LA LOI CONTRE LES SOCIALISTES
A côté de cette proposition, M. Windthont pi-ésentait do nouveau en séance pléniëre ses mêmes amendements, qui, après avoir été adoptés par la commission, étaient devenus sans objet par suite du vote final qui avait rejeté tout le projet. — Les deux résohtiam suivantes étaient jointes à ces amendements:
«Plaise le Reichstag,
10 considérant que la loi du 21 octobre 1878 contre les tendances et agitations dangereuses de la démocratie-socialiste, d'après Tintention primitive des gouvernements confédérés, comme celle du Reichstag, ne doit pas être une institution permanente,
inviter le Conseil fédéral à présenter en temps utile au Reickstag un projet de loi qui modifie et complète le droit commun de TEmpire, dans la mesure nécessaire pour protéger d'une manière durable PÉtat et la société contre les dangers particuliers que la susdite loi extraordinaire (de 1878) a été destinée à combattre temporairement.
2^ Considérant que les moyens dont TEmpire et l'Etat disposent par eux-mêmes, sont insuffisants pour atteindre dans leurs causes fondamentales les dangereuses tendances de la démocratie-socialiste, et que les racines de ce mal ne peuvent être détruites que par la religion de nouveau et plus profondément implantée dans le cœur du peuple allemand, et se développant avec une plus grande force vitale,
inviter le Conseil fédéral à faire en sorte, dans les limites de sa compétence, que partout soient écartées les entraves qui empêchent et gênent encore aujourd'hui les différentes communautés religieuses dans leur action libre et entière, — laquelle ne peut qu'avec cette liberté être féconde pour propager et développer la foi et la vie chrétiennes dans le peuple allemand.»
En même temps un autre membre du parti -Centre, M. le baron de Hertling présentait une proposition ainsi conçue:
«Plaise le Reichstag:
adopter le projet de loi concernant la prolongation de la durée de validité de la loi contre les tendances dangereuses do la démocratie-socialiste, dans la rédaction suivante:
La durée de validité de cette loi du 21 octobre 1878 est prolongée jusqu'au 30 septembre 1888.»
(C'est-à-dire que la dite loi serait prolongée de deux ans seulement au lieu de cinq.)
M. le ministre de rintérieur de Ptttkamer soutint le projet de loi. — 11 fit ressortir d'abord qn^on ne devait pas enlever an goavemement Tarme dont il avait besoin poar combattre les excès du socialisme, surtout an moment où dans un pays voisin, la Belgique, Tanarchie démocratique -socialiste attaquait ouvertement TEtat et la société, et menaçait, si elle n^était promptement réprimée, de porter la guerre sociale au-delà des frontières belges.
«Les journaux socialistes de Belgique — ajouta M. le ministre — ont pu exhorter impunément au vol et au pillage, et une grande partie des excès commis dans ce pays peut s* expliquer par Tabus du droit d^association et du droit de réunion. Si la Belgique possédait des garanties législatives qui permissent d'interdire les imprimés et les réunions socialistes, ces excès auraient été vraisemblablement prévenus.
«L'Eglise catholique, qui jouit de la plus grande liberté en Belgique, pays entièrement catholique, n^a pu réprimer cette explosion des passions les plus sauvages. — Il se manifeste d'ailleurs un déchaînement dangereux des forces élémentaires du peuple dans TEurope occidentale et même au-delà de l'Océan.
«L'Allemagne, grâce à sa forte monarchie, est un des plus solides remparts de la paix et de l'ordre social. Alors même que la durée de la loi contre les socialistes ne serait pas prolongée, la tranquillité matérielle du pays ne courrait encore aucun danger; le gouvernement a la volonté et le pouvoir de réprimer avec une extrême énergie le mouvement socialiste, fût-ce le plus léger, mais il s'agit de prévenir ce mouvement.»
En terminant, M. de Puttkamer fit appel aux sentiments que même les membres de la gauche avancée professent, à l'occasion, envers l'auguste chef de l'Etat: — «L'Empereur, dit-il, éprouverait, au soir de sa vie, une douleur des plus amères, si les représentants de la nation refusaient de protéger l'Allemagne contre de pareilles perturbations.»
M. Windthorst^ répliquant à M. le ministre de l'intérieur, commença par dire qu'il n'apercevait pas le rapport des événements de Belgique avec la situation actuelle en Allemagne. — 11 maintenait que l'instruction chrétienne est le véritable et le seul moyen de combattre les progrès du socialisme. Si le catholicisme, dans un État tout catholique comme la Belgique, semblait impuissant à contenir les progrès et à prévenir les excès du parti anarchiste, il ne fallait pas oublier que pondant longues années ce pays avait subi le gouvernement des libéraux et des francsmaçons. Ce qui se passait aujourd'hui, devait donc être considéré comme le fruit naturel du régime libéral, essentiellement démoralisateur etc.
Le chef du parti-Centre motiva ensuite et développa ses amendements. Que ces modifications dussent affaiblir la loi, il ne le contestait pas; mais, dans sa conviction, la loi ainsi amendée laissait encore an gouvernement «le degré de force préventive que l'on pouvait désirer».