LA DÉCLARATION DE GUERRE DE LA FRANCE
Huitièmement, la réponse du Chancelier fédéral à la lettre de lord Loftus.
Comme cette réponse n’est pas connue de la Haute Assemblée, je me permettrai d'en donner lecture, et vous vous convaincrez par là, Messieurs, que l'Office des affaires étrangères de la Confédération de l'Allemagne du Nord n’a pas abandonné, même en ce dernier moment, la ligne de la modération et ne s’est pas départi de son attitude calme et pacifique (les agents diplomatiques d'Angleterre nous écrivent en anglais, et nous leur répondons en allemand):
Berlin, le 18 juillet 1870.
« La lettre que Votre Excellence a bien voulu «m'écrire, le 17 de ce mois, dans laquelle sont expri- «mées — la pensée que la Prusse et la France pour:- «raient demander les bons offices d'une puissance «amie pour le maintien de la paix, — et la dispo- «sition du gouvernement royal de la Grande-Bre- «tagne à faire, comme médiateur, les démarches qui «seraient désirées, — a été immédiatement portée «par moi à la connaissance de Sa Majesté le Roi. «J'ai reçu de Sa Majesté le Roi l’ordre de témoi- «gner à Votre Excellence avec quelle gratitude Il «reconnaît cet effort amical et humain pour pré- «server deux nations de la calamité d’une guerre «qui serait funeste à la prospérité de toute l’Eu- «rope, — et combien Son propre amour de la paix, «dont la sincérité est connue du gouvernement de «Sa Majesté la Reine de la Grande-Bretagne, Le «dispose toujours à ne repousser aucune négociation «ayant pour but d'assurer la paix sur une base «compatible avec l'honneur et le sentiment natio- «nal de l'Allemagne. Mais la possibilité d'ouvrir «une telle négociation ne saurait être acquise que «si l’on avait préalablement la certitude des bonnes «dispositions de la France à cet égard ....
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(Nous avons appris du dehors que la France a répondu par un refus à une semblable démarche tentée auprès d'elle; une communication à ce sujet nous cst faite du côté du gouvernement royal de la Grande-Bretagne.) .
«La France à pris l'initiative de la guerre et a «persisté à la vouloir, après que la première com- «plication, de l'avis même de l'Angleterre, était ma- «tériellement écartée. Une initiative que mainte- «nant nous prendrions, de notre côté, pour des né- «gociations, serait mal interprétée par le sentiment «national allemand que les menaces de la France «ont profondément blessé et surexcité.
«Notre force repose dans le sentiment national, «dans le sentiment que le peuple allemand a de son «droit et de son honneur, tandis que le gouverne- «ment français a montré qu'il n'avait pas besoin «au même degré, dans son propre pays, de cet «cappul.
« En exécutant ici l’ordre de Sa Majesté, et en «priant Votre Excellence de porter à la connais- «sance de Sa Majesté la Reine cette réponse de mon «auguste maitre, je profite de l’occasion pour re- «nouveler à Votre Excellence l'assurance de ma plus «haute considération. »
de Bismarck.
À Son Exec. lord Auguste Loftus, etc.
Viennent enfin: — d’abord le texte français de la déclaration de guerre, qui vous est déjà connue dans une traduction allemande; mais elle sera imprimée d’après l’original français pour être déposée aux archives du Reichstag; — puis la circulaire aux agents diplomatiques de la Confédération de l'Allemagne du Nord, ayant pour objet de leur exposer quelles causes ont donné naissance à la œuerre, et quelle a été notre attitude dans ce conflit. Cette circulaire se compose de deux parties: une toute nouvelle,
qui, en fait, forme maintenant la pièce capitale, et une autre dutéé d'il y a deux jours, mais qui par suite de la rapidité avec laquelle les choses se sont développées, «x déjà vicilli et n'est plus communiquée que comme pièce supplémentaire et historique, attendu qu’elle repose sur ectte base que la déclaration de guerre ne nous était pas encore parvenue. M. le Président m’accordera sans doute, aussitôt après la séance, l'entretien nécessaire pour arrêter cette rédaction (de ce qui doit être imprimé) et faire un triage parmi ces pièces qui, je dois m'en excuscr, sont encorc-uu peu en désordre. Messieurs les députés ne verront là qu'un fait assez naturel dans un moment où les travaux se pressent de telle sorte, jour ct nuit, que les employés ont peine à y suffire sans s'épuiscr.
À la fin de cette séance, le Chancelier fédéral comte de Bismarcek, en prononçant au nom du Roi la clôture de la session du Reichstag, fit la déclaration qui suit :
Les gouvernements confédérés croient répondre aux vœux et à la pensée du Reichstag, dans un moment si pressant où chacun de nous est appelé d'urgence en d’autres sphères par ses fonctions ou ses affaires privées, — en s'écartant des formes habituelles et en prononçant la clôture de la session dès aujourd’hui, dans la salle même des séances. J'ai donc l'honneur de communiquer à l’assemblée le message de la Haute Présidence.
(Le comte de Bismarck lit aux députés qui se sont levés le message de clôture.)
Je remets le très haut message à Monsieur le Président.
Après les paroles que Sa Majesté le Roi a par deux
fois adressées au Reichstag, il ne me siérait pas d'ajouter
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quoique ce füt à ces paroles royales, si Sa Majesté le Roi ne m'eüt expressément ordonné d'exprimer au Reichstag combien Il est touché et reconnaissant de la promptitude et de l’unanimité avec lesquelles vous êtes, de votre côté, venus en aide aux besoins de la patrie.
En remplissant ainsi la mission que j'ai reçue de Sa Majesté, — je déclare close au nom des gouvernements confédérés et sur l’ordre de la Haute Présidence, la session du Reichstag.
Tin DU SECOND VOLUME.