‹ Les distractions de La FontaineChapitre 89 sur 109 · A MONSIEUR SIMON · texte numérisé non relu

A MONSIEUR SIMON

DE TrOïES.

Votre Phidias et le mien,

Et celui de toute la terre, Girardon, notre Ami, l'honneur du nom Troyen, M'oblige à vous mander, non la paix ou la guerre,

Dont sur ma foi je ne sais rien ; Non la ligue d'Augsbourg que je sais moins encore; Non dans un bel écrit plein de moralité, Des sottises du temps le nombre que j'ignore,

' Les quatre Saisons du Parnasse, 1806, 2™' partie, p. 4.

S'il) LES DISTRACTIONS DE LA FONTAINE

(Eh, saurait-il être compté !)

Mais la défaite d'un Pâté.

L'esprit s'échaull'e à table, et d'un propos à l'autre liacchus nous inspira comme eût fait Apollon. Rien n'altéra ses dons ; l'eau du sacré vallon Aurait profané même un vin tel que le nôtre ;

Pur, et sans mélange on le but.

Votre raté dès qu'il parut.

Ramena les santés, et fit naitre l'envie

De boire à Chloris à Sylvie, A ce qu'on aime enfin, bonne et louable loi.

De la Maîtresse on vint au Roi,

Du Roi l'on vint à la Statue,

De la Statue on prit sujet D'examiner la Place, et cet autre projet. Où l'Image du Prince est encore attendue,

Il faut du temps ; le temps à part

A tous les chefs-d'œuvre de l'art La Reine des Cités dans sa vaste étendue. N'aura rien qui ne cède à ce double ornement L'Equestre en est encore à son commencement; La Pédestre, à la fin le Monarque l'a vue.

Desjardins, il faut l'avouer, Mérite par cette oeuvre une éternelle gloire. Nous en louâmes tout, car tout est à louer,

Et le vainqueur et la Victoire,

Et les Caplifs. A'ous pouvez croire Que du Maréchal Duc on s'entretint aussi

Son monument a réussi.

Où d'autres échoueraient, il se rend tout facile. Quand on eut admiré ce qu'il fit en Sicile, Parlé de son adresse et de sa fermeté, Et de l'honneur qu'au Rùb il avait remporte,

LES DISTRACIIOXS DE LA FOXTAIXE 321

Nous avouâmes tous que paur Sa Majesté,

II n'épargne aucuns soins, ne le cède à nul homme.

Ne dort, ni ne permet qu'on dorme d'un long somme,

La France entière n'aurait pu

Seule occuper deux La Fcuillades,

Ainsi que la Grèce n'eût su

Contenir deux Âlcibiades.

Nous revînmes au Roy ; l'on y revient toujours ;

Quelque entretien qu'on se propose ; Sur LOUIS aussitôt retombe le discours, La Déesse aux cent voix ne parle d'autre chose. Girardon, dimes-nous, se saura surpasser. Exprimant ce Héros qu'il commence à tracer. L'exprimer ! c'est beaucoup ; et si le seul Lysippe, Fut digne de mouler l'héritier de Philippe. Si nul autre sculpteur ne le tailla que lui.

Peu de mains doivent entreprendre

D'employer leur Art aujourd'hui,

Pour un Roi mieux fait qu'ALEXANORE.

Notre Prince a l'air grand, il a l'air du Dieu Mars. Je m'écarte un peu trop, rentrons dans nos limites. Les lois que cet Ecrit dès l'abord s'est prescrites, M'empêchent de m'étendre ainsi de toutes parts ; On s'en va me nommer l'Avocat des trois chèvres, Le fait était d'un vol, il citait des Césars,

Pour un Pâté de trois Canards.

Les grands mots comme à lui me naissent sur les lèvres. Aux journaux de Hollande il nous fallut passer. Je ne sais plus sur quoi ; mais on fit leur'critique. Bayle est, dit-on, fort vif: et s'il peut embrasser, L'occasion d'un trait piquant et satyrique, Il la saisit^ Dieu sait ; en homme adroit et fin,

Il trancherait sur tout comme enfant de Calvin S'il osait ; car il a le goût avec létude. Le Clerc pour la Satyre a bien moins d'habitude ; Il parait circonspect, mais attendons la fin. Tout faiseur de journaux doit tribut au malin, Le Clerc prétend du sien tirer d'autres usages, Il est savant, exact, il voit clair aux Ouvrages, Bayle aussi. Je fais cas de l'une et l'autre main, Tous deux ont un bon style et le langage sain. Le jugement en gros sur ces deux personnages.

Et ce fut de moi qu'il partit.

C'est que l'un cherche à plaire aux sages.

L'autre veut plaire aux gens d'esprit.

Il leur plaît, vous aurez peut-être peine à croire, Qu'on ait dans un repas de tels discours tenus,

On tint ces discours, on fit plus ;

On fut au sermon après boire.

Je crains que ce dernier vers ne vous semble pas assez sérieux. Pardonnez à la nécessité que je m'étais imposée de finir tous mes Contes comme le Tassone, les Stances dans la Sechia rapita. Pour rectifier cet endroit, je vous dirai en langue vulgaire que nous allâmes au sermon l'après-dînée, que nous y portâmes tout le sens froid qu'auraient eu des Philosophes à jeun, et que même nous accourcîmes notre repas pour ne rien perdre de cette action. C'était la seconde de M. L. D. C J'y trouvai de la piété et de l'éloquence, des expressions, et un bon tour en beaucoup d'endroits tout-à fait selon mon goût. J'en ferais un plus long éloge, si je ne craignais de déplaire à M. L,

1 Ml" l'Évèque de Condom.

D. C. Ce sera donc la fin de ma lettre, comme ce fut celle de notre journée. Je suis, Monsieur, votre, etc.

{OEuvres Posthumes.)

Page 1