‹ Les distractions de La FontaineChapitre 36 sur 109 · PROLOGUE DE LA COMÉDIE DES FACHEUX OEuvres de Pellisson}, t. l · texte numérisé non relu

PROLOGUE DE LA COMÉDIE DES FACHEUX OEuvres de Pellisson}, t. l

La comédie des Fâcheux fut composée par Molière au mois d'août 1661, pour le divertissement de Louis XIV et à l'occasion de la Fête que lui donnait le Surintendant Fouquet dans sa belle maison de Vaux.

Dès que la toile fut levée, Molière parut sur le Théâtre en habit de ville, et s'adressant au Roy d'un air surpris, il fit des excuses sur ce qu'il manquait de temps et d'Acteur, pour donner à S. M. le divertissement qu'elle semblait attendre. En même temps, au milieu de vingt jets d'eau naturels s'ouvrit une coquille admirable, et la Naïade qu'elle renfermait s'étant avancée sur le Théâtre prononça d'un ton héroïque ces vers qui servent de prologue.

Pour voir en ces beaux lieux le [)lus grand Roy du monde. Mortels, je viens à vous de ma grotte p^ofonde^

' Fleuve des Enfers.

^ Pellisson fut arrêté avec Fouquet et enfermé à la Bastille d'où il ne sortit qu'au bout de quatre ans.

Faut-il en sa faveur que la terre, ou que l'eau

Produisent à vos yeux un spectacle nouveau ?

Qu'il parle, ou qu'il souhaite : il nest rien d'impossible,

Lui-même n'est-il pas un miracle visible ?

Son règne si fertile en miracles divers

N'en demande-t-il pas à tout cet Univers ?

Jeune, victorieux, sage, vaillant, auguste,

Aussi doux que sévère, aussi puissant que juste :

Régler et ses Etals, et ses propres désirs,

Joindre aux nobles travaux les plus nobles plaisirs

En ces justes projets jamais ne se méprendre ;

Agir incessamment, tout voir et tout entendre ;

Qui peut cela, peut tout, il n'a qu'à tout oser,

Et le Ciel à ses vœux ne peut rien refuser,

Ces termes marcheront, et si Louis l'ordonne ;

Ces arbres parleront mieux que ceux de Dodone*.

Hôtesses de leurs troncs, mouidres divinités,

C'est Louis qui le veut ; sortez Nymphes, sortez.

Je vous montre l'exemple -. il s'agit de lui plaire.

Quittez pour quelque temps votre forme ordinaire,

Et paraissons- ensemble aux yeux des spectateurs,

Pour ce nouveau Théâtre autant de vrais Acteurs.

Vous, soins de ses sujets, sa plus charmante étude,

Héroïque souci, royale inquiétude !

Laissez-le respirer, et souffrez qu'un moment

Son grand cœur s'abandonne au divertissement.

Vous le verrez demain d'une force nouvelle,

Sous le fardeau public où votre voix l'appelle,

' Dodone ancienne ville d'Epire ; elle avait un temple de Jupiter près d'une forêt de chênes qui reudaicut des oracles.

' Plusieurs dryades accompagnées de Faunes et de Satyres sortent des arbres et des termes.

P'aii-e obéir les lois, partager les bicnfails,

Par ses propres conseils prévenir nos souhaits.

Maintenir l'Univers dans une paix profonde,

Et s'ôler le repos pour le donner au monde,

Qu'aujourd'hui tout lui plaise, et semble consent'r

A l'unique dessein de le bien divertir

1 âcheux, retirez-vous, ou, s'il faut qu'il vous voie.

Que ce soit seulement pour exciter sa joie.

Page 1