NOTICE V
soumettre le rebelle et faire cesser la Pragiierie, cette petite guerre civile qui menaça un moment de s'étendre par tout le royaume. Charles VII, voulant éloigner son fils, quoiqu'il lui eût pardonné, le fit gouverneur du Dauphiné, et le jeune prince résida quelques années à Grenoble, appauvrissant la province par des exactions impitoyables, machinant des intrigues criminelles, et créant des obstacles à l'autorité royale, qu'il bravait ouvertement. Louis était impatient de s'emparer de la couronne : il essaya de gagner les archers de la garde écossaise et les principaux seigneurs de la cour de Charles VII ; il répandit de l'argent et des promesses, dans un but secret, qui touchait peut-être au parricide ; mais Antoine de Chabannes, comte de Dampmartin, étant allé dénoncer le complot , le Dauphin nia tout avec effronterie , et laissa punir ses complices qui l'accusaient. Il se vengea dès lors d'Agnès Sorel, empoisonnée à Jumiéges, en 1460, par ses ordres, s'il faut en croire les échos de l'indignation populaire que souleva cette mort tragique. Mais il ne put se venger du comte de Dampmartin qu'après être monté sur le trône.
Antoine de Chabannes continua donc à surveiller les projets sinistres du Dauphin, qui était en mésintelligence avec son père. Ce mauvais fils s'apprêtait à en venir à une seconde révolte et rassemblait déjà des troupes et de l'argent pour
Vï NOTICE
tenir tête à la royauté, sinon pour l'attaquer en face, lorsque Charles VII, poussé à bout et las de pardonner, commanda au fidèle Chabannes d'entrer avec une armée dans leDauphiné et d'arrêter le Dauphin. « Si Dieu ou la fortune, s'écria Louis en apprenant l'approche du lieutenant du roi» m'eussent donné la grâce de disposer de la moitié des hommes d'armes dont le roi mon père est le maître et qui m'appartiendront un jour, de par Notre-Dame, ma bonne maîtresse, je lui aurais épargné la peine de venir si avant me chercher : je serais allé jusqu'à Lyon pour le combattre. » Sentant bien que la résistance était impossible et n'espérant plus de pardon, il résolut de sortir de France et de se réfugier auprès du duc de Bourgogne. Dans le cours du mois de juin 1456, il feignit une partie de chasse, pour qu'on ne s'opposât point à sa fuite, et passa en Bourgogne avec six de ses famihers. En arrivant à Saint-Claude, sur les terres du duc, qui devenait son hôte, il écrivit au roi, afin de se justifier, et manifesta l'intention de s'associer à une espèce de croisade que Philippe le Bon devait entreprendre contre les Turcs. Le duc de Bourgogne, qui assiégeait alors Utrecht, parut flatté de l'arrivée du Dauphin de France, et il transmit les ordres nécessaires pour que le prince exilé fût reçu à Bruxelles avec les honneurs dus à son rang et à sa naissance. Revenu bientôt lui-