RÉPONSE DE MONSIEUR DE MAUCROIX
i4r février 1695.
Mon cher ami, la douleur que ta dernière lettre me cause est telle que tu te la dois imaginer. Mais en même temps jeté dirai que j'ai bien de la consolation des dispositions chrétiennes où je te vois. Mon très-cher, les plus justes ont besoin de la miséricorde de Dieu. Prends-y donc une entière confiance, et souviens-toi qu'il s'appelle le Père des
1 M. de Sillcry, évoque de Soissons.
miséricordes et le Dieu de toute consolation. Invoque-le de tout ton cœur. Qu'est-ce qu'une véritable contrition ne peut obtenir de cette bonté infinie ? Si Dieu te fait la grâce de te renvoyer la santé;, j'espère que tu viendras passer avec moi les restes de ta vie, et souvent nous parlerons ensemble des miséricordes de Dieu. Cependant, si tu n'as pas la force de m'écrire, prie Monsieur Racine de me rendre cet office de charité, le plus grand qu'il me puisse jamais rendre.
AdieU; mon bon, mon ancien et mon véritable ami. Que Dieu, par sa très grande bonté, prenne soin de la santé de ton corps, et celle de ton âme !
DE MADEMOISELLE DE L'ENCLOS, A MoivsiEUR DE Saint-Evuemond.
J'ai su que vous souhaitiez La Fontaine en Angleterre : on n'en jouit guères à Paris ; sa tête est bien affaiblie. C'est le destin des poètes. Le Tasse et Lucrèce l'ont éprouvé. Je doute qu'il y ait du Philtre amoureux pour La Fontaine ; il n'a guères aimé de Femmes qui en eussent pu faire la
dépense.
OEuvres de Saint-Evremond. t. v. p. iW.
DE SAINT-EVREMOND, A Madame la duchesse Mazarin.
Je vous supplie. Madame, de témoigner à Madame de Bouillon, qu'on ne peut pas être plus sensible que je suis à l'honneur qu'elle me fait de se souvenir de moi. Je ne plains pas beaucoup La Fontaine' de l'état où il est, craignant qu'on ait à me plaindre de celui où je suis. A son âge et au mien on ne doit pas s'étonner qu'on perde la raison, mais qu'on la conserve. Sa conservation n'est pas un grand avantage : c'est un obstacle au repos des vieilles gens ; une opposition aux plaisirs des jeunes personnes. La Fontaine ne se trouve point dans l'embarras qu'elle fait donner, et peut-être en est-il plus heureux. Le mal n'est pas d être fou, c'est d'avoir si peu de temps à l'être.
OEuvres de Saint-Evremond, t. v. p. 247.
La Fontaine n'est plus. Il n'est plus et avec lui ont disparu les jeux badins, les ris folâtres, les grâces naïves et les douces muses. Pleurez, vous tous qui avez reçu du ciel un cœur et un esprit capables de sentir tous les charmes d'une poésie élégante, naturelle et sans apprêt ; il n'est plus, cet homme à qui il a été donné de rendre la négligence même de l'art préférable à son poli le plus brillant.