‹ Les divisions administratives de l'Espagne romaineChapitre 13 sur 25 · LIV · texte numérisé non relu

LIV

la fondation des colonies, quand on.la rejette pour la création de la Lusitanie.

On fait observer encore (1) que l'Espagne est une des régions où Auguste eut à mener les campagnes les plus dures, pour réduire les Astures et les Cantabri ; et l’on trouve peu vraisemblable qu'avant la soumission définitive du pays, il en ait abandonné une partie au Sénat. La Lusitanie n'aurait donc été créée, et, par conséquent, la Bétique ne serait devenue sénatoriale qu’une fois terminée la guerre cantabrique. — Cela n’oblige pas à descendre jusqu’en 19, date des dernières opérations ; Car, à deux reprises, en 25 et en 22, les Romains ont cru la guerre achevée ; chaque fois ils ont été surpris par le soulèvement qui renouvelait les hostilités. Auguste pouvait donc, dès 25, désarmer une partie de la péninsule (2). Mais, en réalité, c’est l’imminence, et non l’achèvement, de la guerre cantabrique, prévue par lui dès le début deson principat, qui a dû le déterminer à la division de l’Ultérieure. On s'attendait de la part des Cantabri à une résistance acharnée, dont on espérait d’ailleurs venir à bout plus vite et plus facilement que ce ne fut le cas ; mais on savait bien qu'ils se borneraient à se défendre dans leurs montagnes, ‘qu'ils n’en sortiraient pas pour venir inquiéter la vallée du Baetis. Avant d'entreprendre la campagne, il était raisonnable de ne pas laisser sous la même administration la région du Baetis et le pays, beaucoup plus récemment conquis, beaucoup moins romanisé, des Lusitani et des Callaeci ; il était d’une bonne stratégie de vider de troupes la partie méridionale de l’Ultérieure et de la remettre au Sénat, pour concentrer dans le territoire réduit de la nouvelle province les forces

(1) En particulier Kornemann, p. 231-232 ; même argument, plus ou moins net, chez Mommsen {Rôm. Gesch.), Garofalo, Wallrafen, Marchetti.

(2) En ce sens, Marchetti, p. 342. Kornemann et Wallrafen ne veulent tenir compte que de la soumission définitive, en 19. Wallrafen suppose la province de Lusitanie créée vers 15, parce qu’il croit que les mesures préparatoires (délimitation, cadastre) ont pris un temps assez long.

qui allaient attaquer par le Sud-Ouest et l'Ouest les peuplades encore indépendantes. |

Kornemann (1) croit cependant trouver, dans le récit même de la guerre, une preuve que l'Espagne, pendant les opérations, ne comprenait encore que deux provinces. Il résulte de Dion (2) qu’en 22 la Citérieure avait pour gouverneur C. Furnius, de rang prétorien (il n’a été consul qu’en 17). Or, dans l'Espagne divisée en trois provinces, la Citérieure fut régulièrement gouvernée par un consulaire : la présence d’un prétorien en 22 implique, d’après Kornemann, qu’à cette date la division n’est pas encore réalisée (3). — L’argument serait valable s’il nous était permis d’affirmer que le propréteur de Citérieure fut de rang consulaire dès le début de la division en trois provinces. Strabon (4) déclare que cette règle était en vigueur au début du règne de Tibère; cela n’entraîne pas qu’elle ait été observée pendant tout le règne d’Auguste. En toute hypothèse, la création de la Lusitanie n’a ni augmenté ni diminué l'étendue de la Citérieure ; le fait qu'un prétorien a gouverné la Citérieure au cours de la guerre cantabrique doit s'expliquer en lui-même : il est indépendant de la date à laquelle fut créée la Lusitanie. Dans les premières années de son principat, Auguste ne trouvait peut-être pas beaucoup d'hommes sûrs parmi les consulaires ; il a pu être obligé d’avoir recours à des prétoriens, même si son intention était dès le début que la Citérieure fût province consulaire. Furnius a dû sans doute sa fonction à ses qualités militaires (5). Il est très possible enfin que la Citérieure ne soit devenue régulièrement consulaire qu’une fois agrandie soit par l'annexion de la Cantabrie, après la

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