EN LUI DKDIANT UN RECUEIL QUI A POUR TITRE
Fables nouvelles et autres poésies.
Imprimé à Paris en 1G7L
Monseigneur.
Ces dernières fables, et les autres pièces que j'y ai jointes sont un tribut dont je m'acquitte envers Votre Altesse.
LES DISTRACTIONS DE l.A l-oXlAINK 1//
Car, sans dire que vous êles maître 'ie mon loisir et de tous les moments de ma vie, puisqu ils appartiennent à l'auguste et sage princesse' qui vous a cru digne de posséder l'héritière de ses vertus, vous avez reçu mes premiers respects d'une manière si obligeante, que je me suis moimême donné à vous, avant que de vous dédier ces ouvrages. Ni le livre ni la personne ne sont des dons qui doivent être considérés. C'est en quoi je me loue davantage de voire accueil; il m'a fait l'honneur de me demander une chose de peu de prix ; je la lui ai accordée dès l'abord : vous exercez sur les cœurs une violence à laquelle il est impossible de résister. Ce témoignage vous sera rendu par des bouches plus éloquentes que n'est la mienne: je ne fais pas même de doute que vous n'occupiez un jour toutes celles de la Renommée : elle en attend les occasions avec une impatience qui marque bien ce que vos belles qualités et votre naissance lui ont promis : pendant que les astres les lui préparent, permettez queje touche légèrement aux prémices de votre gloire. Le Parnasse fait peu de dons qui ne soient accompagnés de cet encens que les dieux préfèrent à la richesse des temples et des offrandes. Votre Altesse le connaitra dans la suite de ses années mieux que personne ne l'a connu ; et je vous tiendrais malheureux, si, vous devant être si familier, il ne vous était pas agréable.
Oui, Monseigneur, je le répèle encore une fois il n'y a sorte de louanges où vous ne puissiez aspirer : la grandeur et le haut mérite vous environnent de toutes parts ;
' Marp-niTilc ilc I-nn-ainc. mchihIc Icniiiir dr (in-lnii irOrliMiis,
bclio-lllCIr ilil iIlH' i|i' GuIm'.
soit que vous portiez les yeux sur vous-même, soit que vous les détourniez sur la longue suite de ces héros dont vous descendez, et qui vivront éternellement dans là mémoire des hommes. L'un arrête les desseins et les légions d'un grand empereur ; et, par son bel ordre, par sa conduite, par son courage, malgré les attaques de cent mille combattants, il conserve deux ou trois provinces, avec une impériale ; ville que l'on tenait pour perdue, et qui, dès les premiers jours de son siège, était menacée d'une disette de toute chose. L'autre remet sous la puissance des lis la plus importante place de nos frontières, faisant en sept jours une conquête qui avait coûté des années à nos anciens ennemiS;, et qui s'était affermie entre leurs mains par une possession de près de trois siècles. Un autre rassemble en lui ce que la prudence humaine, la piélé, les vertus morales et politiques ont de précieux : et tous se rendant maîtres des cœurs par cent qualités agréables et bienfaisantes, ce qui est l'empire du monde le plus souhaitable, ils sont nés encore avec une certaine éloquence par laquelle ils régnent sur les esprits. La fortune les a fait courir quelquefois dans la carrière de l'adversité : cette volage et perfide amie leur a pu ravir des dignités et des biens ; mais il na jamais été en son pouvoir de leur ôter la valeur, la fermeté d'âme, ni l'accortise, ni enfin tous ces autres dons que vous tenez d'eux, et qui sont plus sous votre patrimoine que le nom même que vous portez. Tout le monde avoue' Monseigneur, que vous êtes digne de le porter. Votre Altesse na pas manqué d'en donner des preuves aussitôt que l'occasion s'en est présentée. On na jamais remarqué plus d'amour de la gloire ni moins de crainte pour
LES DISTRACTIONS DE LA l'OXTAINE 179
le péril en une si grande jeunesse. Ce que je dis a paru aux yeux d'un monarque qui connaît par lui le véritable mérite. L'envie de répondre aux faveurs de son alliance, pour laquelle les maîtres de l'Europe soupirent tous, l'émulation et l'exemple de vos ancêtres, mais plus que ces choses, le témoignage de notre prince, tout cela, dis-je, vous servira d'aiguillon pour courir aux actions héroïques. Après que j'aurai loué les charmes de votre personne, cette civilité engageante, et qui ne laisse pas d'avoir un air de grandeur, ces manières si gracieuses, je louerai en vous les semences de la vertu, ou plutôt j'en louerai des fruits abondants pour peu que le ciel accorde de terme à mes jours, et me donne le loisir de vous témoigner avec combien de zèle je suis, etc.