VI INTRODUCTION
qui repose essentiellement sur les travaux de Mommsen et de son élève Hübner. L’œuvre de Mommsen conserve un prix incomparable ; mais on ne peut la continuer qu’en la corrigeant. Mommsen a voulu donner un tableau complet du monde romain, une description arrêtée jusque dans le détail. C’est une tâche qui, non seulement pour les besoins de l’enseignement, mais aussi pour ceux de la recherche scientifique, était nécessaire : il fallait une image précise qui servit de point de départ pour d’autres enquêtes, un cadre nettement dessiné où vinssent s'inscrire les travaux ultérieurs. Mais pour aboutir à cette reconstitution d’ensemble, Mommsen a été souvent obligé d’aller au delà de ce que les documents lui fournissaient, de les prolonger par des hypothèses ; il a dû surtout étendre démesurément, dans le temps et dans l’espace, la portée de témoignages qui ne valaient que pour une époque et une région déterminées. Tout le Manuel des Antiquités romaines est à reprendre en sous-œuvre, à vérifier et critiquer par le menu ; aux synthèses provisoires nous avons à substituer l’analyse des -problèmes particuliers (1).
L'administration romaine y gagne d’apparaître moins uniforme, moins rigide que Mommsen, dans son dogmatisme de juriste, ne se la représentait. Elle ne s’applique pas automatiquement à toute population soumise, comme une forme indifférente à la matière. Elle tient compte du donné; elle varie en outre avec les temps. Aussi les constatations que l'on peut faire pour l'Espagne valent-elles pour l'Espagne seule : si nous arrivons à définir les procédés que l’adminis-
(1) Voir, en ce sens, des remarques de Haverfield, Roman history since Mommsen, dans Quarterly Review, 1912, p. 323-345 ; et dans la Revue Critique, 103 (1918), p. 404-405, le compte rendu (signé ®) de l’article de Keyes sur la dictature, dans Studies in Philology (Université de la Caroline du Nord), 14 (1917).