formulé d'anathèmes. Ses enseignements n'en ont pas moins une grave autorité, et un catholique serait bien téméraire s'il les mettait en doute.

Léon XIII ne s'est pas contenté de donner les principes généraux de la politique chrétienne. Touché de compassion pour notre pauvre France, qu'il voyait courir à sa perte grâce à la division des gens de bien et aux progrès de l'incrédulité et de l'immoralité, il a voulu faire lui-même ce que nous ne savions pas faire, appliquer à notre situation spéciale les principes généraux et nous tracer les devoirs qui en résultaient pour nous.

Il l'a fait dans sa lettre encyclique du 17 février 1892 au clergé et aux catholiques de

France. Il nous a dit quelle attitude nous devions prendre vis-à-vis du gouvernement actuel. Il y a pour les gouvernements de fait un moment où il faut les subir. Il y a une période où on doit les accepter et une autre où ils deviennent légitimes. Ce sont là de grosses questions, difficiles à résoudre pour ceux qui sont mêlés à la lutte et qui y apportent le plus souvent quelque mélange de passion. C'est bien là un de ces cas de conscience majeurs pour lesquels l'intervention du Pape est utile, nécessaire même, quand les esprits sont troublés et incertains.

Le Pape fut bien loin d'obtenir de tous les catholiques français la docilité à laquelle il avait droit. Il dut insister. Trois mois après sa première lettre, il en écrivit une seconde aux cardinaux français pour répéter ses enseignements. « Il s'est trouvé, disait-il, des hommes appartenant à divers partis politiques, et même sincèrement catholiques, qui ne se sont pas exactement rendu compte de Nos paroles. »

La résistance va s'affaiblissant, mais elle

n'est pas définitivement vaincue. Depuis 1892, le Saint-Père a répété souvent ses enseignements dans des discours divers, dans des lettres adressées à des journaux, à des revues, à des congrès, dans des conversations avec les personnes éminentes qui étaient admises à l'audience pontificale. Malgré cela, l'union dans la docilité aux directions du Vicaire de Jésus- Christ n'est pas encore complète. Il y a toujours des résistances, de la part même de catholiques sincères et d'hommes d'ailleurs fort estimables, que l'on qualifie souvent, dans la presse docile au Saint-Siège de réfractaires.

C'est pour aider à l'union et dans un but entièrement surnaturel et patriotique que nous entreprenons ce modeste travail. Nous y garderons toutes les règles de la courtoisie. Nous ne voulons ni humilier ni offenser ceux qu'on appelle les réfractaires. Nous voulons les gagner par la discussion et le raisonnement, par une explication loyale et probante des directions pontificales, en gardant toute la mesure qu'imposent la vérité et la charité.

Et comme la résistance sur ce point particu-

lier est chez la plupart le résultat d'une tendance inconsciente, un reste de régalisme et de libéralisme; comme Y opposition aux direcrections politiques du Pape s'allie le plus souvent chez les mêmes hommes à une résistance simultanée aux directions sociales et économiques qu'il a données particulièrement dans l'Encyclique, sur la condition des ouvriers, notre étude devra porter d'abord sur l'ensemble des directions politiques du Pape et sur leur application spéciale à la France, puis, dans une seconde partie, elle résumera les directions sociales et économiques de l'Encyclique Rerum novarum et des documents connexes.

C'est une synthèse des enseignements de Léon XIII que nous offrons à nos lecteurs, prêtres, clercs et laïques de bonne volonté. Cela leur épargnera la peine de résumer eux-mêmes un grand nombre de documents.

Nous sommes guidés uniquement par le plus ardent désir du règne social de Jésus- Christ.

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