SCÈNE III
BÉLINO, SILVIA.
SILVIA
Comment, Monseigneur... seul, inoccupé...
Et vous n'accourez pas auprès de moi?.. C'est mal!
BÉLINO, à part, tout en examinant Silvia.
Cet air de candeur... de sérénité... je suis un fou!., le cœur est tranquille... cependant...
SILVIA
Mais , qu'avez-vous donc à me regarder ainsi?
BÉLINO.
Rien, rien, mon enfant... (a part.) Il faut m'assurer si son esprit n'est pas occupé ailleurs. (Haut.) Silvia, viens t'asseoir à côté de moi, et causons un peu.
(Il s'assied.) SILVIA, se plaçant auprès de lui.
Volontiers.
BÉLINO.
Dis-moi : as-tu arrêté avec mon intendant les comptes de l'année ?
SILVIA
J'ai consacré à ce travail toute la journée d'avant-hier.
BÉLINO , à part.
Bon signe! (Haut.) Et ce beau voile que tu voulais broder pour la madone du couvent de Sainte- Marie?..
SILVIA
Hier, à la pointe du jour, j'ai pris l'aiguille, et, le soir, le voile était achevé.
BELIXO , à part.
Bon signe! (Haut.) Ah! j'oubliais... je voulais le demander... Jeudi dernier, tu es sortie, et lu es restée bien long-temps dehors?
SII.VIA.
Avec Béatrix , votre sœur, j'ai été chez ce vieux peintre Florentin... Voici mon portrait... il est achevé... (Bélino veut le preiiJre.) Non, non, je le réserve pour votre fête.
nÉLiNO , à part , eu se levant, avec joie.
Bon signe !
SILVIA
Qu'avez- vous?
BÉLINO.
Tiens , ma Silvia , je suis enchanté de toi , et, pour te prouver de plus en plus combien je tiens à te plaire , je te mènerai ce soir au bal que donne la Dogaressc dans sa villa d'Albano.
SILVIA
Je n'y tiens gufîrcs.
BÉLlXO.
Comment ? une fête aussi brillante ! un bal masqué qui promet d'être magnifique!.. Oh ! je tiens à te voir éclipser toutes les femmes, prace à ce joli costume mauresque que m'a vendu ce capitaine espagnol.
SILVIA
Je vous en prie, n'insistez pas... 11 y aura là des personnes dont la vue seule me choque et m'indigne... Cet ambassadeur d'Aut'.ichc, si lourd , si épais, qui m'assomme de ses galante
Ce Français, ce vicomte de
BELINO.
ries germaniques.
Lucienne...
Tu le connais?
SILVIA
Is'élai(-il pas aux deux dernières fêtes données par le prince Doria?.. Ouel air de sulîisance, de fatuité!., quel contentement de soimême!.. Permettez-moi de vous le dire, monseigneur : il est inoui qu'après la conduite de cet homme, on lui permette encore de rester à Venise !.. Alil si j'étais du Conseil des Dix !.. BÉLINO , content.
Que ferais-tu, mon enfant?
SILVIA
Dans unelheure il aurait quitté la ville. BÉLINO, transporté.
Ah ça ! mais tu me ravis, tu me U-ansportcs ! lu m'extasies!.. Va, tu es un trésor de morale et de vertu! (a part.) Misérable Piquelli! (Haut.) Au revoir, ma charmante, à bientôt, mon adorée... Merci, merci de tout le bonheur que tu me donnes... Tiens, je suis glorieux de toi... aussi glorieux que le doge est fler de son épouse, la mer Adriatique !
(Il sort.)