‹ Les discours de M. le comte de Bismarck: avec sommaires et notesChapitre 98 sur 175 · RÉPLIQUE DU MINISTRE -PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

RÉPLIQUE DU MINISTRE -PRÉSIDENT

expresse da précédent oratear, n'avaient nallement renoncé an rétablissement de la Pologne, le ministre expliqua et justifia les mesares prises par le gouvernement; c'était, dit -il, une dérision de prétendre qu'on voulût procéder à l'extermination systématique du polonisme; de quoi s'agissait -il uniquement? de prendre des sûretés contre une agitation dangereuse. La masse d'éléments étrangers affluant dans les provincesfrontières y menaçait réellement la nationalité allemande; lutter contre cette invasion, ce n'était point faire acte d'inhumanité, mais simplement remplir le devoir de l'Etat allemand-prussien.

Relativement aux expulsions de Polonais étrangers, les dispositions qui avaient été prises reposaient sur des principes tout-à-fait humains, comme on pouvait s'en convaincre par la teneur même de ces dispositions; en outre la plus grande latitude était laissée sons ce rapport au président- supérieur de la province. Était-il besoin d'ajouter que jamais il n'avait été question d'aucune persécution à l'égard du catholicisme? Les avocats du polonisme ne parviendraient pas à égarer l'opinion publique en essayant ainsi de détourner le débat sur le terrain confessionneL

Pour terminer, le ministre exprima l'espérance qu'à côté des dispositions matérielles et occasionnelles, prises en ce moment, les mesures orgamsatrices qu'on avait en vue (c.-à-d. les lois qui devaient être prochainement présentées aux Chambres) atteindraient heureusement le but fixé par l'intérêt de l'Etat

Après une explication sommaire donnée par le ministre de la guerre relativement à la distribution des recrues polonaises, sur le pied d'un tant pour cent, dans les dififércnts régiments, — le ministre-président prit la parole pour répondre au discours que M. le député Windtharst avait prononcé dans la séance précédente. (*)

Le ministre -président prince de Bismarck:

Je me snis vu, hier, dans Timpossibilité de répondre à M. le député Windthorst, qui avait parlé après moi, — parce que Thonorable orateur se tournait, en parlant, d*nn autre côté; de là résulte, comme je Tai déjà fait observer plus d'une fois, qu'ici, où siègent les ministres, on perd plus de la moitié de ce qui se dit là-bas. Il m'a été impossible de suivre M. le député, et je le prie de voir là l'unique raison pour laquelle je ne l'ai pas écouté jusqu'à la fin. — J'ai dû me contenter de la sténographie incomplète que j'ai pu depuis avoir sur son discours; elle m'oifre sur quelques points le sujet d'une réplique, à laquelle j'eusse cependant

(') V, supra l'analyse de ce discours.

renoncé, si dans le nombre ne se trouvaient aussi des points qui m'obligent, vu ma position de ministre, à faire une rectification.

En premier lieu je relève ce fait que M. le député, au début de son discours, a manifesté un certain sentiment de surprise, et comme une impression nouvelle pour lui, quand il a dit qu'il se trouvait aujourd'hui, ici, sur la défensive; je prie d'en conclure, tellement il est accoutumé à Toffensive,

(Hilarité.)

que celle-ci est proprement son élément naturel, habituel.

(Exclamations au Centre.^

En y réfléchissant il trouvera aussi une réponse à la question posée dans le cours de ses observations: comment et pourquoi réellement il s'est attiré «ma colère» ('). Il ne se l'est nullement attirée; mais on demandera pourtant à quelqu'un, quand il est attaqué, de se défendre d'une manière ou d'une autre; et si je ne voulais venger que par le silence les attaques dont M. le député m'honore depuis quelques années, ce serait faire trop peu d'état de sa personne et de son importance.

(Hilarité à droite.)

Ainsi donc, M. le député se place habituellement sur le terrain de l'offensive, — contre moi naturellement. Ce qui le détourne pour le moment de parer également ici le coup par une riposte agressive, il l'a fait entendre jusqu'à un certain point en mentionnant notre Envoyé près la Curie romaine, M. de Schlôzer, ~ dont il ne voudrait pas troubler les négociations (^). Peut-être donc cette abstention de Toffen-

0) Zorn; c'est le terme que M. Windthorst avait employé.

C) M. Windthorst voulait rester sur la défensive — «dans an moment où ont lieu, dit- on, à Rome des négociations qui, suivant les circonstances, peuvent être troublées.»

Il ajoutait: *Je sais certainement, d'ailleurs, que cela ne durera pas longtemps, M. de Schlôzer ajant ordre do déclarer que notre attitude (celle du parti- Centre) rend un arrangement impossible.»

— Comme on voit, M. de Windthorst était plus mal informé sur ce chapitre qu^on n'aurait cru.

sivc, — offensive nullement provoquée, — n'est-elle pas encore et (railleurs tout-à-fait volontaire.

(Exclamations au Centime.)

M. l'orateur ensuite — et j'ai besoin de rectifier ceci —

a parlé de «tentatives sous maint (*) qui auraient été souvent

faîtes auprès de lui. Si elles ont été faites, je le prie d'être

convaincu que je n'étais d'aucune façon (^) mêlé à cette

opération.

(Hilarité à droite.)

J'ai beaucoup trop à faire pour me livrer jamais à des efforts infructueux comme le serait celui de convertir à mes idées M. le député. Je le tiens pour absolument intransigeant, pour cuirassé par le triple airain du guelfe . . . {Une voix: du polonais! — Vive hUanté,)

— alors, ce serait un quatrième airain, jusqu'ici il n'y en avait que trois — je voulais dire: du guelfe, du chef dans le Kulturkampf et de ses sympathies progressistes. D'après mon opinion, M. le député, s'il ne siégeait pas au Centre, n'appartiendrait nullement au parti conservateur, mais bien se rangerait du côté progressiste. Je me rappelle que déjà, lorsqu'il était ministre hanovrien, on le désignait comme le membre libéral du ministère.

(Âh! ah! au Centre!)

Je n'ai point ainsi l'intention de lui faire un reproche. Je dis seulement que cela me détourne de tenter auprès de lui un effort ayant aussi peu de chance de succès que les «tentatives sous maint auxquelles il a fait ici allusion; j'en suis tout-à-fait innocent; j'ai abandonné la partie.

{Hilarité à droite,)

0) «Lc8 tentatives faites sous xnaîn {stille) nVnt pas manqac auprès do moi, — j'en parlerai quelque jour.» [Discours de M, Windlhorst,)

Il s'entend que ces tentatives auraient été faites pour quUl se rapprochât du gouTorneroent, non pas sans lui offrir apparemment toiles ou telles satisfactions personnelles.

C) m kcinem Kausalnexus, littéralement: dans aucun rapport do cause à effet.

Dans le courant de son discours M. le député a dit encore:

cSi les Polonais voulaient obtenir par des voies illégales la satisfaction de leurs désirs de cœur, je serais le premier à les condamner et à les combattre sur ce terrain-là. t

— Ainsi, tout-à-fait comme les Guelfes, qui disent eux aussi ne vouloir obtenir Pautonomie du royaume de Hanovre que par les voies légales ('). Maintenant, M. le député se pose toujours, soit directement, soit indirectement, comme un spectateur impartial, sinon bienveillant, de cette tendance d'une forte fraction à amener la désagrégation légale de notre état constitutionnel,

(Exclamations,) la désagrégation légale que cet état éprouverait d'un côté ou de Pautre. On dit: cnous arriverons à nos fins par des moyens légaux, — au démembrement de provinces dans PEst ou au centre de PEmpire; mais nous ne ferons certainement aucun usage de la violence; nous nous efforcerons légalement. >

Messieurs, la possibilité de se mettre ainsi à Pécart, de s'abstenir absolument de condamner des efforts tendant au démembrement légal de PEmpire et de sa propre patrie, puis de prétendre néanmoins qu'on ne favorise pas ces ten-

(•) (/. Vol. XII des Dàcours^ p. 437. — «Je le demande à M. le député (polonais): le rétablissement de la Pologne n^est-il pas Tune des espérances idéales, ouvertement affichées, de ses compatriotes, et notamment de la fraction qui est ici représentée? II ne le contestera pas. Mais, dit-il, «nous ne voulons pas devoir ce rétablissement à la guerre, nous ne voulons Pobtenir que par la pression do Topinion publique.» Or, Messieurs, ceci est impossible; Tidéal dont j*ai parlé tout-à-Pheuro, c^està-dire l'arrachement de provinces à TEtat prussien n^est réalisable que par la guerre ou par un autre moyen également violent, la révolution. 11 n*y a de choix qu^entre les deux. Toute autre interprétation est inadmissible; à la pression do Topinion publique et à toute autre chose qu'on peut feindre encore, nul no saurait croire réellement. . . .»

— Sur les espérances analogues de restauration banovrienne, V. même volume, p. 414 et 521.

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