LIII
(2) Res Gestae Diui Augusti, 6, 12.
(3) La Periocha CXXXIV de Tite-Live, bien que conçue en termes généraux, semble confirmer Dion : C. Caesar rebus compositis et omnibus prouinciis in certam formam redactis Augustus quoque cognominatus est. Strabon, XVII,
Il n'existe aucun motif valable de contester, en ce qui concerne l'Espagne, la date donnée par Dion. Beaucoup de critiques cependant ne l’ont pas acceptée, pour des raisons différentes, et ont abaissé plus ou moins, suivant l'argument qui les déterminait, la date de la création de la Lusitanie. On a proposé de placer cette création en 25 ou dans les années suivantes (Marchetti ; Mommsen, Garofalo), vers 15 (Wallrafen), entre 15 et 5 (Kornemann), dans les quinze dernières années d'Auguste (Dessau, Mispoulet), et même sous Tibère (Mommsen, première opinion) (1). Aucune de ces hypothèses n’est à retenir, et la date de 27 reste la plus probable (2).
Ce qui avait d’abord amené Mommsen à penser que la
Lusitanie ne fut créée que sous Tibère, c’est un passage des Res Gestae (5, 28) : colonias in. utraque Hispania (texte grec : èv Enarépa te ‘Toxavix) … militum deduxi. Lorsque furent écrites les Res Gestae, c’est-à-dire à la fin du règne d’Auguste, il n'existait donc, disait Mommsen, que deux provinces espagnoles, celles de l’époque républicaine. — Il n’y a plus à réfuter cette opinion, que Mommsen, par la suite, a jugée insoutenable (3) ; il y a seulement à justifier les termes employés
3, 25, indique que la province sénatoriale de Bétique exista dès le principe, v apyais. Mais comme il met dans la même catégorie la Narbonnaise, qui certainement ne fut sénatoriale que plusieurs années après 27, il ne faut pas interpréter ëy äpyais comme équivalant à une date précise.
(1) Marchetti, p. 342 ; Mommsen, Rômische Geschichte, VS, p. 58, n. 1 ; Garofalo, SulP amministrazione delle Hispaniae (dans Bol. de la R. Acad. de la Hist., 36 (1900), p. 177-184), p. 179 ; Wilhelm Wallrafen, Die Einrichtung und kommunale Enivicklung der rômischen Provinz Lusitanien, dissertation de Bonn, 1910 (87 p.), p. 16 sqq. ; Kornemann, Die Entstehung der Provinz Lusitanien (dans Beiträge zur alten Geschichte, Festschrift zu Otlo Hirschfelds sechzigstem Geburlstage, Berlin, Weidmann, 1903, p. 221-233), p. 224-227 ; Dessau, Zu den spanischen Stadtrechten (dans Wiener Studien, 24 (1902), p. 240-247), p. 244-245 ; id., De tegulis quibusdam in Baetica répertis (dans Ephem. Epigr., IX (1913), p. 505-508), p. 506 ; Mispoulet, Transformations de l'Espagne durant les trois premiers siècles de l’Empire romain (dans Revue de Philologie, 34 (1910), p. 301-328), p. 302 ; Mommsen, Res Gestae Diui Augusti, 11e éd., 1865, p. 83 (= 2° éd., 1883, p. 119-120).
(2) Elle est admise par Nic. R. af Ursin, De Lusitania provincia Romana, dissertation de Helsingfors, 1884 (150 p.), p..37 sqq., et bien défendue par Braun, p. 100 s
(3) Res Gestae, 2e édit., Additamenta, p. 222. — I” ieristion COMENT
par Auguste, D’après la seconde opinion de Mommsen, la phrase d’Auguste exprime, non l’état de choses qui existait au moment où Auguste écrivait, mais celui qui avait existé, lors de la fondation des colonies : la création de la Lusitanie serait postérieure à la fondation des colonies, tout en étant antérieure à la rédaction des Res gestae. — Je préfère admettre, avec Marquardt (1), que utraque Hispania distingue l'Espagne du Sénat et l'Espagne de l’empereur, celle-ci comprenant la Citérieure et la Lusitanie ; ou bien encore que, même après la division de l’ancienne Ultérieure en deux provinces, le langage a conservé le souvenir de l’époque où ces deux provinces n’en faisaient qu’une : c’est ce qu'indiquent les noms Hispania Vlterior Baetica, Hispania Vlterior Lusttania (2). De l’une ou de l’autre façon, Auguste a pu dire utraque Hispania même si la Lusitanie était séparée de la Bétique lorsqu'il fonda ses colonies (3).
Pour M. Dessau (et pour M. Mispoulet après lui), la date de la division de l’Ultérieure est donnée par la dédicace C. I. L., VI, 31267, découverte en 1889 au forum d’Auguste : Imp. Caesari/Augusto p. p./Hispania Vlterior /Baetica quod/ beneficio eius et/perpetua cura] prouincia pacata/est. Auri/ p(ondo) C. Il y a dans ce texte une donnée chronologique : c’est le titre de pater patriae, qu'Auguste a pris en 2 av. J.-C. L'expression prouincia pacata ferait allusion à la mesure par laquelle Auguste a remis au Sénat la Bétique, province inermis ; cette mesure serait donc postérieure à l’an 2 av. J.-C. — Mais il n’est nullement certain que l'inscription soit en rapport avec une réforme générale de l'Espagne. Elle s’expliquerait tout aussi bien si Auguste était venu en aide au Sénat
31267 (voir plus bas) suffit à ia détruire, sans qu’il soit besoin de tirer argument du silence des auteurs, et particulièrement de Strabon, sur une réforme de l’Espagne par Tibère.
(1) Manuel, trad. fr., IX, p. 69 et n. 2.
(2) Voir plus loin, p. 32.
(3) En ce sens, af Ursin, p. 60-61 ; Braun, p. 19,
pour réprimer quelques brigandages locaux (1), ou pour défendre la Bétique contre quelque incursion de pirates maurétaniens. Et même si c’est l’attribution de la Bétique au Sénat qui est commémorée ici, la dédicace peut être sensiblement postérieure à l’événement : on n’est pas autorisé à regarder l’an 2 av. J.-C. comme un {erminus a quo.
En réalité, un terminus ante quem est fourni par la carte d'Agrippa. Cette carte n’était pas achevée en 12 av. J.-C. quand Agrippa mourut ; elle fut terminée vers 7 av. J.-C. par Auguste, d’après les notes d’Agrippa (2). Or la Lusitanie y était représentée comme province indépendante : c'est ce qu'indiquent les textes de Pline ‘et d’autres géographes qui ont utilisé la carte d’Agrippa, et c’est ce qu'a démontré Braun (3). La création de la Lusitanie est donc antérieure à 7, ou plutôt à 12; car c’est à Agrippa, non à Agrippa corrigé par Auguste, que Pline rapporte le renseignement qu’il communique (4).
L'année 15 est admise comme ferminus a quo par Kornemann, parce qu'il croit avec Mommsen que l’expression in utraque Hispania, dans les Res gestae, suppose la péninsule divisée en deux provinces seulement, lors de la fondation des colonies ; or Dion (5) donne pour cette fondation la date de 15. — L’argument tombe, si l’on accepte pour les mots in utraque Hispania une des explications proposées plus haut ; au surplus, il est arbitraire d'admettre la date de Dion pour
(4) Voir plus loin, p. 36, n. 8.
(2) Voir Detlefsen, Ursprung, Einrichtung und Bedeutung der Erdkarte Agrippas (13° fascicule des Quellen und Forschungen de Sieglin, 1906, 117 p..), p. 2-3 ; Kornemann, p. 228.
(3) Pline, IV, 118 ; Dimensuratio provinciarum, dans les Geographi Latini minores, éd. Riese, p. 13; Divisio orbis terrarum, ibid. p. 15; Braun, p. 80
(4) L’op nion de Gardthausen, Augustus und seine Zeit, I, 2 (Leipzig, 1896), p. 693, est peu nette ; en tout cas la Lusitanie, pour lui, n’est devenue province indépendante qu'après la mort d’Agrippa. Cette opinion est éliminée par la démonstration de Braun.