‹ Les distractions de La FontaineChapitre 40 sur 109 · ODE A U ROI · texte numérisé non relu

ODE A U ROI

POUR M. FOUQUET

I^rince qui fais nos destinées.

Digne monarque des Français, Qui du Rhin jusqu'aux Pyrénées Portes la crainte de tes lois, Si le repentir de l'offense Sert aux coupables de défense, Près d'un couiage généreux, Permets qu'Apollon t'importune, Non pour les biens de la fortune.

Mais pour les jours d'un malheureux.

Ce triste objet de ta colère N"a-t-il point encore effacé Ce qui jadis t'a pu déplaire Aux emplois oîi tu l'as placé ?

Depuis le moment qu'il soupire, Deux fois l'hiver en ton Empire A ramené les aquilons ; Et nos climats ont vu l'année Deux fois de pampre couronnée Enrichir coteaux et vallons.

Oronle seul, la créature, Languit dans un profond ennui ; Et les bienfaits de la nature Ne se répandent plus pour lui.

Tu peux d'un éclat de ta foudre, Achever de le mettre en poudre :

Mais si les dieux à ton pouvoir Aucunes bornes n'ont prescrites.

Moins ta grandeur a de limites, Plus ton courroux en doit avoir.

Réserve-le pour des rebelles :

Ou, si ton peuple t'est soumis, Fais en voler les étincelles Chez tesvsuperbes ennemis.

Déjà Vienne est irritée De ta gloire aux astres montée ; Ses monarques en sont jaloux :

Et Rome trouve une carrière Où ton cœur trouvera matière D'exercer ce noble courroux I

Va-t'en punir l'orgueil du Tibre ; Qu'il te souvienne que ses lois N'ont jadis rien laissé de libre Que le courage des Gaulois ; Mais parmi nous sois débonnaire :

A cet empire si sévère Tu ne te peux accoutumer.

Et ce serait trop te contraindre, Les étrangers te doivent craindre ; Tes sujets te veulent aimer.

L'amour est fils de la clémence ;

La clémence est (iile des dieux :

Sans elle toute leur puissance

Ne serait qu un lilre odieux.

Parmi les fruits de la victoire,

César, environné de gloire,

N'en trouva point dont la douceur

A celui-ci put être égale ;

Non pas même aux champs où Pharsale'

L'honora du nom de vainqueur.

Je ne veux pas te mettre en compte

Le zèle ardent ni les travaux

En quoi tu te souviens qu'Oronte

Ne cédait point à ses rivaux.

Sa passion pour ta personne,

l'our ta grandeur, pour ta couronne.

Quand le hcsoin s'est vu pressant,

A toujours été remarquable ;

Mais, si tu crois qu il est coupable,

Il ne veut pas être innocent.

Laisse-lui donc pour toute grâce Un bien qui ne lui peut durer.

Après avoir perdu la place Que ton cœur lui fit espérer.

Accorde-nous les faibles restes De ses jours Iristes et funestes.

Jours qui se passent en soupirs.

Ainsi les tiens filés de soie Puissent se voir comblés de joie, Même au-delà de tes désirs !

' Ville aiiciciuic do la Thessalie, César y viiiiiquit Pompée l'an hS avant Jésus-Christ.

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