RETOUR
Pays natal je revois ton église.
Tes bois touffus, ton lac, tes monuments ; Combien je t'aime ô ma terre promise.
Après vingt ans d'exil et de tourments !
J'ai suivi tes routes silencieuses.
Pèlerin du rêve, étrange passant.
Emu, je vois tes ruines pieuses.
Témoins sans voix de nos amours d'antan.
74 LES DISQUES D'AIKAIN
Tes ruisseaux moirés d'astres et de nues, Passent soupirant près des verts abris, Procession' des âmes revenues Vers tes buissons enc'hantés et fleuris.
0 mon Dieu, pourquoi donner l'espérance, Le souvenir si durable aux humains, Quand sur l'autre plateau de la balance, Tu mis tant de rêves sans lendemains?
Tu remplis les bois d'un profond mystère Que percent à peine de rares chants, Jetant de même en l'âme solitaire, Un peu d'amour et de vastes néants.
LES DISQUES D'aIRAIN 75
Courbant sous son bagage dérisoire, L'homme incline son esprit hésitant, La fortune le trouve sans mémoire, Dang le malheur il se rappelle tant !
Insaisissable en' sa course effrénée.
Le bonheur jette, en se sauvant, ses dons; La fleur se fane aussitôt qu'elle est née, Tout passe : amers et las, seuls nous restons.
Contre le sort nous n'avons d'autres armes, Que les traits qu'on trempe dans la douleur, La poésie est toute dans les larmes, Se résigner est le tout du penseur.