A MONSIEUR DE MAUCROIX
10 février 1695.
Tu te trompes assurément, mon cher ami^ s'il est bien vrai, comme M. de Soissons' me l'a dit, que tu me croies plus malade d'esprit que de corps. Il me l'a dit pour tâcher dem'inspirer du courage, mais ce n'est pas de quoi je manque. Je t'assure que le meilleur de tes amis n'a plus à compter sur quinze jours de vie. Voilà deux mois que je ne sors point, si ce n'est pour aller un peu à l'Académie, afin que cela m'amuse. Hier, comme j'en revenais, il me prit, au milieu de la rue du Chanlre, une si grande faiblesse, que je crus véritablement mourir. 0 mon cher ! mourir n'est rien : mais songes-tu que je vais comparaître devant Dieu ? Tu sais comme j'ai vécu. Avant que tu reçoives ce billet, les portes de l'éternité seront peut-être ouvertes pour moi.