PARIS THORIN & FILS, ÉDITEURS
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En commençant une étude sur la déesse de la Victoire en Grèce et à Rome, je pensai? faire surtout un travail d'archéologie figurée. Un coup d'oeil sur la nature de cette divinité et sur son culte en était l'introduction naturelle. Chemin faisant, je me suis aperçu que ces questions étaient fort mal connues, que plusieurs détails intéressants s'y rattachent qui, jusqu'à présent, n'avaient été qu'effleurés. Ainsi , peu à peu , ce qui devait n'être que la préface est devenu le mémoire lui-même. J'ai donc entièrement, et de parti pris, laissé de côté l'étude du type artistique de la Victoire, de ses origines et de son développement. J'ai fait usage des monuments figurés seulement dans la mesure où ils pouvaient me renseigner sur les divers problèmes qui se posaient à moi, successivement pour la Grèce, pour l'Italie et pour Rome : la nature de la divinité de la Victoire, ses caractères, son culte.
Ce qui concerne la Niké des Grecs a été traité brièvement. Il ne fallait pas, en effet, espérer trouver beaucoup de nouveau sur une question qui a été traitée plus d'une fois, et avec compétence, sinon dans son ensemble, du moins en plusieurs de ses parties.
J'ai essayé surtout de montrer pourquoi Niké , dont les \ représentations figurées sont si nombreuses dans l'art grec, n'eut jamais en Grèce ju'un culte fort restreint, si même elle y obtint un culte particulier ; comment la déesse de la Victoire se détache peu à peu de la conception attique
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d'Alhèna-Nikô, forme d'abord avec elle une sorte de dualité mystique où elle occupe un rang inférieur, prend une personnalité de plus en plus distincte, et finit par conquérir une complète indépendance ; comment enfin les mythologues et les poètes grecs, surpris eux-mêmes de ce qu'il y a, dans ce mythe, de trouble et de confus, tentent, par l'invention de fables nouvelles, de concilier toutes les traditions, en rapprochant, pour les confondre en une seule divinité, la Nikô, fille du Styx et du géant Pallas, mentionnée par Hésiode, et ce qu'on peut appeler la seconde Nikô, sortie d'Athèna-Nikô.
Sur les divinités italiques de la Victoire, sur la Victoria romaine elle-même, on a, au contraire, fort peu écrit. Quelques pages à peine de Preller, dans les divers manuels d'antiquité quelques lignes, presque toujours empruntées aux mêmes sources, certains détails, traités comme au passage , dans des articles de revues , et c'est tout , si Ton y ajoute les commentaires de M. Mommsen au Corpus Inscriptionum. A plusieurs reprises, une analyse des textes littéraires et des inscriptions, qui, à défaut d'autre mérite, a été aussi consciencieuse que possible, m'a conduit à des conclusions tout opposées à celles qu'indique l'illustre historien. J'ai toujours discuté un à un chacun de ses arguments, et lorsque j'ai cru devoir en contester la valeur, du moins ne Tai-je fait qu'avec une réserve inspirée par un sentiment de juste déférence à son égard et de naturelle méfiance vis-à-vis de ma propre sagacité.
Je recherche d'abord si, parmi les figures ailées que prodigue l'art étrusque, il est possible de distinguer une divinité de la Victoire. Puis je passe aux divinités italiques dont le nom nous est parvenu, et qu'à tort ou à raison on a considérées comme des déesses de la Victoire. J'ai mis à profit mon séjour en Italie pour rechercher sur les lieux l'emplacement du temple de Vacuna, la déesse sabine. Vitellia, Vitoria, Vica Pota, déesses latines, sont successi-
vement étudiées. J'arrive enfin à la déesse romaine Victoria. Sa nature , le caractère particulièrement national et militaire qu'elle affecte à Rome, ses relations avec le culte des empereurs, sa place dans la religion particulière des légions , son identité supposée avec Venus Victrix et Venus Genetrix^ sa position en face du christianisme, ses temples, tels sont les principaux points que je me suis efforcé de mettre en lumière. Accessoirement, je me suis demandé quelle valeur absolue, en tant que divinités, ont à Rome des abstractions personnifiées telles que la Victoire, et j'ai touché quelques détails intéressant la topographie ou l'histoire des monuments de Rome.
Les bas-reliefs , les peintures de vases , et surtout les monnaies, les textes littéraires et épigraphiques ont fourni les matériaux de ce travail, fort incomplet sans doute, mais peut-être assez nouveau, du moins en quelques-unes de ses parties.