POUR DES BERGERS ET DES BERGÈRES
DA^S UNE FÊTE DONNÉE V TrOYES.
en 1678.
Telles étaient jadis ces illustres bergères Que le Lignon* tenait si chères;
Tels étaient ces bergers qui, le long de ses eaux, Menaient leurs paisibles troupeaux,
Et passaient dans les jeux leurs plus belles années Parmi ces troupes fortunées.
Les plaisirs de campagne et les plaisirs de cour Trouvaient leur place tour à tour.
Comme eux, tantôt on nous voit sur l'berbette
Marquer nos pas au son de la -musette, Cueillir et présenter les fleurs.
En y mêlant quelques douceurs :
Tantôt aux bords de nos fontaines
Nous chantons de l'amour les plaisirs et les peines :
Et le divin Tircis mêle aussi quelquefois
Son téorbe divin aux accents de nos voix.
• Petite rivière du Forez, affluent de la Loire.
Parfois à sa bergère on donne sérénade ;
Avec elle on fait mascarade,
On danse même des ballets.
On fait des vers galants, on en fait des follets. Nous lisons de Renaud les douces aventures
Et les magiques impostures
De la belle qui l'enchanta ;
Tout ce que le Tasse chanta, Et mille auties récits que la galanterie Semble avoir inventés pour notre bergerie. Nous vous dirons aussi que nos brillants guérets
Et nos sombres forêts, Nous fournissent parfois de quoi faire grand'chere ;
Mais cela paraîtrait vulgaire.
Et l'on dirait qu'en discours de berger On ne parle jamais de boire et de manger. Ainsi passe le temps, sans tracas, sans cabale ;
Gens d'une humeur assez égale ;
Voilà nos douces libertés :
Qu'ont de mieux vos sociétés ?