‹ Les disciples à Saïs et les fragments de NovalisChapitre 40 sur 45 · INTRODUCTION LI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION LI

son œuvre la plupart des sciences humaines. J'ai écarté d'abord un certain nombre de considérations politiques qui aujourd' hui n'offrent plus d'intérêt. J'ai écarté aussi tout ce que les progrès de la physique et de la chimie eussent fait paraître suranné ou erroné. J'ai agi de même à l'égard de certaines questions historiques ou religieuses qui se rapportaient presque exclusivement à la situation de l'Allemagne à l'époque où écrivait l'auteur. Pour le reste, le choix fut plus difficile et plus arbitraire; mais il fallait se borner pour le moment. D'ailleurs, il est possible qu'un second volume vienne compléter cette œuvre. Je puis affirmer cependant, que parmi ces pensées, j'ai recueilli toutes celles qui étaient imprégnées de la véritable et pure essence du génie de Novalis, quelque répugnance qu'elles montrassent souvent à livrer leur secret. Je termine en priant qu'on pardonne d'inévitables erreurs. Il n'est pas facile de traduire en français un auteur obscur et qui semble parfois ne parler qu'à voix basse. Notre langue est une interprète minutieuse et sévère, qui, avant de consentir à exprimer quelque choie, exige des explications qu'il est souvent bien dangereux de lui donner.

Le Disciple.

Les hommes marchent par des chemins divers. Qui les suit et les compare verra naître d'étranges figures; figures qui semblent appartenir à cette grande écriture chiffrée qu'on rencontre partout : sur les ailes^ sur la coque des œufs^ dans les nuages^ dans la neige^ dans les cristaux^ dans les formes des rocs^ sur les eaux congelées^ à l'intérieur et à l'extérieur des montagnes^ des plantes^ des animaux, des hommes, dans les clartés du ciel, sur les disques de verre et de poix lorsqu'on les frotte et lorsqu'on les attouche : dans les limailles qui entourent l'aimant, et dans les étranges conjonctures du hasard... On y pressent la clef de cette écriture singulière et sa grammaire ; mais ce pressentiment ne veut pas se fixer dans une forme et semble se refuser à devenir la clef suprême. On dirait que quelque alcahest est répandu sur le sens des hommes.

Ce n'est que par moments que leurs peines et leurs désirs paraissent prendre corps. Ainsi naissent leurs pressentiments ; mais peu après, tout flotte de nouveau^ comme autrefois^ devant leurs yeux.

J'entendis dire de loin que l'inintelligibilité n'était que le résultat de l'Inintelligence; que celle-ci cherchait ce qu'elle avait déjà^ et^ ainsi^ ne pouvait rien trouver par-delà. On ne comprenait pas la parole^ parce que la parole ne se comprenait pas^ ne voulait pas se comprendre ellemême. Le Sanscrit véritable parlait pour le plaisir de parler^ parce que la parole était sa joie et son essence.

Peu de temps après un autre dit : L'Ecriture sainte n'a pas besoin d'explications. Celui qui énonce la Vérité est plein de la vie éternelle^ et ce qu'il écrit nous paraît prodigieusemient relié à d'authentiques m3^stères^ car c'est un accord de la S3^mphonie de l'Univers.

Assurément la voix parlait de notre Maître,car il s'entend à réunir les traits qui sont épars de tous côtés. Une clarté singulière s'allume en son regard, quand les Ruines sublimes sont ouvertes devant nous et qu'il épie en nos yeux le lever de l'étoile qui doit nous rendre visible et intelligible la Figure. S'il nous voit tristes^ et que la nuit ne cède pas^ il nous console^ et promet au voyant assidu et fidèle une fortune meilleure. Souvent il nous a dit comment^ en son enfance^ le désir d'exercer ses sens, de les occuper et de les satisfaire ne lui laissait aucun repos. Il contemplait les étoiles, et sur le sable, il imitait leur position

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