‹ Les distractions de La FontaineChapitre 52 sur 109 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Je feins donc qu'en une nuit du printemps méfant endormi, je m'imagine que je vas trouver le Sommeil, et le prie que par son moyen je puisse voir Vaux en songe : il commande aussitôt à ses ministres de me le montrer. Voilà le sujet du premier fragment.

A peine les Songes ont commencé de me représenter Vaux, que tout ce qui s offre à mes sens me semble réel : j'oublie le dieu du Sommeil, et les démons qui l'entourent, j'oublie enfin que je songe. Les cours du château de Vaux me paraissent jonchées de fleurs ; je découvre de tous les côtés l'appareil d'une grande cérémonie : j'en demande la raison à deux guides qui me conduisent. L'un d'eux me dit qu'en creusant les fondements de celte maison on avait trouvé, sous des voûtes fort anciennes, une table de porphyre, et sur cette table un écrin plein de pierreries, qu'un certain sage, nommé Zirzimir, fils du soudan Zarzafiel, avait autrefois laissé à un druide de nos provinces. Au milieu de ces pierreries, un diamant d'une beauté extraordinaire, et taillé en cœur, se faisait d'abord remarquer ; et. sur les boids d'un compartiment qui le séparait d'avec les autres joyaux, se lisait en lettres d'or, cette devise que l'on n'avait pu entendre :

.îe suis constant, quoique j'en aime deux.

.On avait porté à Oronte' lécrin ouvert, et au même état qu'il s'était trouvé. II lavait lai*?é fermer en le maniant, sans que depuis il ei'it été possible de le rouvrir, tant la force de l'enchantement était grande. Sur le couvercle de

' Foiiquef.

cetécrin, se voyait le portrait du roi, et autour était écrit : Soit donné à la plus savante des fées. Sous l'écrin de cette prophétie était gravée :

Quand celle-là qui plus vaut qu'on la prise En fait de charme, et plus a de pouvoir, Aux assistants, dans Vaux en mainte guise De son bel art aura l'ait apparoir, Lors s'ouvrira l'écrin de forme exquise Que Zirzimir forgea par grand savoir.

Et Ion verra le sens de la devise Qu'aucun mortel n'aura jamais su voir.

Pour satisfaire à l'intention du mage, et pour l'accomplissement de la prophélie, mais plus encore pour attirer les maîtresses de tous les arts, et leur donner par ce moyen l'occasion d'embellir la maison de Vaux, Oronte avait fait publier que tout ce qu'il y avait de savantes fées dans le monde pouvaient venir contester le prix proposé ; et ce prix était le portrait du roi, qui serait donné par des juges, et sur les raisons que chacune apporterait pour prouver les charmes et l'excellence de son art. Plusieurs étaient accourues ; mais, la plupart ne pouvant contribuer aux beautés de Vaux, et, par conséquent, le prix n'étant pas pour elles apparemment ; la plupart, dis-je, persuadées que la prophétie ne les regardait en aucune sorte, s'étaient retirées. Il n'en était demeuré que quatre, l'architecture, la peinture, l'intendante du jardinage et la poésie ; je les appelle Palaliane, Apellanire, Hortésie, et Calliopée. Le lendemain ce grand différend se devait juger en la présence d'Oronte et de force demi-dieux. Voilà ce

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