‹ Les distractions de La FontaineChapitre 51 sur 109 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Parmi les ouvrages dont ce recueil est composé, le lecteur verra trois fragments d'une description de Vaux, laquelle j'entrepris de faire il y a environ douze ans. J'y consumai près de trois années. Il est depuis arrivé des choses qui m'ont empêché de continuer. Je reprendrais ce dessein si j'avais quelque espérance qu'il réussit, et qu'un tel ouvrage put plaire aux gens d'aujourd'hui : car la poésie lyrique ni l'héroïque, qui doivent y régner, ne sont plus en \ogue comme elles étaient alors. J'expose donc au public trois* morceaux de cette description ; ce sont des échantillons de l'un et de l'autre style. Que j'aie bien fait ou non de les employer tous deux dans un même poème, je m'en dois remettre au goût du lecteur, plutôt qu'aux raisons que j'en pourrais dire. Selon le jugement qu'on fera de ces trois morceaux, je me résoudrai. Si la chose plaît, j'ai dessein de continuer ; sinon, je ny perdrai pas de temps davantage. Le temps est chose de peu de prix,

' La Fonlaine n'avait public que les trois prtmitrs fragments et le neuvième. Les autres ont été liouvés dans ses manuscrits.

quand on ne s'en sert pas mieux que je fais ; mais, puisque j'ai résolu de m'en servir, je dois reconnaître qu'à mon égard la saison de le ménager est tantôt venue.

Passons à ce qu'il est nécessaire qu'on sache pour l'intelligence de ces fragments. Je ne la saurais donner au lecteur sans exposer à ses yeux presque tout le plan de l'ouvrage. C'est ce que je m'en vas faire, moins succinctement à la vérité que je ne voudrais, mais utilement pour moi ; car parce moyen j'apprendrai le senliment du public, aussi bien sur l'invention et sur la conduite de mon poème en gros, que sur l'exécution de chaque endroit en détail, et sur l'effet que le tout ensemble pourra produire.

Comme les jardins de Vaux étaient tout nouveau plantés', je ne les pouvais décrire en cet état, à moins que je n'en donnasse une idée peu agréable, et qui, au bout de vingt ans, aurait été sans doute peu ressemblante. Il fallait donc prévenir le temps : cela ne se pouvait faire que par trois moyens : l'enchantement, la prophétie, et le, songe. Les deux premiers ne me plaisaient pas ; car, poui les amener avec quelque grâce, je me serais engagé dans un desssein de trop d étendue : l'accessoire aurait élé plus considérable que le principal. D'ailleurs il ne faut avoir' recours au miracle que quand la nature est impuissante pour nous servir. Ce n'est pas qu'un songe soit si suivi, ni même si long que le mien sera ; mais il est permis de passer le cours ordinaire dans ces rencontres ; et j'avais pour me défendre, outre le Roman de la Rose, le Songe de Polyphile, et celui même de Scipion.

' Ils furent commciicrs en i6"i3.

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