AGENTS DIPLOMATIQUES PRUSSIENS
ministres prussien. Veuillez en croire, je vous prie, mon témoignage si je vous dis que les affaires de la présidence du Conseil prussien absorbent le temps du Chancelier fédéral plus que les affaires fédérales; ainsi, c’est aux frais de la Confédération que l’État prussien est pourvu d’un ministre-président. Et il n’en sera guère autrement à l’avenir, Car nous avons souvent dit déjà que ces deux charges ne peuvent pas facilement se séparer. Les remettre à des mains différentes, ce dédoublement pourrait avoir des avantages, mais aussi une foule d’inconvénients, surtout dans la première période du développement fédéral.
Je crois donc que vous pouvez avoir toute tranquillité de conscience en ce qui concerne le droit de la Confédération à recevoir de la Prusse cet excédant de 5600 thalers, tant que l’organisation actuelle subsistera en Prusse, tant que la Confédération entretiendra pour la Prusse un ministère de l'extérieur et une présidence du Conseil des ministres, — et que, par suite, si vous reconnaissez ce droit à recevoir cet argent, vous n'avez pas de motif pour retrancher la somme de l’état des recettes. Ce sera au gouvernement prussien de défendre cette allocation dans le prochain Landtag.
Dans la suite du débat, le député Hammacher ayant prétendu qu'au dire du Chancelier fédéral, les dépenses prussiennes pour les légations auprès des autres Etats confédérés, étaient comprises dans les 30,000 thalers en question, — le comte de Bismarek fit la rectification suivante:
Je crois que M. le préopinant n’a pas suivi mon exposition avec l’attention qui eùt été désirable pour éviter une perte de temps.
Des légations, — vous en témoignerez tous, Messieurs, — je n'ai pas dit un mot.
S'il s'agissait des légations que la Prusse entretient sur le territoire fédéral, pour ces postes diplomatiques la contribution payée par la Prusse devrait être non plus de 5,600 thalers, mais — je cite de mémoire et à peu près — de 830 à 20 mille thalers.
Je n'ai parlé que de cette partie du travail de la Chan-
382 REICHSTAG. — Ière SESSION DE 1870.
cellerie fédérale qui est consacrée aux instructions que recoivent les envoyés spécialement prussiens, à la réception de leurs rapports, à la direction de ces mêmes agents dans l'intérêt de la Prusse. En outre aucun des orateurs n’a trouvé bon de rappeler que la Confédération pourvoit gratuitement la Prusse de deux ministres (1).
Quant à la crainte d’un conflit, je ne la partage nullement. Le Landtag prussien connaît assez bien la Constitution fédérale pour savoir que la législation fédérale a le pas sur celle des différents États confédérés, et que, si une loi fédérale établit que la Confédération à 30,000 thalers à recevoir de la Prusse, indubitablement elle les recevra.
Un autre orateur, le député Lasker, en se prononçant, aussi lui, contre les 30,000 thalers, était parti de là pour se livrer à des attaques personnelles contre le Chancelier fédéral, et avait dénaturé le sens de quelques-unes de ses paroles. — Le comte de Bismarck répliqua en ces termes:
Suivant son habitude, M. le préopinant, dans le vaste cadre qu'il a rempli de la discussion de cette petite affaire, a trouvé place pour un certain nombre de coups d'épingles contre ma personne. Je ne peux que lui renvoyer ces mots par lesquels il me répondait naguère: que ses arabesques oratoires font sur moi aussi peu d'impression que sur lui les miennes. Mais dans l'intérêt du public, dans l'intérêt du crédit que je désire pour mes paroles, dans l'intérêt de la vérité, je dois rectifier quelques-unes des assertions de M. le préopinant.
C'est vraiment un tort, suivant moi, que de prendre à l'égard des paroles dites par le représentant du gouvernement fédéral cette liberté de leur faire subir de petites — je ne dirai pas falsifications — mais exagérations, comme on le fait pour les paroles d’autres collègues, lesquelles n’ont pas autant de poids en Allemagne et à l'étranger. Je rap-
1 Le ministre président, — et le président de l'Office de la chancellerie fédérale (M. Delbruck), lequel a titre aujourd'hui de ministre prussien.