‹ Les directions pontificales, politiques et socialesChapitre 8 sur 8 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Le socialisme, la franc-maçonnerie et le régalisme sont les ennemis qui s'opposent au règne social du Christ. Une partie de la franc-maçonnerie est alliée au socialisme. Les régaliens sont des demi-protestants, qui veulent soustraire à la royauté bienfaisante du Christ toute la vie sociale. Il faut forcer la main aux uns et aux autres par la masse populaire gagnée à l'Eglise. Le peuple est simple et droit. Il n'est lié ni par les serments du franc-maçon, ni par l'orgueil du régalien. Il va à qui veut lui donner justice et charité. L'esprit gallican avait détourné une partie du clergé de son rôle social. Il ne s'occupait plus des droits du peuple et de la justice qui lui est due, et le peuple allait au socialisme comme à un inconnu qui vaudrait peut-être mieux que la misère présente.

Pie IX avait entrevu et indiqué le problème sans le résoudre : « Quand l'Eglise et le peuple se rencontreront, avait-il dit, le règne du Christ recevra un développement qu'il n'a jamais connu. »

Mais Léon XIII est venu, et, comme Jeanne d'Arc autrefois avait réveillé de leur torpeur ceux qui avaient mission de sauver la France, ainsi Léon XIII a secoué les catholiques endormis et leur a dit : « J'ai grande pitié du royaume du Christ et, en particulier, de la foule des travailleurs. Allez, réclamez pour eux la justice et bataillez pour l'obtenir. »

Et ce n'est pas seulement la réconciliation de l'Église et du peuple que Léon XIII a entrevue et préparée, c'est aussi la réconciliation des églises dissidentes avec l'Eglise romaine. Et le Pape, méconnu d'abord et repoussé par plusieurs, entrevoit enfin le succès. Il épanche les grands espoirs de son cœur dans sa belle Encyclique : Prœdarse graliilationis, du 20 juin 1894.

Ah! s'écrie-t-il, si les peuples reviennent à l'unité de l'Eglise, si les nations chrétiennes surmontent les oppositions du régalisme et de la franc-maçonnerie, si le peuple est gagné à l'Eglise

— 23i par le règne de la justice et de la charité, on verra affluer dans la société chrétienne une merveilleuse surabondance de biens.

L'Eglise, mieux écoutée, donnera la vraie solution des problèmes les plus compliqués et réalisera le règne du droit et de la justice.

Jl s'opérera un rapprochement entre les nations, qui sont écrasées par les charges de l'état de paix armée. A l'intérieur, les vraies notions politiques et sociales raffermiront la tranquillité des États.

a Pendant que Notre esprit s'arrête à ces pensées, et que Notre cœur en appelle de tous ses vœux la réalisation, Nous voyons là-bas, dans le lointain de l'avenir, se dérouler un nouvel ordre de choses et Nous ne connaissons rien de plus doux que la contemplation des immenses bienfaits qui en seraient le résultat naturel. L'esprit peut à peine concevoir le souffle puissant qui saisirait soudain toutes les nations et les emporterait vers les sommets de toute grandeur et de toute prospérité, alors que la paix et la tranquillité seraient bien assises, que les lettres seraient favorisées dans leurs progrès, que, parmi les agricul-

teurs, les ouvriers, les industriels, il se fonderait, sur les bases chrétiennes que Nous avons indiquées, de nouvelles sociétés capables de réprimer l'usure et d'élargir le champ des travaux utiles.

i La vertu de ces bienfaits ne serait pas resserrée aux confins des peuples civilisés, mais elle les franchirait et s'en irait au loin, comme un fleuve d'une surabondante fécondité.

« Les divisions religieuses ont arrêté l'essor de la civilisation chrétienne au XVIe siècle, travaillons tous avec ardeur à rétablir l'antique concorde, au profit du bien commun. A la restauration de cette union, aussi bien qu'à la propagation de l'Evangile, les temps que nous traversons semblent éminemment propices, car jamais le sentiment de la fraternité humaine n'a pénétré plus avant dans les âmes, et jamais aucun âge ne vit l'homme plus attentif à s'enquérir de ses semblables pour les connaître et les secourir; jamais non plus, on ne franchit avec une telle célérité les immensités des terres et des mers : avantages précieux, non seulement pour le commerce et les explorations des savants, mais encore pour la diffusion de la parole divine.

a Nous n'ignorons pas ce que demande de longs et pénibles travaux l'ordre de choses dont Nous voudrions la restauration ; et plus d'un pensera peut-être que Nous donnons trop à l'espérance, et que Nous poursuivons un idéal qui est plus à souhaiter qu'à attendre. Mais Nous mettons tout Notre espoir et toute Notre confiance en Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, Nous souvenant des grandes choses que put accomplir autrefois la folie de la croix et de sa prédication, à la face de la sagesse de ce monde, stupéfaite et confondue. »

Ce règne nouveati du Christ dans l'union des nations et dans lapaix sociale, dit encore Léon XIII, c'est d'une nouvelle effusion de la charité du Cœur de Jésus-Christ qu'il faut l'attendre. (III, 43-71.) Ce sera le règne du Sacré-Cœur.

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