‹ Les disciples à Saïs et les fragments de NovalisChapitre 41 sur 45 · LH DISCIPLE · texte numérisé non relu

LH DISCIPLE

et leur cours. Il regardait sans cesse dans l'océan de l'air^ et ne se lassait point d'admirer sa clarté^ ses mouvements^ ses nuages, ses lumières. Il rassemblait des pierres, des fleurs, des insectes de toute espèce, et les plaçait de mille façons diverses, en ligne devant lui. Il examinait les hommes et les animaux. Il s'asseyait au bord de la mer et y cherchait des coquillages. Il écoutait attentivement son cœur et ses pensées. Il ne savait où son désir le poussait. Lorsqu'il fut plus âgé, il erra par le monde, visita d'autres terres, d'autres mers, d'autres cieux. Il vit des rocs nouveaux, des plantes inconnues, des animaux, des hommes. Il descendit en des cavernes et sut de quelles stratifications variées était formé l'édifice de l'Univers. Il façonna l'argile en étranges figures de rochers. Peu à peu, il rencontra partout des objets qu'il connaissait déjà, mais ils étaient étrangement mêlés et appariés, et ainsi, bien souvent, d'extraordinaires choses s'ordonnaient d'elles-mêmes en lui. Il remarqua bientôt les combinaisons qui unissaient toutes choses, les conjonctures, les coïncidences. Il ne tarda pas à ne plus rien voir isolément. En grandes images variées se pressaient les perceptions de ses sens. Il entendait, voyait, touchait et pensait en même temps. Il aimait à réunir des choses étrangères. Tantôt les étoiles lui semblaient des hommes, tantôt les hommes des étoiles, les pierres des animaux, les nuages des plantes. Il jouait avec les forces et les phénomènes. Il savait où et comment ceci et cela pouvait se trouver et apparaître et cherchait ainsi sur les cordes, des sons et des chants qui ne fussent qu'à lui seul.

Il ne nous apprend pas ce qu'il lui advint depuis lors. Il nous dit que nous-mêmes^ guidés par notre désir et par lui^ nous découvrirons ce qui lui est arrivé. Plusieurs d'entre nous l'ont quitté. Ils retournèrent vers leurs parents et apprirent des métiers. Quelques-uns furent envoyés par lui au dehors; mais nous ne savons où. Il les avait choisis. Parmi eux^ les uns étaient là depuis peu de temps ; les autres avaient fait un plus long séjour. L'un d'eux était encore un enfant; il était à peine arrivé que le Maître voulut lui livrer l'enseignement. Il avait de grands yeux sombres à fond d'azur ; sa peau brillait comme les lys^ et ses cheveux comme de légers nuages lorsque descend le soir. Sa voix nous entrait dans le cœur. Volontiers nous lui eussions donné nos fleurs, nos pierres^ nos plumes^ et tout ce que nous possédions. Il souriait avec une gravité infinie^ et nous étions étrangement heureux à ses côtés. Unjour^ il reviendra^ dit notre Maître^ et demeurera parmi nous. Alors l'enseignement prendra fin. Il envoya avec lui un autre disciple^ à cause de qui^ souvent^ nous fûmes affligés. Toujours, il semblait triste. Il fut ici durant bien des années; rien ne lui réussissait. Il avait peine à trouver quelque chose, lorsque nous cherchions des cristaux ou des fleurs. Il avait peine aussi à voir au loin et ne parvenait pas à disposer avec art les lignes variées. Il brisait tout ce qu'il touchait. Et cependant nul n'avait une telle ardeur^ une telle joie à voir et à entendre. Un jour^ — c'était avant que l'enfant fût entré dans notre cercle — il devint tout à coup adroit et joyeux. Triste, il s'en

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