DISCOURS D'UN ORATEUR SOCIALISTE. 1G
M. Windthorst conclaaît ainsi: «Nous ayons présenté ces amendements pour donner Poocasion de faire ce qui est juste et bon; si on Tent les repousser, cenx-là assumeront la responsabilité, qui les auront réjetés.
M. le ministre de Tintérieur reprit la parole pour rectifier ou contredire certaines assertions du précédent orateur. Il .fit remarquer que, d'après les journaux, des Allemands seraient à la tête du mouyement belge; ainsi la relation de ce mouvement avec le socialisme d'Allemagne n'était pas si difficile à apercevoir que M. Windthorst le prétendait. — «Ce sont les lacunes de la législation belge qui ont rendu possibles de pareils excès, et par conséquent le gouvernement impérial doit avoir le moyen de défendre l'Allemagne contre une législation défectueuse.»
L'Assemblée entendit ensuite un orateur de la droite, M. le député de Helidorf, qui soutint vivement le projet de loi. — Sa conclusion, sons forme ironique, pouvait être applicable à plus d'un autre vote analogue de l'opposition radicale: — «Je soupçonne, dit-il, qu'il y a dans cette Chambre beaucoup d'hommes, très braves d'ailleurs, qui voteront contre la loi, parce qu^ils comptent avec assurance que malgré cela elle sera adoptée.»
Suivit un discours très développé de li.Behely démocrate-socialiste (')• L'orateur se proposait de faire une apologie complète de son parti; mais en premier lieu, il rompit plusieurs lances contre M. Windthorst et le Centre, — étant assuré, disait-il, que ce parti, malgré son simulacre d'hésitation et ses propositions d'adoucissement, finirait par voter la prolongation do la loi — Du reste la conduite du Centre dans les élections ne laissait aucun doute sur les sentiments de ce parti à l'égard de la démocratie-socialiste.
Arrivant à la question, M. Bebel se plaignit de l'arbitraire absolu que la loi laissait à l'autorité de police, et voulut prouver, par des exemples, que le droit de réunion n'existait plus en fait Ce que les socialistes réclamaient donc, c'était l'égalité- de droits. — Puis l'orateur entra dans une longue digression sur les troubles de Belgique, qu'assurément il comprenait y s'il ne les justifiait pas complètement, mais auxquels il n'était rien moins que prouvé que le socialisme allemand eût aucune part.
Quant à l'article du •Socialdemocrat»^ cité par M. le ministre de l'intérieur, article où étaient glorifiés le nihilisme russe et l'assassinat de TEmpereur Alexandre, M. Bebel déclara qu'il Vacceptait pleinement, et que si l'on inaugurait en Allemagne un régime semblable à celui de Russie, les mêmes conséquences se produiraient certainement. «Dans ce cas, ajouta M. Bebel, je serais le premier à y prêter la main.»
(>) dans la séance suivante (v. infrh\ le chancelier de l'Empire devait citer textuellement les passages caractéristiques de ce discours.
Pour conclare, Poratear se disait persuadé qne la prolongation de la loi d^exception était le meillear moyen d'enlever aax ouTriers la croyance à la possibilité d'an développement pacifiqne de la situation sociale. D'ailleurs, tons les efforts tentés contre la démocratie- socialiste ne deyûent faire qne la fortifier. (Dans une occasion précédente, M. Bebel avait prétendu qne les socialistes étaient les véritables bénéficiaires de la loi faite contre eux; ils la voteraient donc des deux mains, si leurs principes ne réprouvaient pas toute loi d'exception.)
Après une nouvelle réponse de M. le ministre de l'intérieur affirmant l'exactitude de tout ce qu'il avait dit et cité, l'Assemblée entendit encore M. Stocker (représentant le c socialisme chrétien •). Son discours excita plus d'une fois la colère des socialistes-démocrates. — En résumé, l'orateur se plaçait sur le même terrain que M. Windtborst: il demandait l'union des deux puissances, la religion et l'État, pour combattre l'ennemi commun, le socialisme anarchiste.
La suite de la discussion fut renvoyée au lendemain.