VIII DIX-NEUVIÈME SIÈCLE
Au commencement du dix-neuvième siècle la vieille pharmacopée galénique après les rudes assauts qu'elle vient de subir et n'étant plus d'accord avec les dernières données scientifiques tombe en décadence. Si un manuel de l’an X se contente de classer les diurétiques en chauds et froids, tout comme Paré, les maîtres d'alors examinent chaque produit à la lueur d'expériences fort bien conduites.
Alibert (1814) :
Dans un excellent traité de thérapeutique, Alibert (1814) rejetait bien des médicaments anciens, critiquait judicieusement ceux qu'il citait et faisait de nombreuses expériences à l'Hôpital St-Louis. Sa physiologie des organes urinaires prouve un progrès considérable sur ses prédécesseurs. Il regardait les reins comme des organes essentiellement élaborateurs et croyait la vessie innervée par les nerfs centraux au point de vue moteur et le sympathique au point de vue sensitif. Aussi l'excitation des diurétiques ne devait pas se borner à rendre le flux des urines plus abondant, mais encore ils auraient les
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propriétés communes à tous les évacuants. Les reins sont en quelque sorte l'émunctoire de toute l’économie. Néanmoins il-admettait que l'urine vient, non seulement des reins par les uretères, mais aussi de l'intestin à travers la vessie. Il fait justement remarquer que bien des maladies opèrent leur défervescence avec une crise urinaire et que personne ne conteste de quelle utilité peut être une évacuation copieuse de ce genre dans l’hydrothorax, l’ascite l’anasarque. Mais il trouve qu'on administre souvent d'après des indications trop vagues les médicaments propres à agir sur le système des voies urinaires. Il regarde les vieillards comme ayant besoin de plus de diurétiques que les jeunes gens, à cause de la sensibilité réflexe diminuée de leur vessie ; de même chez les personnes ayant une vie sédentaire. Il les interdit, au contraire, lorsqu'il existe un état inflammatoire des voies urinaires : dans les hémorragies de l’urêtre, le priapisme, etc. Il s'étonne qu’on puisse ordonner de semblables remèdes dans les diminutions ou suppressions d'urine dépendant d’une contraction des sphinciers urinaires alors que dans ce cas les boissons mucCilagineuses et douces, les lavements émollients, sont les meilleurs diurétiques.
Aussi classe-t-il ces médicaments en deux sections :
1° Ceux agissant sur les propriétés vitales des voies urinaires d’une façon directe ;
2° Ceux agissant sur cette sécrétion d’une manière indirecte ou sympathique.
Il met dans les premiers : ” des végétaux (pariétaire, pissenlit, asperges, raisin
d'ours, pareira brava, fraisier, ononis, térébenthine) ;
des minéraux : (nitrate de potasse) ;
des animaux : (eloportes dont il discute l'efficacité). Dans la deuxième catégorie, il range :
les vomitifs, les purgatifs et les lavements.
Trousseau et Pidoux (1838) :
Quelques années après paraissait le premier traité de thérapeutique de Trousseau et Pidoux (1830), qui allait régner en maître pendant la première moitié du dix-neuvième siécle.
Mais sans considérations physiologiques, ces savants professeurs énumèrent les diurétiques en indiquant simplement l’action sédative des végétaux (scille, asperge, pariétaire, cainça, chinophylle, buchu, busserole, pareira brava, arrête-bœuf, caprier, turquette, ceterach, alkékenge, ache, persil, cerfeuil, colchique, genièvre).
Is ajoutèrent des minéraux à la liste pauvre des médicaments de cette sorte chez les anciens
(Nitrates de potasse et de soude, chlorates de potasse et de soude, acétate de potasse).
Ils rejetèrent en bloc tous les animaux mais introduisirent l’urée à la place de l’urine-si employée autrefois.
Fin du xix° siècle :
Mais bientôt les célèbres expériences de Claude Bernard allaient jeter un nouveau jour sur la phy-
siologie des sécrétions, en particulier celle de l’urine; aidées en cela par les découvertes histologiques de Bowmann (1842) et de Ludwig (1856), et Heidenheim (1883). Nous en voyons une trace dans la classification de Laure (1838) qui distingue des diurétiques vasomoteurs, des diurétiques aqueux, des diurétiques acides ; de Gubler (1877) qui les groupe en diurétiques astringents et vasoroteurs et diurétiques excitants du rein, de Wood (1874) qui les classe en diurétiques hydragogues, réfrigérants et stimulants. Mais nous voyons l’ancienne énumération en minéraux el végétaux reparaître avec Bouchardat.
Puis on étudia l’action des diurétiques avec plus de méthode et avec Germain Sée nous voyons apparaître l’idée de l’action de la pression dans la diurèse. Idée reprise par Launder Brunton, en 1885, qui reconnaissait {rois catégories de diurétiques suivant que leur action portait sur la tension artérielle soit locale soit générale, ou qu'elle portait sur les nerfs ou cellules sécrétoires du rein.
Cette classification fut reprise par Manquat (1900), qui distinguait des diurétiques augmentant la pression par leur action sur la circulation (cardio-vasculaires et aqueux) et des diurétiques à action rénale.
Dujardin-Beaumetz introduit la notion de dialyse dans l’action de certains diurétiques en plus des effets précédemment cilés.
Sobieranski (1896) s’appliqua surtout à considérer celte action par rapport aux éléments histologiques, et distingue des diurétiques excitant le glomerule et d’autres paralysant les propriétés absorbantes des tubuli.
RE ane.
Soulier (1891) avait réuni ces différentes données physiologiques dans sa classification en diurétiques indifférents (agissant par pression ou dialyse) et diurétiques différentiels ou vrais.
La classification d'Arnozan (1901) fit un choix judicieux entre ces données éparses, pour ne retenir que trois classes : 1° Les diurétiques agissant par augmentation de la masse du sang ; »° Ceux agissant par relèvement de la tension cardio-artérielle ; 3° Ceux agissant sur les nerfs ou l’épithélium sécrétoire du rein.
Enfin l'étude chimique de l'urine et les variations de sa composition en chlorures (Widal et Javal, 1903) en urée (Ambard et Papin, 1911), en acide phosphorique (Sarvonat et Genty, 1911), amènent à une explication biochimique de l'action des diurétiques, explication clairement exposée dans la classification de notre maître le professeur Pic, au Congrès de Médecine de Lyon, en 1911.
XVe Siècle
PETRUS DE MONTEGNANA
Maître d’urologie à Venise