PARAPHRASE DU PSAUME XVIII
Ditiçfuin te. Domine.
ODE
Où sont ces troupes animées ?
Où sont-ils, ces fiers ennemis P
Je les ai vaincus et soumis :
Gloire en soit au Dieu des armées
Par lui je me vois triomphant ;
Il me protège, il me défend :
Je n'ai qu'à l'invoquer, comme il n'a qu'à m'entendre. Que de l'aimer toujours louable est le dessein 1 Quelle place en mon cœur ne doit-il point prétendre, Après mavoir offert un asile en son sein .>
De leur triste et sombre demeure
Les démons, esprits malheureux,
Venaient d'un poison dangereux
Menacer mes jours à toute heure.
Ils entraient jusqu'en mes sujets.
Jusqu'en mon fils, dont les projets Me font encor Irémir de leur cruelle envie ; Jusqu'en moi-même enfin, par un secret effort ; Et mon esprit, troublé des horreurs de ma vie, Ma plus causé de maux que l'enfer ni la mort.
Les méchants enflés de leurs ligues, Contre moi couraient irrités.
Gomme torrents précipités Dont les eaux emportent les digues ; Lorsque Dieu, touché de mes pleurs, De mes soupirs, de mes douleurs,
158 LES DISIRACTIOXS DE LA EONIAINE
Arrêta celte troupe à me perdre obstinée. Ma prière parvint aux temples étoiles, Parut devant sa face, et fut entérinée D'un mot qui lit trembler les citoyens ailés.
Tout frémit : sa voix, qui balance Les rochers sur leurs fondements.
Alla troubler des monuments Le profond et morne silence.
Que d'éclairs, sortant de ses yeux, Et sur la terre et dans les cieux
Firent élinceler le feu de sa colère !
Que son front en brillait ! qu'il en fut allumé !
Et qu'avecque raison l'un et l'autre hémisphère
Craignit devant les temps d'en être consumé !
K'approche pas ; car notre vue Ne peut souffrir tant de rayons :
Sans te voir, Seigneur, nous croyons Que ta présence en est pourvue Quoi ! tu viens pour tes alliés !
Les cieux s'abaissent sous tes pieds ; Les vents, les chérubins te portent sur leurs ailes Et ce nuage épais qui couvre ta grandeur Veut rendre supportable à nos faibles prunelles De ton trône enflammé l'éclatante splendeur.
Tel lu trompas la gent noircie Dont le Ml arrose les champs.
Quand la foule de ces méchants Fut par les vagues éclaircie ; Tel ton courroux suivi d'écîairs Fondit sur eux du haut des airs,
LFJS DISTRACirONS DK LA l'ONTAIXK 159
Envoya dans leur camp la terreur et la foudre, Frappa leur appareil d'orages redoublés.
Le brisa comme verre, et fit moindre la poudre Aux tyrans d'isi'aël sous leurs chars accablés.
Que les tiens ont de privilèges !
La mer fit rempart aux Hébreux,
Noyant les peuples ténébreux
De l'ost' aux tètes sacrilèges.
On vit et furent découverts
Les fondements de l'univers, Du liquide élément les canaux et les sources Le centre de la terre ; et l'enfer, obligé D'abandonner ces chars à leurs aveugles courses, Dans ses murs de métal craignit d'être assiégé.
Ainsi les torrents de l'envie
Croyaient m'arrêter en chemin,
Quand tu m'as conduit par la main
En des lieux plus sûrs pour ma vie.
Ainsi montraient leurs cœurs félons
Les Saûls et les Absalons, Quand tu les as soumis à celui qui l'adore, Qui pêche quelquefois, mais se repent toujours. Et qui, pour te louer, n'attend pas que l'aurcre Se lève par ton ordre et commence les jours.
Oui, Seigneur, ta bonté divine Est toujours présente à mes yeux, Soit que la nuit couvre les cieux, Soit que le jour nous illumine :
Je ne sens d'amour que pour toi Je crains ton nom, je suis ta loi,
' De l'ornu'
Ta loi pure et contraire aux lois des infidèles ;
Je fais des voluptés le cliarme décevant,
M'éloigne des méchants prends les bons pour modèles,
Sachant qu'on devient tel que ceux qu'on voit souvent.
Non que je veuille en tirer gloire.
Par toi l'humble acquiert du renom,
Et peut des temps et de ton nom
Pénétrer l'ombre la plus noire.
A leurs erreurs par toi rendus,
Sages et forts sont confondus, S'ils n'ont mis à tes pieds leur force et leur sagesse Ce que j'en puis avoir, je le sais rapporter Au don que m'en a fait ton immense largesse. Par qui je vois le mal et peux lui résister.
Pour toi, je vaincrai des obstacles
Dont d'autres rois sont arrêtés ;
Plus tard ofl'erls que surmontés,
Ils me seront jeux et spectacles.
Par toi j'ai déjà, des mutins
Dont les cœurs étaient si hautains.
Evité comme un cerf les dents pleines d'envie : Puis, retournant sur eux, frappé d'un bras d'airain Ceux qui, d'un œil cruel envisageant ma vie, Voyaient d'un œil jaloux mon pouvoir souverain.
Qu'ils soient jaloux, il ne m'importe : D'entre leurs pièges échappé, J'ai des rebelles dissipé L'union peu juste et peu forte.
Par mon bras vaincus et réduits, Un dieu vengeur les a conduits
LES DISTRACTIONS Dli LA KONI'AINL
Aux châtiments gardés pour les tètes impies. Leurs desseins tôt conçus se sont tôt avortés ; Et n'ont beaucoup duré leurs sacrilèges vies Après les vains projets qu'ils avaient concertés.
Cette hydre aux tètes renaissantes,
Prête à mourir de son poison,
A vers le ciel hors de raison
Poussé des clameurs impuissantes ;
ÏNi Bélial, ni ses suppôts,
Nont su l'assurer du repos.
Aussi n'est-il de dieu que le Dieu que j'adore, Que le Dieu qui commande à l'une et à l'autre gent. Depuis les peuples noirs, jusqu'à ceux que l'aurore Eveille les derniers par son cours diligent.
C'est lui qui par des soins propices Au combat enseigne mes mains, Qui pour mes pieds fait des chemins Sur le penchant des précipices ; C'est lui qui comble avec honneur Mes jours de gloire et de bonheur,
Mon âme de vertus, mon esprit de lumières ;
11 me dicte ses lois, me les fait observer :
Jusqu'aux derniers secrets de leurs beautés premières
Ses oracles divins ont daigné mélever.
Dès qu'il m'aura prêté sa foudre, Les méchants pour lui sans respect S'écarteront à mon aspect, Comme au vent s'écarte la poudre.
Pour fuir ils n'auront qu'à me voir :
Déjà mon nom et mon pouvoir
l()2 LKS DISTRACTIONS DE LA FONTAINE
Sont connus des voisins du Gange et de rEuphrate ; Israël, redouté de cent peuples divers, Me craint et nr'obéit ; et, sans que Ton me llatte, On nie peut appeler le chef de l'univers.
Rendons-en des grâces publiques Au Dieu jaloux de son renom ; Faisons en Ihonneur de son nom Retentir l'air par nos cantiques :
Que ses bienfaits soient étalés, Peuples voisins et reculés.
Jusqu'aux voûtes du ciel portez-en les nouvelles, Dites qu'il est un Dieu qui répond à mes vœux Et que, m'ayant comblé de grâces immortelles. Il en réserve encor pour nos derniers neveux.