A MADAME DE MO^TESPAN
L'apologue est un don qui vient des immortels ;
Ou si c'est un présent des hommes, Quiconque nous l'a fait mérite des autels :
îNous devons tous tant que nous sommes
Eriger en divinité Le sage par qui fut ce bel art inventé. (]'est proprement un charme : il rend l'àme attentive,
Ou plutôt il la tient captive,
Nous attachant à des récits Qui mènent à son gré les cœurs et les esprits. O vous qui l'imitez, Olympe, si ma muse A quelquefois pris place à la table des dieux, Sur ses dons aujourd'hui daignez porter les yeux ; Favorisez les jeux où mon esprit s'amuse ! Le temps, qui détruit tout, respectant votre appui. Me laissera franchir les ans dans cet ouvrage : Tout auteur qui voudra vivre encore après lui
Doit s'acquérir votre suffrage.
C'est de vous que mes vers attendent tout leur prix ;
Il n'est beauté dans nos écrits
1 M''« de Toiinay-Charente, Fraïuoisc Athéna'is de Rochechouart de Morlemart. Marquise de Montespan, née en iG/li, morte le 28 mai 1707.
Dont VOUS ne connaissiez jii«qnos aux moindres traces. Eh ! qui connaît que vous les beautés et les grâces ! Paroles et regards, tout est charme dans vous.
Ma muse, en un sujet si doux.
Voudrait s'étendre davantage ; Mais il faut réserver à d'autres cet emploi ;
Et d'un plus grand maître que moi
Votre louange est le partage.
Olympe, c'est assez qu'à mon dernier ouvrage Votre nom serve un jour de rempart et d'abri ; Protégez désormais le livre favori Par qui j'ose espérer une seconde vie ;
Sous vos seuls auspices ces vers
Seront jugés, malgré l'envie,
Dignes des yeux de l'univers.
Je ne mérite pas une faveur si grande ;
La fable en son nom la demande :
Vous savez quel crédit ce mensonge a sur nous. S'il procure à mes vers le bonheur de vous plaire, Je croirai lui devoir un temple pour salaire : Mais je ne veux bâtir des temples que pour vous.