‹ Les divisions administratives de l'Espagne romaineChapitre 10 sur 25 · XXII · texte numérisé non relu

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de l'Espagne indépendante. Cette besogne commença dès ‘Caton, qui astreignit les Espagnols à des redevances fixes (1); c'est en appliquant les principes posés par lui que les gouverneurs des deux provinces rapportaient régulièrement à Rome les sommes élevées que note Tite-Live (2). Dans la période qui va des premiers temps de la conquête à la chute de Numance, le progrès de la domination romaine se traduit, en Citérieure, par le progrès du monnayage ibérique : parmi les ciuttates qu'ont instituées les gouverneurs, celles qui disposent de métal précieux reçoivent, non pas l’autorisation, mais l’ordre de frapper des monnaies, qui sont remises en paiement du tribut, et qui circulent en Espagne ; c’est l’argentum Oscense de Tite-Live. En 133, ce monnayage disparaît : désormais ce sont des ateliers romains qui, soit en Italie, soit en Espagne, frapperont le métal espagnol (3).

Ainsi, les Romains ont créé en Espagne et la cellule administrative, la ciuitas, enfermée dans des limites précises et soumise à un impôt déterminé, et l’unité supérieure, la province. Il n’y a pas de subdivision intermédiaire entre la province et les cités, d'autorité intermédiaire entre le préteur et les chefs locaux. Les termes génériques, Carpetani, Vaccaei, etc, continuent à n'avoir qu'une signification purement topographique.

Hübner (4) est d’avis que Carthagène fut le chef-lieu de la Citérieure jusqu’à la fin de la période républicaine, Cordoue étant celui de l’Ultérieure. Mais on peut se demander s’il y eut à proprement parler des chefs-lieux, tant qu'il y eut

(1) T. Live, XXXIV, 21, 7.

(2) XXXIV, 10 et 46; XL, 43.

-(3) Voir Mommsen, Geschichte des rômischen Münzwesens (Beriin, 1860), p. 667-671 ; Gützfried, p. 80. — Oscensis est l’ethnique de Osca. On ne voit pas pourquoi cette petite ville, dans le voisinage de laquelle il n’y a pas de mines d'argent, avait donné son nom à toutes les monnaies ibériques. Peut-être y a-t-il eu à Osca un des premiers ateliers monétaires installés en Espagne sur l’ordre des Romains.

(4) G. I. L., II, p. 462, et p. LXXXW ; Hermes, 1 (1866), p. 95 et 105,

en Espagne des guerres à conduire, de vastes territoires à pacifier et à conquérir. Plutôt que de capitales administratives, sous la République, il faut parler de résidences habituelles des gouverneurs dans l'intervalle des campagnes. Comme telles, Tarragone et Carthagène, en Citérieure, ont été vraisemblablement sur le même pied au début; Tarragone l’emporte vers la fin de la République. En Ultérieure, la résidence préférée a pu être d’abord Hispalis (Séville), bientôt supplantée par Corduba (Cordoue), qui fut fondée en 151. Au temps de César, les principaux centres des deux provinces sont décidément Tarragone et Cordoue (1).

La division de l'Espagne fut maintenue sans changement jusqu’au principat d’Auguste (2). Si Sertorius eut l’idée d’une organisation différente, nous ne pouvons en préciser le plan; il mourut en tout cas sans le réaliser, et Pompée, ensuite, remit dans l’ordre ancien ce qui avait été momentanément dérangé (3).

Dans le texte de César cité plus haut (p. 14), on a cru reconnaître une première esquisse, à l’époque des guerres civiles, de la division de l'Espagne en trois provinces, telle qu’elle devait se réaliser sous Auguste (4). Ce passage prouve nettement, au contraire, qu’il n’est pas question à cette époque

(1) De Bello ciu., II, 21, 4 ; II, 19, cf. de Bello Hisp., 3.

(2) Les Baléares, conquises en 123, ont été naturellement rattachées à la Citérieure.

(3) Guilelmus Stahl, De bello Sertoriano, dissertation d’Erlangen, 1907 (87 p.), p. 83.

(4) Detlefsen, Varro, Agrippa und Augustus als Quellenschriftsteller des Plinius für die Geographie Spaniens (dans les Commentationes philologae in honorem Mommseni, Berlin, Weidmann, 1877, p. 23-34), p. 28 ; id., Die Geographie Afrikas bei Plinius und Mela und ihre Quellen. Die formulae provinciarum eine Hauptquelle des Plinius (14° fascicule des Quellen und Forschungen de Sieglin, Berlin, Weidmann, 1908, 104 p. ; je renverrai dorénavant à ce travail par l'indication : Detlefsen, Formulae), p. 103 (où Detlefsen fait un contresens, je crois, sur Pline, III, 18); Julius Jung, Die romanischen Landschaften des rômischen Reiches (Innsbruck, 1881, 574 p, ; p. 1-89, sur l'Espagne), p. 5; Hübner, C. I. L., Il, p. LXXXV ; Mommsen-Marquardt, Manuel, trad. fr., IX, p. 68. En sens contraire, Braun, p. 6 ; Maria Marchetti, Le provincie romane della Spagna (Rome, Pasqualucci, 1917, 508 p. ; c’est l'édition à part de l’article Hispania du Dizionario Epigrafico de E. De Ruggiero), p. 339.

d'une division autre que la division en deux provinces ; la Lusitanie n’est qu’une région comprise dans l’Ultérieure, comme le montre l'expression omnem ulteriorem Hispaniam. Avant l’arrivée de Vibullius, les Pompéiens ont trois légions en Citérieure, et quatre en Ultérieure, dont deux dans la partie orientale de la province et deux dans la partie occidentale ou Lusitanie. A l’arrivée de Vibullius, ils décident un regroupement de leurs forces : les deux légions de l’Ultérieure occidentale passent en Citérieure, et toute l’Ultérieure sera tenue par les deux légions de Varron. Il n’y a là aucun remaniement administratif, même en germe, mais seulement des dispositions stratégiques.

A la fin de la République, la division de l'Espagne est telle que l’ont faite les circonstances ; préteurs et consuls l’ont dessinée au jour le jour, sur un terrain dont ils acquéraient la première notion en le soumettant (1).

(1) La frontière de l'Espagne du côté de la Gaule était imposée par la nature. ; l'antiquité n’a pas connu les anomalies qui mettent le Val d’Aran en Espagne, la Haute-Cerdagne en France, et dont sont responsables les diplomates du xvi1e siècle. À l’extrémité occidentale des Pyrénées, la Bidassoa semble avoir servi de frontière dès qu’on a senti le besoin de préciser les limites (Jullian, Histoire de la Gaule, I, p. 13, n.2 ; cf. p. 264, n.1) ; à l’extrémité orientale, les Albères et le promontoire Cervaria (Cerbère) ont joué naturellement le même rôle. — L’union passagère de la Narbonnaïise et de la Citérieure, sous {e gouvernement. de Lépide, en 44 (Cic., Ep., X, 31, 32, 33; Dion Gassius, XLIII, 51, 8 ; voir Jullian, IV, p. 29, 49, 52 (n. 7), 413), n’intéresse pas mon travail.

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