SCÈNE XII
Les MÊMES, UN HOMME.
PIQUELLI.
Que nous veut-on?
L'nOMlWE.
De la part de maître Lorenzo , l'orfèvre, (il remet un paquet cacheté à Piquelli.) Pour VOUS , seigneur Piquelli. (De même, à Bélino.) Pour VOUS, seigneur Bélino.
(Il salue, et sort.) PIQUELLI, ouvrant le paquet. Diable ! Lorenzo va vite en besogne !
BÉLINO, ouvrant le sien.
Que peut-il m'adresscr?
PIQI'ELLI , à part, en lisant une lettre. « Monseigneur, d'après les ordres du Coniiseil, je nie suis immédiatement occupé de «l'affaire, et je vous envoie des renseigne- »mens... ci-joint, et, pour vous seul, un por- » trait qui m'a été remis par le vicomte de Lu- »cicnne. » (Regardant le portrait.) Que vois-je?.. je ne me trompe pas!.. Silvia!.. la femme de Bélino !
BÉLINO, qui pendant ce temps a parcouru une lettre des yeux et examiné un portrait , 5 part, Léonor!.. Léonor! (Riant.) Pauvre Piquelli! (Tous deux se mettent à rire aux éclats.) PIQUELLI , à part.
Je ne pourrai plus le regarder en face.
BÉLINO, à part.
En lui parlant, j'éclaterai, c'est sûr!
PIQUELLI, à part.
Il tenait comme un diable à le faire rester!
BÉLINO, à part.
Il voulait son départ!., il avait un pressentiment!
(Tous deux cherchent à reprendre leur sérieux.)
PIQUELLI.
Dites donc, collègue...
BÉLINO.
Que me voulez- vous, confrère?.. (Ils se retournent tous deux pour rire de nouveau.) Que vous envoie Lorenzo ?
PIQUELLI.
Un joyau qui me fait le plus grand plaisir... Et à vous... qu'adrcsse-t-il ?
nÉLINO.
Une chose que j'attendais depuis longtemps... (A part, avec chagrin.) Et M. de Lucienne qui va s'éloigner!.. Quel malheur! PIQUELLI , à part.
Que je regrette de m'ctre prononcé!.. Un plus long séjour du Vicomte , et Bélino devenait la fable de la ville.
liÉLINO,
e^ Ail çal collègue, occupons-nous un peu des
SCGNK XIII
allaires... Citinmc le plus ancien , jo prendrai la '^ paioii' et j'aimoiici'rai à M. de Luciemie qu'il ait ù partir imaiéilialcinent.
riQL'ELLF.
Cependant, n'oublions pas les formes, rappelons-nous que c'est le neveu de l'envoyé de France.
niîLiNo.
Rapportez-vous-en à moi pour lui dire de la manière la plus convenable, qu'il est banni à tout jamais des états de Venise.
PIQUELLl , se réciiaiit.
Oh! oh! oh!
nÉLINO.
Qu'avez- vous donc ?
PIQUELLl.
A tout jamais?.. C'est dur, c'est despotique !.. Et je ne serais pas étonné qu'il trouvât lu mesure rigoureuse ; car, dans un pareil cas , il ne fut question que de quelques mois... je me rappelle...
UÉLINO, vivement.
Oui, pour ce jeune Anglais, lord Oswald...
PIQUELLl.
Et il était bien plus coupable que M. de Lucienne !
BÉLINO.
Prenons garde, alors, d'être taxés de partialité , d'acharnement !
PIQUELLl.
Confrère... vous me connaissez?., la justice avant tout!
BÉLINO.
L'équité , toujours l'équité , voilà ma devise !
PIQUELLl.
Or, pour une faute moins grave , appliquons une peine plus légère... Moi, je parlerais de quelques mois.
BÉLINO.
C'est déjà bien sévère ; car, selon moi , une absence de quelques semaines suiRrait pour tout calmer, tout apaiser.
PIQUELLl.
11 n'en faudrait pas tant!... quelques jours...
BÉLIXO.
Et ce^pii vaudrait mieu-c encore... ce qui serait plus digne... une petite admonestation.
PIQUELl.I.
Un avis paternel...
BÉLINO.
Un conseil d'ami...
PIQUELLl.
L'engager à être plus sage?..
BÉLINO.
Plus circonspect...
PIQUELLl.
Et^nous aurions atteint noire but.
BÉLINO, à part, avec joie.
\\ieut de lui-uièmc !
) Eh bien !
Il ne s'.i'Mt
PIQUELLl, de même.
Il le veut, il sera coulent, (iiau voyez, je ne suis pas opiniâtre !..
que de me donner de bonnes raisons
Oui, et je vous rends justice... cette loyauté nous réconcilie, (ils se donnent une poignée de main.) Cher collègue!
PIQUELLl.
Cher confrère !
BÉLINO.
Embrassons-nous...
(Ils s'embrassent.) PIQUELLl , le serrant dans ses bras , à part. La bonne dupe!
BÉLINO, de même.
Pauvre niais!.. (Haut.) Cher ami!., soyons toujours, comme aujourd'hui, impartiaux, équitables...
PIQUELLl.
Et inaccessibles à tout intérêt personnel... Mais on vient... c'est le Vicomte!.. Bélino, nous nous sommes entendus?..
BÉLINO.
Sans doute , et je vais lui parler en ami.