Les disciplines de la France
L'an 1908, un article de M. Jaurès, prophétique, plus qu'il ne semble d'abord, mit en garde le peuple socialiste contre l'intelligence de la Bourgeoisie. Je crois que, dans l'avenir, cet article sera commenté par les historiens. Il signale une phase de l'évolution.
En effet, on nierait sottement qu'un esprit de réaction grandit dans l'âme des générations jeunes. Esprit redoutable parce qu'il accapare, avec une prodigieuse habileté, toutes les doctrines de la science pour justifier ses vœux propriétaires, aristocratiques, autoritaires et parfaitement hostiles aux espoirs de la multitude souffrante. Tandis que la foi légitimiste de jadis était l'opinion bête, la nouvelle croyance apparaît comme l'opinion brillante. Elle invoque les philosophies biologiques des Bourdeau, des Le Dantec, des Bergson, des Quinton, des Dastre, le scepticisme mathématique de Poincaré, la loi de constance intellectuelle posée, au cours de ses merveilleuses Promenades Philosophiques, par Rémy de Gourmont ; et cela pour démentir les affirmations de progrès, pour contredire l'excellence du pacifisme, de l'égalité, de la liberté, de
Tni PREFACE
rinstniction même, car elle « fait d'un imbécile inoffensij un imbécile offensif et armé » . Adoptant les constats scrupuleux du laboratoire qui reculent sans cesse, avec trop de loyauté, les limites de notre ignorance, et qui justifient davantage, chaque jour, les critiques de toute certitude, cet esprit nouveau substitue à la Providence des ancêtres, affirmative et indémontrable, une Science négative et démontrable qui restitue le droit divin et ses pouvoirs aux lois de l'atavisme-hérédité, de la morphologie préétablie, du mouvement-seule-matière, de la sélection naturelle et inéluctable, etc.. Paradoxes et sophismes, certes, mais paradoxes et sophismes très solidement agencés, paradoxes et sophismes qu'une élite de professeurs encourage par ses thèses, ses communications, ses découvertes, toutes présentées de la façon la plus tendancieuse.
Ecolier, j'ai lu nombre de romans où le prêtre et le docteur se disputaient l'influence, au château de l'héroïne. Vers 1875, le médecin trouvait, sous le scalpel, l'idéal républicain, internationaliste, et même communiste, dans tous les viscères qu'il disséquait. Docile à la coutume latine qui porte l'adolescence à se différencier des éducateurs par la raillerie des principes enseignés et l'éloge des doctrines contraires, un médecin d'aujourd'hui aperçoit, «sous le microscope, l'idéal hiérarchique, nationaliste et individualiste dans tous les groupements de cellules qu'il colorie.
La Science devient royaliste. Au Quartier Latin, l'étudiant imberbe, frais émoulu du lycée donne dans celte erreur. M. Maurras voit le nombre de ses fidèles multiplier quotidiennement. Son journal se répand. Si l'on en