A MADAME LA DUCHESSE DE BOUILLON
Château-Thierry. Juin 1871 .
Je ne sais, Madame, qu'écrire à V. A. qui soit digne d'elle, et qui puisse la réjouir. Il m'a semblé que la poésie s'acquitterait mieux de ce devoir que la simple prose. 11 m'a encore paru qu'il vous fallait donner un nom du Parnasse. Je crois vous avoir déjà donné celui d'Olympe en des occasions de pareille nature. Ne pourrait-on point mettre en cliant ces paroles ?
Qu'Olympe a de beauté, de grâces et de charme 1 Elle sait enchanter les esprits et les yeux. Mortels, aimez-la tous ; mais ce n'est qu'à des dieux Qu'est réservé l'honneur do lui rendre les armes.
Ce que je vais ajouter n'est pas moins vrai, et m'a été confirmé par des correspondants que j'ai toujours eus à Paphos, à Cythère et à Amalhonle. Je me doutais bien que cela serait, et m'en étais déjà aperçu la dernière fois que j'eus l'honneur de vous voir.
La mère des Amours, et la reine des Grâces, C'est Bouillon, et Vénus lui cède ses emplois. Tout ce peuple à l'envi s'empresse sur vos traces, Plus nombreux qu'il n'était, et tout fier de vos lois.
Vous files dire Tannée passée à M. de la Haye qu'il eût soin que je ne m'ennuyasse point à Chàteau-ïhierry. Il est fort aisé à M. de la Haye de satisfaire à cet ordre : car, outre qu'il a beaucoup d'esprit,
Peut-on s'ennuyer en des lieux Honorés par les pas, éclairés par les yeux
Dune aimable et vive princesse, A pied blanc et mignon, à brune et longue tresse ? Nez troussé, c'est un charme encor selon mon sens,
C'en est même un des plus puissants.
Pour moi, le temps d'aimer est passé, je l'avoue ;
Et je mérite qu'on me loue
De ce libre et sincère aveu, Dont pourtant le public se souciera très-peu. Que j'aime ou n'aime pas, c'est pour lui même chose ;
Mais s'il arrive que mon cœur Retourne à l'avenir dans sa première erreur, 'Se/, aquilins et longs n'en sei'ont pas la cause.