‹ Les distractions de La FontaineChapitre 80 sur 109 · SUR LA MORT DE M. COLBERT · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DE M. COLBERT

OUI ARRIVA PEU DE TEMPS APRES UNE GRANDE MALADIE qu'eu r LE CHANCELIER Le TeLLIER, EN l683.

Golbert jouissait par avance De la place de chancelier, Et sur cela pour Le Tellier On vit gémir toute la France.

L'un revint, l'autre sen alla :

Ainsi ce fut scène nouvelle ; Car la France, sur ce pied-là.

Devait bien rire... Aussi fit-elle.

AU ROI.' REMERCÎME>TS DU CoMTE DE FlESQUE. l684.

Vous savez conquérir les Etats et les hommes ; Jupiter prend de vous des leçons de grandeur ; Et nul des rois passés, ni du siècle où nous sommes, N'a su si bien gagner l'esprit avec le cœur.

Dans les emplois de Mars, vos soins, votre conduite. Votre exemple et vos yeux animent nos guerriers ; Vous étendez partout l'ombre de vos lauriers

La terre enfin se voit réduite A vous offrir cent hommages divers ;

Vous avez enfin su contraindre

Tous les cantons de l'univers

A vous obéir ou vous craindre,

J'étais près de céder aux destins ennemis, Quand j'ai vu les Génois soumis, Malgré les faveurs de Neptune, Malgré les murs où l'art humain Croyait enchaîner la fortune Que vous tenez en votre main.

Cette main me relève ayant abaissé Gène ; Je ne l'espérais plus, je ne suis plus en peine.

' Louis XIV força la république de Gènes à payer loo.ooo écus au comte deFiesque, en dcdonimajTement des droits que celui-ci prétendait avoir sur celte république, et sur lesijuels il avait fait imprimer un mémoire.

Le comte de Fiesque récita au Roi la pièce que La Fontaine avait composée pour lui à ce sujet le 7 novembre i684.

Vos moindres volontés sont autant de décrets ;

Vos regards sont autant d'oracles :

Je ne consulte qu'eux ; et, malgré les obstacles, Je laisse agir pour moi vos sentiments secrets.

Vous témoignez en tout une bonté profonde, Et joignez aux bienfaits un air si gracieux,

Qu'on ne vit jamais dans le monde De roi qui donnât plus, ni qui sût donner mieux.

AU ROI

DÉDICACE DE l'opÉKA d'AmADIS POLU LuLLI.

Du premier Amadis je vous offre l'image. 11 fut doux, gracieux, vaillant, de haut corsage : J'y trouverais votre air, à tout considérer. Si quelque chose à vous se pouvait comparer. La Victoire pour lui sut étendre ses ailes ; Mars le fit triompher de tous ses concurrents. Passa-t-il à l'amour, il eut le cœur des belles. Vous vous reconnaissez à ces traits différents. Nul n'a porté si haut celte double conquête : Les deux moitiés du monde ont su vous couronner Et les myrtes qu'Amour vous a fait moissonner Sont tels, que Jupiter en aurait ceint sa tête.

En vous tout est enchantement.

Plus d'un illustre événement Rendra chez nos neveux votre histoire incroyable. Vos beaux faits ont partout tellement éclaté, Que vous nous réduisez à chercher dans la fable

L'exemple de la vérité.

274 LES DISTRACTIONS DE LA KoXlAINE

Voilà, sire, sur vous quelles sont mes pensées : Pour vous plaire, Uranie en vers les a tracées. Quant à moi, dont les chants vous attiraient jadis, Je dois à votre choix ce sujet d^Amadis^ ; Je vous dois son succès, car j'aurais peine à dire Entre vous et Phébus lequel des deux m'inspire.

Je ne puis, pour m'en ressentir, Qu'employer à vous divertir Mes soins, mon art, mon génie, Et tous les moments de ma vie.

Veuillent dans ce projet m'assister les neufs Sœurs I Je le trouve assez beau pour donner de l'envie Aux chantres dont l'Olympe admire les douceurs.

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