RELATION
DE l'entrée
DE Ll REINE DANS PARIS'.
a monseio'eur le surintendaint, Monseigneur,
Comme je serai bientôt votre redevable, j'ai cru que la aagnificence de ces jours passés était une occasion de Q'acquitter, et que je ne pouvais rien faire de mieux que le vous entretenir d'une si agréable matière. Je vous dirai
* {Œuvres Poslhumes).
donc que l'Enlrée' ne se passa point sans moi, que j'y eut ma place aussi Ijien que beaucoup d'autres provinciaux, et que ce monde de regardants est une des choses qui me parut la plus belle en cette action.
De toutes paris on y vit
Une nombreuse affluence,
Et je crois quelle se fît
Aux yeux de toute la France.
Ce jour-là le Soleil fut assez matineux, Mais pour mieux laisser voir ce pompeux équipage
Il tempéra son éclat lumineux,
En quoi je tiens qu'il fut sage ;
Car quand il eut eu des habits
Tout parsemés de Rubis, Et couverts des Trésors du Pactole et du Tage Qu'il eût paru plus beau qu'il n'est au plus beau jour ; Le moins brillant des seigneurs de la Cour
Eût brillé cent fois davantage.
La Cour ne se mit pas seule sur le bon bout, Et le luxe passa jusqu'à la Bourgeoisie. Chacun fit de son mieux, ce n'était qu'or partout,
Vous n'avez vu de votre vie
Une si belle Infanterie.
On eut dit qu'ils sortaient tous de chez le Baigneur.
Imaginez-vous, Monseigneur,
Dix mille hommes en broderie.
Ce fut un bel objet que Messieurs du Conseil. Aussi leurs Majestés s'en tiennent honorées. On n'en peut trop louer le pompeux appareil,
Leur Troupe était des mieux parées.
1 Le a6 août 1600.
Tout le monde admira leurs supeibes atours,
Leurs cordons d'or, leurs housses de velours,
Et leurs différentes livrées.
Leur Chef vêtu de brocard d'or
Depuis les pieds jusqu'à la tête.
Ce jour-là parut un Médor,
Et un des beaux de la Fête.
Je ne puis assez dignement
Louer le riche accoulrenieul
Qui le para cette journée.
Ni du Coffret des Sceaux que portait fièrement
La Chancelière' Haquenée,
Nommée ainsi très justement
De vouloir ainsi peindre les trois Cours souveraines
Et leur auguste Majesté, Ma Muse n'y perdrait que son temps et ses peines C'est un sujet trop peu limité.
Messieurs de Ville eurent en vérité Bonne part de l'honneur en cette illustre fête.
Je trouvai surtout bien monté
Celui qui marchait à la tète.
Il n'est pas jusqu'à Rocollet
Qui ne fut sur sa bonne mine.
Son cheval qui n'était pas laid,
Et semblait de taille assez fine,
Lui secouait un peu l'échiné.
Et pensa mettre en désarroi
Ce brave serviteur du Roi.
Si je m'étais trouvé plus près
Des harangueurs et des harangues,
* A cause que celle Haqueiiée tomba.
Vous auriez en vers quelques traits De ce qu'on dit ces doctes langues.
Sans mentir j'ai beaucoup perdu De n'en avoir rien entendu ; Car en fait de magnificence, Les compliments sur les habits L'ont emporté comme je pense ; Mais tout cela n'est rien au prix Des Mulets de Son Eminence.
Leur attirail doit avoir coulé cher ; Ils se suivaient en file ainsi que Patenôtres, On en voyait d'abord vingt et quatre marcher, Puis autres vingt et quatre, et puis vingt et quatre autres. Les housses des premiers étaient d'un fort grand prix. Les secondes les passaient, passez par les troisièmes. Mais ceux-ci n'ont, à mon avis, Rien laissé pour les quatrièmes.
Monsieur le Cardinal l'entend en bonne foi. Car après ces Mulets marchaient quinze Attelages, Puis sa Maison, et puis ses Pages, Se Panadant en bel arroi.
Montés sur Chevaux aussi sages Que pas un d'eux comme je crois.
Figurez-vous que dans la France Il n'en est pas de plus haut prix, Que l'un bondit, que l'autre danse.
Et que cela n'est rien au prix Des Mulets de Son Eminence.
Bientôt après les seigneurs de la Cour, Propres, dorés, et beaux comme des Anges,
Ou comme le Dieu d'Amour,
Attirèrent nos louanges.
J'entends le Dieu d'Amour quand il tient du Dieu Mars, Et qu'il marclie tout fier du pouvoir de ses dards. Car ces seigneurs qui sont près d'une belle
Aussi doux que des moutons,
Sont pires que de vrais lions
Quand ils ont une querelle,
Ou que le bruit des canons
Leur échautîe la cervelle,
En habits sous l'or tout cachés,
En chevaux bien enliarnaciiés.
Us avaient fait grosse dépense,
Et quant à moi je fus surpris
De voir une telle abondance
Et neslimai plus rien au prix
Des Mulets de Son Eminence.
Incontinent on vit passer.
Des légions de Mousquetaires.
C'est un bel endroit à tracer, Mais sans que je m'attire un tel nombre d'atîaires, Leur Maître n'a que trop de quoi m'embarrasser.
Vous le voyez quelquefois, Croyez-vous que le monde ait eu beaucoup de Rois, Ou de taille aussi belle, ou de mine aussi bonne ? Ce n'est pas mon avis, et lorsque je le vois Je crois voir la Grandeur elle-même en personne.
Gomme jadis le Monarque des Gieux
Dans le Giel fit son Entrée, Après avoir puni l'orgueil audacieux
Des suppôts de Briarée^ ;
• Briarée, géant mythologique fils du Ciel et de la Terre qui avait 5o tètes et loo bras.
Il fut précipite dans la mer par Neptune et enchaîné sous l'Etna par Jupiter en punition de sa révolte.
Ou bien comme Apollon des traits de son carquois Ayant du fier Pyttion' percé l'énorme masse, Triompha sur le Parnasse Ou comme Mars entra pour la première fois
Dans la Capitale de Thrace, Ainsi je crois voir encor le Prince qui passe Et vous pouvez choisir de ces trois-là Celui qui vous plaira :
Mais comment de ces vers sortir à mon honneur ? Ceci de plus en plus m'embarrasse et m'empêche, Et de fièvre en chaud mal, me voici, Monseigniur,
Enfin tombé sur la calèche.
On dit qu'elle était d'or, et semblait dor massif,
Et qu'il s'en fait peu de pareilles ; Mais je ne la pus voir, tant j'étais attentif
A regarder d'autres merveilles.
Ces merveilles étaient de fort beaux cheveux blonds, Une vive blancheur, les plus beaux yeux de monde,
Et d'autres appas sans seconds
D'une personne sans seconde.
Qu'on ne me demande pas
Qui c'était que la personne
En qui logeaient tant d'appas,
La question serait bonne.
Tant d'agrément, tant de beauté.
Tant de douceur, et tant de majesté,
Tant de grâces si naturelles.
Où l'on trouverait de quoi
Faire un million de belles,
Ne peuvent en bonne foi
■ Python, serpent monstrueux tué sur le Parnasse par Apollon, qu fond-i les jeux Pythiques en souvenir de sa victoire.
Se trouver quen la Merveille Sans égale, et sans pareille, Qui donne aux autres la loi, Et qui dort avec le Roi,
EPITUE.
A M-=FOUQUET
Sur la jfAissANCE de son dekmer fils a Fontainebleau.
Vous avez fait des poupons le héros,
Et l'avez fait sur un très-bon modèle.
Il tient déjà mille menus propos ;
Sans se méprendre il rit à la plus belle
(Test, ce dit-on, la meilleure cervelle
De nourrisson qui soit sous le soleil :
Pour bien téter il n'a pas son pareil -,
Il fait en tout son jugement paraître.
Quelqu'un m'a dit qu'il sera du conseil
(Sans y manquer; du dauphin qui va naître.
Or vous voilà mère de trois Amours ;
Dieu soit loué ! La reine de Cythère
N en a qu'un seul, qu'elle montre toujours,
Et cet enfant ne va pas sans sa mère :
A se conduire il n'a pas peu d'affaire,
Etant privé de la clarté des cieux.
Mais vos trois fils ont chacun deux beaux yeux,
Deux magasins de lumière et de flamme,
Deux vrais soleils dont l'éclat radieux
Eblouira quelque jour plus d'une âme.
De VOS aines d'autres gens ont écrit ; De ce cadet je dirai quelque ciiose.
C'est un enfant tout sens et tout esprit : D'un feu de joie au Parnasse il est cause ; A le louer déjà l'on se dispose.
Son nom, chanté par cent auteurs divers. Sera bientôt le sujet de nos veis.
Et remplira, selon son horoscope, Tous les échos qui sont dans l'univers : Pour un tel nom trop petite est l'Europe.
J'ai de mon dire Apollon pour j:arant.
Voici de plus ce qu'ajoute Uranie :
« Notre petit doit un jour être grand ; C'est Jupiter qui réglera sa vie :
Il lui promet des biens dignes denvie, De hauts emplois, des honneurs à foison ; Et cet enfant est né dans sa maison', Ce qui présage une grandeur suprême. »
Vous voyez bien que ma muse a raison ; Car Jupiter et Louis c'est le même.
Dans l'horoscope il est encore parlé Des qualités nobles, grandes, et belles, Par qui sera cet enfant signalé, Et dont il a déjà des étincelles.
Je crois qu'en lui la raison a des ailes. Comme son père il aimera l'honneur ; Il logera quelque jour dans son cœur De rares dons une troupe infinie :
Ce me serait un insigne bonheur Si je logeais en telle compagnie.
1 Fontainebleau où était le Roi.
LES DISTRACTIONS D!: I.A lOMAINE 51
A M. FOLQLt:!.