‹ Les diurétiques: À travers les âgesChapitre 27 sur 29 · V. — Minéraux · texte numérisé non relu

V. — Minéraux

Les médecins anciens ne se servirent que de très peu de médicaments chimiques. Ils préféraient, en

effet, de beaucoup les plantes dont les vertus leur paraissaient sacrées. Ce n’est qu’au dix-septième siècle que les sectes iatrochimiques et iatromécaniques essayèrent de détruire le galénisme. Malgré cela, leurs ouvrages obscurs et inintelligibles les rendaient suspects aux médecins d'alors qui s’en tenaient à la doctrine des quatre qualités et à la vieille polypharmacie, et aimaient mieux s'attacher servilement à la tradition et à l’autorité des anciens. Il faut arriver au dix-huitième et surtout au dix-neuvième siècle pour voir employer les agents chimiques qui, à l'heure actuelle, se sont multipliés de si effrayante façon, mais dont quelques-uns sont actuellement entrés dans les mœurs médicales et font concurrence sérieuse aux remèdes de nos pères.

Le salpêtre ou nitre.

C'est un des plus anciens diurétiques connus. Les Chinois l’employaient sous le nom de PÔ-siao, et se servaient beaucoup d’eau nitrée. Les Egyptiens le faisaient aussi rentrer dans leur matière médicale usuelle. Pline le cite sur leur témoignage.

Nous le retrouvons dans Hippocrate qui prescrivait volontiers le nitre pour rétablir la diurèse.

Lemery le recommandait sous le nom de crystal minéral. Ludwig, au seizième siècle, le prônait à la suite des anciens.

Plus près de nous, nous le retrouvons cité par Lieutaud dans les diurétiques pour aigus, par Dubé, dans les diurétiques minéraux. Alibert recommande

de le prendre étendu dans beaucoup de liquide. Enfin, Trousseau et Pidoux reconnaissent qu'il augmente la sécrétion urinaire, qu’il a une action stupéliante sur l’économie. Ils mettent en doute son action anaphrodisiaque mais recommandent de l’employer dans les hydropisies de nature séreuse et le déconseillent fortement si elles sont de nature rénale. |

Son emploi donna d’ailleurs lieu à de nombreuses discussions au dix-neuvième siècle : Bright, Christison, Royer, Dickinson, Grainger, Stewart, le recommandent dans les néphrites parenchymateuses, Mairet le rejetait dans la néprite interstitielle, Lecorché le recommandait. Campbell le rejetait. Mais malgré ces stériles discussions, l’azotate de potasse n’a pas cessé de jouir d’une grande faveur et, à l'heure actuelle, c’est encore le diurétique minéral le plus

employé.

Tartre.

Le tartre et ses composés furent aussi quelque peu prisés comme diurétiques.

Ludwig, au seizième siècle, citait en effet le tartre ainsi que Lemery.

Plus tard, Lieutaud le classe dans ses diurétiques pour aigus.

On trouve aussi cités dans les auteurs anciens, le tartre chalybé (tartrate de potasse et de fer), le tartre vitriolé (sulfate de potasse), le tartre martial double,

la crème de tartre (bitartrate de potasse) la terre foliée

de tartre (acétate de soude). Mais tous ces médicaments n’eurent que très peu de vogue.

Is employaient aussi des sels composés. Le sel polychreste (composé de soufre et salpêtre, cité par Ludwig, Dubé, Lieutaud). Le sel duobus, ou panacée du duc de Holstein (sulfate de potasse). Le kermès minéral.

La pierre néphrétique était un composé verdâtre amorphe de potasse, oxyde de fer, chaux, soude, etc.

Autres minéraux.

Lieutaud recommandait aussi dans les maladies chroniques l'esprit de Mindererus et l'esprit d’ambre.

I faut arriver à Trousseau et Pidoux pour voir s’augmenter la liste des diurétiques minéraux, du moins de ceux ayant une action moins empirique. Is citent, en effet, en plus du nitre : l’azotate de soude, le chlorate de potasse, qu'ils prétendent avoir une action diurétique si on en donne des doses élevées, le chlorate de soude, à action similaire, l’acétale de potasse, supporté avec plus de facilité, disent-ils, que le nitrate car il ne donne pas de désordres nerveux.

V. — Agents thérapeutiques agissant indirectement sur la diurèse

Purgalifs.

Les purgatifs furent employés par Hippocrate très largement dans les maladies urinaires et l'hydropisie

pour favoriser la diurèse, Galien suivit son exemple. Les médecins du dix-septième siècle en firent un grand usage, ainsi que des lavements.

Alibert, en 1814, les classait encore dans les moyens indirects agissant sur la sécrétion rénale.

Bains.

Les bains furent aussi employés pour augmenter l'évacuation urinaire.

Hippocrate baignait ses pneumoniques pour faciliter la respiration et la diurèse.

Ambroise Paré les regardait aussi comme de bons diurétiques externes, et, depuis, ils furent employés très souvent dans ce but.

C’est encore un usage très courant dans le pays de Galles que de baigner les malades dans l’eau froide et l’on regarde comme d’un bon pronostic le fait d'uriner dans le bain.

Saignée.

La première saignée dont l’histoire ou la légende fasse mention remonte à quelque douze cents ans avant notre ère. Podalyre saigna la fille du roi de Carie qui était tombée de la terrasse de son palais. Il la sauva et reçut la princesse pour femme et la Chersonèse comme dot.

Hippocrate la regardait comme faisant cesser la difficulté d'urine.

Erasistrate la combattit et, dès cette époque, la saignée fut très discutée.

Celse et Galien la prônait fort.

Au quinzième siècle, elle fut très prisée pour atteindre son apogée, au dix-septième et dix-huitième siècles (Louis XIIT fut saigné 42 fois en une seule année). Mais depuis, elle fut tellement combattue que ce moyen thérapeutique fut abandonné et ce n’est que de nos jours qu'on l’a appliqué à quelques cas restreints avec succès.

Régimes.

Enfin nos pères accompagnaient ces divers modes de traitement de régimes appropriés. La diète lactée a très longtemps joui d’une grande faveur, Hippocrate la recommandait, et Chrestien, de Montpellier, l'avait érigée en principe absolu dans les maladies rénales. Ce n’est que depuis les recherches de Widal, sur le régime déchloruré, qu'elle a un peu perdu de son importance.

En outre, on regardait certains aliments comme diurétiques, tels que les bouillons de veau, de poulet, d'écrevisses, de grenouilles.

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