PRÉFACE
La Fontaine Jean, né à Château-Thierry en 1621.
« Le plus simple des hommes, mais admirable dans « son genre, quoique négligé et inégal. Il fut le seul des « grands hommes de son temps qui n'eut point de part M aux bienfaits de Louis XIV. » (Siècle de Louis XIV, Voltaire).
Il avait une sœur mariée à M. de Villemonlrée, et un frère, Claude de la Fontaine, oratorien, à qui depuis la mort de leur père il servait une rente de iioo livres. Il fut marié en 1647, ^ 1 âge de a6 ans ; sa femme, Marie Héricart, avait 16 ans.
La Fontaine nous apprend sa séparation avec sa femme, dans la lettre à son oncle Jannart.
1" février 1650. — Notre séparation peut avoir fait quelque bruit à la Ferté. Mais elle n'en a pas fait beaucoup à Château- Thierry.
Jannart était substitut de Fouquet, c'est par lui qu'il connut le surintendant.
La Fontaine lui avait dédié son poème Adonis.
« Par toi je me promets un éternel renom :
« Mes vers ne mourront point, assistés de ton nom »
Fouquet servait une pension de mille livres à La Fontaine, sous condition de donner une pièce de vers à chaque quartier de l'année. La première de ces redevances est à la date de 1659.
Parmi les pièces envoyées à Fouquet se trouvent :
— La Relation de l'Entrée de la Heine dans Paris, 1660.
— L'Ode sur le Mariage de Monsieur, frère du Boi, avec Henriette-Anne d' Angleterre, 3i mai 1661.
— Dans une lettre à son ami Maucroix, se trouve le récit de la fête donnée à Vaux le 32 août 1661.
« Je ne t'entretiendrai pour ce coup-ci que de ce qui
regarde M. le Surintendant : non pas que je m'engage à renvoyer des relations de tout ce qui lui arrivera de remarquable : l'entreprise serait trop grande ... Je ne te conterai donc que ce qui s'est passé à Vaux le 17 de ce mois. Le Roi, la Reine- Mère, Monsieur, Madame, quantité de princes et seigneurs s'y trouvaient, il y eut un souper magnifique, une excellente comédie, un ballet fort divertissant, etc. . . .
. . . Tout cela fait place à la comédie dont le sujet est un homme arrêté par toutes sortes de gens, sur le point d'aller à une assignation amoureuse. » (Les Fâcheux).
Fouquet fut arrêté le 5 septembre 1661 par l'ordre du Roi en la ville de Nantes.
— Dans l'Epître adressée au duc de Bouillon, 1662.
« L'ennui me vient de mille endroits divers, « Du parlement, des aides, de la Chambre, « Du lieu fameux par le sept de septembre ».
Une note de La Fontaine dit :
« C'est le jour où M. Fouquet fut arrêté. •»
PREFACR VII
Toutes les relations nous donnent la date du 5 septembre.
— Y aurait il donc eu une seconde arrestation ?
Fouquet dans les pièces produites lors de son procès nous dit :
« Je fus arrêté le cinquième septembre à Nantes, où était le « Roi, les ordres étaient signés trois ou quatre jours aupara- « vaut, et toutes les mesures prises pour ce dessein. {Recueil des défenses de M. Fouqiiel, t. vi, p. 6).
Voltaire, dans son Siècle de Louis XIV, raconte :
<' Quelques mois après la mort de Mazarin, il arriva un événement qui n'a point d'exemple, et ce qui est non moins étrange, c'est que les historiens l'ont ignoré. On envoya dans le plus grand secret, au château de l'ile Ste-Marguerite, dans la mer de Provence, un prisonnier inconnu, d'une taille audessus de l'ordinaire, jeune et de la figure la plus belle et la plus noble. Ce prisonnier, dans la route, portait un masque dont la mentonnière avait des ressorts d'acier, qui lui laissaient la liberté de manger avec le masque sur le visage. On avait ordre de le tuer s'il se découvrait. Il resta dans l'ile jusqu'à ce qu'un officier de confiance, nommé Saint-Mars, gouverneur de Pignerol, ayant été fait gouverneur de la Bastille, l'an 1698, l'alla prendre à l'île Ste-Marguerite, et le conduisit à la Bastille toujours masqué. Le marquis de Louvois alla le voir dans cette ile avant la translation, et lui parla debout et avec une considération qui tenait du respect. Cet inconnu fut mené à la Bastille, où il fut logé aussi bien qu'on peut l'être dans ce château. On ne lui refusait rien de ce qu'il demandait. Son plus grand goût était pour le linge d'une finesse extraordinaire et pour les dentelles. Il jouait de la guitare. On lui faisait la
plus grande chère, elle gouverneur s'asseyait rarement devant lui. Un vieux médecin de la Bastille, qui avait souvent traité cet homme singulier dans ses maladies, a dit qu'il n'avait jamais vu son visage, quoiqu'il eût souvent examiné sa langue et le reste de son corps. 11 était admirablement bien fait, disait ce médecin : sa peau était un peu brune : il intéressait par le seul ton de sa voix, ne se plaignait jamais de son état, et ne laissait point entrevoir ce qu'il pouvait être. »
Cet inconnu mourut en 1708, et fut enterré la nuit à la paroisse de Saint-Paul. Ce qui redouble l'étoiinement, c'est que lorsqu'on l'envoya dans l'île de Sainte-Marguerite, il ne disparut dans l'Europe aucun homme considérable. Ce prisonnier l'était sans doute, car voici ce qui arriva les premiers jours qu'il était dans l'ile. Le gouverneur mettait lui-même les plats sur la table, et ensuite se retirait après l'avoir enfermé. Un jour le prisonnier écrivit avec un couteau sur une assiette d'argent, et jeta l'assiette par la fenêtre, vers un bateau qui était au rivage, presque au pied de la tour. Un pêcheur, à qui ce bateau appartenait, ramassa l'assiette, et la rapporta au gouverneur. Celui-ci étonné demanda au pêcheur. « Avezvous lu ce qui est écrit sur cette assiette, et quelqu'un l'a-t-il vu entre vos mains ? Je ne sais pas lire, répondit le pêcheur. Je viens de la trouver, personne ne l'a vu ». Ce paysan fut retenu jusqu'à ce que le gouverneur fût bien informé qu'il n'avait jamais lu, et que l'assiette n'avait été vue de personne. « Allez, lui dit-il, vous êtes bien heureux de ne pas savoir lire. » Parmi les personnes qui ont eu une connaissance immédiate de ce fait, il y en a une très digne de foi qui vit encore. M de ChamiUart fut le dernier ministre qui eut cet étrange secret. Le second maréchal de la Feuillade, son gendre, m'a dit qu'à la mort de son beau-père, il le conjura à genoux de lui apprendre ce que c'était que cet homme, qu'on ne connut jamais que sous le nom de l'homme au masque de fer.