‹ Les distractions de La FontaineChapitre 34 sur 109 · MONSIEUR, FRÈRE UMQUE DU ROI, AVEC · texte numérisé non relu

MONSIEUR, FRÈRE UMQUE DU ROI, AVEC

HENRIETTE-ANNE D'ANGLETERRE, LE 3i MARS 1661.

MONSEIGNIÎUR.

L zèle que vous avez pour toute la maison royale me fait espérer que ce terme-ci vous sera plus agréable que pas un autre, et que vous lui accorderez la protection qu'il vous demande.

Avec ce passeport, qui n'a jamais été violé, il vous ira trouver sans rien craindre. J'y loue la merveille que nous ont donné les Anglais. Encore que sa naissance vienne des dieux, ce n'est pas ce qui fait son plus grand mérite; mille autres qualités, toutes excellentes, font qu'elle est l'ornement aussi bien que l'admiration de notre Cour. C'est ce qu'on peut dire de plus à l'avantage de cette princesse, car notre Cour est telle à présent, que son approbation serait même glorieuse à Ja mnci des Grâces. L'entreprise de louer dans le même ouvrage le digne frère de notre monarque, était infiniment au-dessus de moi. Cependantce n'était pas encore assez faire; il fallait, Monseigneur, vous dire aussi quelque chose touchant la grossesse de la Reine. Je serais coupable si je me taisais^ tandis que chacun raisonne sur la qualité du présent qu'elle nous fera. Il sera beau, l'on n'en doute point ; mais que ce doive être un dieu ou une déesse, c'est ce qui n'est point encore tout à fait certain. Quoi que ce puisse être, on s'en réjouit dans l'Olympe, malgré tous les sujets d'envie qu'on peut y

avoir. Ces nouvelles diviniiés pourraient bien ravir aux autres leurs temples. Je ne parle pas de ceux que nous avons bàlis dans nos cœurs à Leurs Majestés, qui ne sauraient, avec toute leur puissance, nous rien donner dci plus parfait qu'elles. Je ne pouvais. Monseigneur, vous eiitretenir de sujets qui méritassent mieux d'interrompre vos occupations et vos soins. La grossesse de la Reine est l'attente de tout le monde.

On a déjà consulté les astres bur ce sujet.

Quant à moi, sans être devin,

J 'ose gager que d'un dauphin

JNous verrons dans peu la naissance :

Thérèse, accomplissant le repos de la France, Y fera, je m'assure, oncor celte façon.

Ce qui confirme mon soupçon, C'est la faveur des dieux, qui sert notre monarque Comme il mérite, et qui ne put jamais

Lui l'efuser aucune marque Du respect que le sort a pour tous ses souhaits.

La conjecture que je fais

N'est pas, seigneur, fort difficile ; Car sans vous étaler d'un discours inutile

Toutes les raisons que j'en ai,

Nous avons un roi trop habile Pour ne pas réussir en tous ces coups d'essai.

A peine il commença ses premiers exercices, Qu'il se fd admirer des héros de la cour ; Puis, d'un cœur ennemi de ces molles délices Qui loin du champ de Mars ont choisi leur séjour, Il sortit des bras de l'Amour,

Fit trembler cent cités, porta partout la guerre; Maint rempart fut ouvert, maint escadron rompu :

Les Flamands, s'ils eussent pu,

Se fussent cachés sous terre.

Tel on voit un jeune lion

Courir à sa première proie.

La Flandre allait souffrir plus de maux quilion ' : Ses peuples ignoraient l'usage de la joie ; Louis eût renversé le reste de leurs tours ;

Si la fille du prince ibère

N'eût interposé les amours,

Qui firent plus en quatre jours

Qu'aucun plénipotentiaire,

Par son travail et ses discours,

En quatre mois n'aurait su faire.

Que si notre monarque aux tournois de Bellone

Se fit dès lors renommei\

N'a-t il pas mieux fait que\)ersonne

Son apprentissage d'aimer ?

Pour l'objet qui l'a su charmer.

N'a-t-il pas cédé des conquêtes.

Refusé des trésors, méprisé des Etats, Et préféré Thérèse aux palmes toutes prêtes Que le sort promettait aux efforts de son bras ?

Mais comment s'est-il pris tout d'un coup aux affaires ? Quel roi mieux que le nôtre entend le cabinet .^ Peut-on développer d'un jugement plus net

Tant de conseils si nécessaires ?

Les soins de son Etat ne le lassent jamais ;

' Un des noms de Troie.

Et dans les travaux de la paix

Il agit encore en Hercule.

Un autre eût tout perdu quand nous perdîmes Jule' Mais de qu-^îl changement est suivi son trépas ? Louis ne l'ayant plus, sait régir ses provinces :

La machine de nos Etats,

Qui sans reHort de cet Atlas

Eût fait succomber d'autres princes, Ne pèse point au nôtre, et non plus que les cieux N'a besoin pour support que du maître des dieux.

Tous ses commencements ayant été si beaux, Celui de son hymen nous promet des miracles : J'en attends un dauphin, dont les exploits nouveaux Ne pourront rencontrer d assez puissants obtacles.

La victoire en tout lieu le doit accompagner, Sans qu'il se fasse craindre on le verra régner :

C'est bien le mieux, qui le sait faire. Les peuples les plus fiers sous un joug volontaire

Se verront d'eux-mêmes soumis.

Aux dépens de ses ennemis

Son Etat un jour doit s'accroître.

Il aura les dieux pour amis,

Il aura son père pour maître.

Thérèse, le portant avec un soin si tendre, L'ornera de vertus, et de dons inouïs : Jugez quel il doit être, et ce qu'on peut attendre D'un chef-d'œuvre formé par elle, et par Louis De sa mère, il tiendra douceur et les charmes ; Et de son père, l'art de dompter par les armes

^ Le q mars 1661.

Ceux qui résisteront à toutes ses bontés.

Il sera conquérant en diverses manières ;

Et son empire un jour n'aura plus de frontières,

Non pas même les cœurs des plus fières beautés.

Celle dont nous venons de chanter l'hymcnée, Ne peut qu'elle ne rende un tel œuvre accompli : De bien moins de fleurons sa tète est couronnée, Que son cœur de vertus ne se montre lempli. Les grâces, les beautés qui reluisent en elle Ne font que la moitié d'un tout si précieux : Son esprit est divin, son âme est toute belle : Thérèse est un chef-d œuvre achevé par les cieux.

Je me croyais sorti d'une haute entreprise. Et mon chant me semblait ne pouvoir mieux finir : Anne', par ses bontés dont mon âme est éprise, S'est encor présentée à mon ressouvenir.

Notre dauphin en doit tenir Les mêmes dons, mais dans une autre manière : La sagesse aux conseils, l'esprit plein de lumière, La fermeté que l'on trouve aux héros,

Et la constance dans les maux.

Mais, quoi ! de Texercer il n'est plus de matière.

Vous dépeindre Anne toute entière, C'est pour ma muse un trop hardi projet :

Si vous regardez mon sujet,

Que dirai-je d'assez sublime ?

Que ne dirai-je point, si je suis mon devoir ? Dieux ! qu'on est empêché, quand il faut qu'on exprime

Ce qu'on ne saurait concevoir !

' Anne d'Autriche.

Dispensez-moi de celte peine ; Vous savez, Monseigneur, quelle est Anne et Louis. Vous voyez tous les jours notre nouvelle Reine :

Si vos yeux n'en sont éblouis, Je les tiens bons ; ils le sont, et personne

N'en a douté jusques ici :

Puissent-ils dans vingt ans veiller pour la couronne 1 Je ne vous plaindrai pas d'avoir un tel souci.

Voilà, Monseigneur^ ce que je pense sur ce sujet. J'ai corrigé les derniers vers que vous avez lus, et qui ont eu l'honneur de vous plaire : j'espère que vous les trouverez en meilleur état qu'ils n'étaient. Entre autres fautes, j'y avais mis un deux pour un trois, ce qui est la plus grande rêverie dont un nourrisson du Parnasse se put aviser ; la bévue ne vient que de là : car je prends trop d'intérêt en tout ce qui regarde votre famille, pour ne pas savoir de combien d'Amours et de Grâces elle est composée. Je me rétracterai plus amplement à la première occasion ; etj cependant je serai toujours. Monseigneur,... etc.

ODE

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